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Parole de Jésus

Pour le comprendre, il fallait marcher avec lui, descendre de son pas léger vers le lac.

Pour comprendre Jésus il fallait retourner à Tibériade, y pêcher notre poisson du jour, le faire griller entre deux pierres… puis tout à coup sentir une main sur notre épaule ; après la fatigue du chemin, c’était le signe que l’on pouvait s’asseoir.

Puis écouter. Ne pas s’étonner alors si les arbres se penchaient, si les chiens se taisaient, il n’y a que ceux qui se croient sages qui ne se sentent pas concernés…
Sa voix n’est pas si grave qu’on l’imagine, elle garde l’empreinte de son sourire, cela n’enlève rien à la profondeur de ce qui est dit. On ne comprend pas tout de suite, mais il suffit d’avoir reçu une gifle de l’océan pour savoir qu’il nous faudra apprendre à nager.
Ses paroles sont des semences, du grain jeté en terre, elles doivent traverser l’hiver, celui de nos doutes ou de nos explications inutiles. Puis un jour « la parole se fait chair ». On comprend parce qu’on a vécu, parce qu’on a mis en pratique. Comme si l’Intelligence de l’Amour ne se révélait qu’aux actes. Des actes précis, tendres ou fiers, avec un je-ne-sais-quoi de « gratuit ». On comprend alors que le Dieu de Jésus est en nous. Nos limites sont des berceaux d’infini.

Parole de Jésus - Carnets de SagesseSon enseignement est là pour faire fleurir le meilleur du meilleur de nous-même et encore quelque chose de plus. Ce plaisir là ne tient pas boutique dans les rues, il n’est ni à acheter ni à vendre. Paix et joie étranges, purs échos d’une Présence inconnue.
Il ne faudrait pas séparer les paroles et la vie de Jésus (pour une fois que l’on rencontre quelqu’un qui dit ce qu’il pense, et qui fait ce qu’il dit !) ; alors replaçons chacune de ses paroles dans un contexte de vin et de pain partagés, mais aussi de blessures et de sang versés.
Car cette parole a un visage et ce visage a tous les visages de l’homme. Celui du sage qui enseigne les voies de la béatitude et de la patience face à l’échec et aux souffrances, le visage de l’homme qui marche sur la terre avec sa faim, sa soif et ses amis.
Il prend soin des malades, il écoute encore plus tendrement qu’il ne parle, et les possédés dans son regard retrouvent les étincelles de la liberté. Il ne pose pas d’étiquettes sur certains nombre de comportements jugés inacceptables : que l’on soit adultère, pécheur, criminel, prostituée… il ne voit que des hommes et des femmes qui souffrent en quête d’impossible amour, en demande de pardon ou de reconnaissance…

« Nul n’a jamais parlé de cet homme », disait déjà le centurion, et sa puissance de séduction, malgré les caricatures qu’on a voulu en dresser à travers les siècles, continue, intacte, à inspirer les plus fous et les plus sages.
Ses paroles restent encore et toujours à découvrir, car l’Evangile ne sera jamais compris que par ceux qui l’incarnent et le vivent. La metanoia nous invite à aller sans cesse au-delà du mental, c’est-à-dire au-delà du connu.

Metanoia est un terme traduit généralement à tort par conversion ou pénitence : c’est au contraire une invitation à aller au-delà de l’intelligence humaine close sur elle-même : métamorphose, transformation, aurait-il fallu écrire dans nos Evangiles pour mieux comprendre son message.
Dostoîevski ne connaissait rien de plus beau que le Christ ; il discernait en Lui le plus humain et le plus divin, le plus éveillé et le plus obscur. Au-delà de tous les dualismes qui opposent sans cesse la mort et la vie, crucifixion et résurrection, sang et lumière, il ne voyait pas d’autre visage qui puisse ainsi rassembler tous les visages.

Extrait de "Paroles de Jésus" des "Carnets de Sagesse" ed. Albin Michel - Présenté par Jean-Yves LELOUP.