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LA MAISON SUR LE ROC

Matthieu 7, 21 à 27 - Psaume 127, 1 et 2 - 1 Corinthiens 3, 10 à 15

Jésus achève le sermon sur la montagne dans lequel il a essayé de construire quelque chose. Ce quelque chose, c'est le royaume, la maison de Dieu. C'est le thème de ce texte : construire, bâtir. Et de même qu'il édifie le Royaume, le Christ nous propose de construire, de réaliser, de faire quelque chose de nos vies. Qu'allons-nous construire, que construisons-nous ? Le royaume de Dieu ou le nôtre ? Jésus va montrer que les fondations sont plus importantes que les maisons.

Les fondations de la construction.

Il faut noter que Jésus ne parle pas de la construction elle-même. Il ne fait pas de différence entre la maison de l'homme avisé et celle du fou. Elles peuvent être identiques.
La qualité des maisons n'est pas déterminante, mais Dieu nous encourage à construire quand même. Il veut nous voir bâtir notre maison, c'est-à-dire prendre des décisions concernant nos vies. Nous recevons de Dieu, non seulement la liberté, mais aussi l'envie et la force de le faire.
Et Dieu regarde nos réalisations comme nous regardons les dessins d'un enfant, sachant bien que ce n'est pas parfait, ni même bon.
Dieu regarde cependant nos réalisations parce que ce sont ses enfants qui les ont faites et parce qu'il aime ses enfants.
Dieu regarde nos réalisations comme une mère va trouver beau et garder le gribouillage de son enfant parce que c'est son enfant qui l'a fait.
Nos réalisations ne nous rendent pas plus aimables ou méritants auprès de Dieu. Dieu ne nous aime pas parce que nous avons fait quelque chose de bien. Mais c'est parce que Dieu nous aime déjà (et de toutes façons) qu'il regarde et veut garder nos œuvres.
Et pourtant, toutes nos constructions ne sont pas à conserver. C'est pourquoi (comme le dit l'apôtre Paul aux Corinthiens) le feu révélera l'œuvre de chacun (1 Cor 3, 13). Dans la parabole de Jésus, ce sont les intempéries, mais le principe est le même. Et parce que Dieu aime les insensés comme les sages, la perte de nos œuvres ne met pas en cause l'amour de Dieu et donc le salut des hommes. C'est ce que veut dire l'apôtre en enseignant que Dieu sauve à travers le feu qui détruit nos constructions.
Il ne faut donc pas donner trop d'importance à ce que nous construisons, cela ne nous fait rien gagner, cela ne nous fait rien perdre non plus. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous sommes libres d'entreprendre. Si la qualité de ce que nous faisons était liée à notre salut éter-nel, nous serions paralysés par l'enjeu, et donc sans vie, morts.

Ce n'est pas la qualité de nos constructions qui détermine leur conservation ou leur perte — et donc leur appartenance au royaume de Dieu qui, lui, est le seul à demeurer — mais leurs fon-dations. Ce sont elles qui se retrouvent dans le royaume ou non. Or le fondement du royaume de Dieu c'est Jésus-Christ : Personne ne peut poser d'autre fondation que celle qui est en place, à savoir Jésus-Christ (1 Cor 3, 11). C'est lui le rocher sur lequel Dieu nous invite à construire. Mais que veut dire : bâtir sur le rocher, bâtir sur Jésus ?

Comment construire sur le rocher ?

En mettant les paroles de Jésus en pratique. Jésus le dit lui-même : Quiconque entend ... ces paroles et les met en pratique sera comme un homme avisé qui a construit sa maison sur le roc (Mat 7, 24). Quelles sont ces paroles ? Celles qui précèdent cette parabole ; c'est-à-dire tout le sermon sur la montagne, et peut-être plus particulièrement la parole concernant ceux qui disent Seigneur, Seigneur et qui sont rejetés, nous y reviendrons.

Sans vouloir commenter l'ensemble du Sermon sur la montagne, essayons de découvrir la teneur du message du Christ dans ce passage.
Jésus commence par les béatitudes : Heureux les pauvres, les affligés, les miséricordieux, les persécutés, ceux qui procurent la paix. Heureux les malheureux, finalement, car c'est à Dieu qu'ils se réfèrent.
Puis Jésus donne un définition du disciple : le chrétien est le sel de la terre et la lumière du monde. Il change le goût de la vie en douceur et éclaire ce qui est autour de lui.
Puis vient le commentaire de la loi où Jésus montre que l'Evangile se vit autant intérieurement qu'extérieurement et se manifeste par l'amour, même pour les ennemis. L'observation de la loi est plus un état d'esprit que l'application d'une lettre et l'obéissance à une règle.
Cependant Jésus aborde la pratique de la justice. Celle-ci ne se fait pas remarquer : la charité, la prière, le jeûne sont secrets.
En fait, pour le Christ, le spirituel prime sur le matériel. Cherchez premièrement le Royaume et la justice de Dieu, c'est le vrai trésor.
Pour rester dans la pratique, Jésus s'attarde sur les rapports entre les êtres humains. C'est là qu'il exhorte à ne pas juger (avec l'image de la paille et de la poutre) et prononce cette maxime : Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux.
Il n'oublie pas, non plus, les rapports avec Dieu. Demandez, cherchez, Dieu (et non les hommes) est la source de ce qui est bon.
Le sermon sur la montagne se résume finalement dans l'image de la porte étroite d'une vie tellement discrète qu'elle peut paraître insignifiante, mais qui vit l'amour pour Dieu et le pro-chain. C'est la vie quotidienne. C'est être heureux dans le malheur. C'est aimer ses ennemis. C'est donner, prier sans se mettre en avant. C'est ne pas juger. C'est tendre de tout son être vers le Seigneur, car il est plus important que moi-même.

Construire sur le rocher, c'est l'attitude inverse de ceux dont parle Jésus du verset 21 au verset 23, et qui disent : Nous avons parlé en prophètes, nous avons chassé des démons et fait beau-coup de miracles. Malgré toutes leurs œuvres (au nom de Jésus) le Seigneur leur dit : Je ne vous ai jamais connus, éloignez-vous de moi !
Le Seigneur ne les a jamais connus, car ce qui les intéresse, c'est leurs œuvres, leurs construc-tions, eux-mêmes, et non le fondement de leur action : le Christ. Ils construisent sur le sable de leur orgueil et non sur l'humilité du Christ. Ils bâtissent leur château sur un cailloux. Certes, on le voit bien le château ; c'est d'ailleurs ce qu'ils recherchent, la gloire de leur œuvre, mais ce n'est pas plus stable que le sable. Une telle construction, bâtie sur le moi, ne résiste pas à l'épreuve du temps.

Jésus nous propose de bâtir une maison modeste sur une montagne. Certes, on ne voit pas beaucoup la maison ; on remarque plutôt la montagne, mais ce fondement ne s'effondrera ja-mais.
La question de fond est celle-ci : Qui est honoré, exalté, loué par ma construction : moi ou Dieu ? Si je veux me glorifier moi-même, je vais construire un palais sur un cailloux, ou sur du sable. C'est sacrifier au mirage de l'apparence et se condamner à voir rapidement disparaître son œuvre. Dieu n'a même pas besoin d'intervenir pour détruire mon édifice, celui-ci se détruira de lui-même, comme tout ce qui est bâti sans amour.
Si je veux que ma vie soit à la gloire de Dieu, je vais construire un petit chalet sur une mon-tagne, et les hommes et les femmes loueront Dieu pour la magnifique montagne qu'il a créée. Et s'ils ne remarquent pas mon chalet ce n'est pas grave, Dieu le conserve solide, grâce au fon-dement qu'il a posé lui-même.

Un homme, un jour, mettait de l'ordre dans la maison de ses vieux parents, quand au fond d'un tiroir, il découvrit un vieux dessin. Un dessin assez minable, il faut dire. Un dessin qu'il avait réalisé étant enfant, et qu'il avait donné à sa mère. Son premier réflexe fut de le jeter, car ce dessin n'avait évidemment rien d'une œuvre d'art, mais il se prit à penser que si ce dessin était toujours là, c'est parce que sa mère lui avait donné beaucoup d'importance, et qu'elle le voyait, peut-être, elle, comme une œuvre d'art. Mais ce n'est pas tant le dessin qu'elle avait aimé, mais lui, son enfant.

Ce que Dieu nous propose, en fait, de construire, c'est une relation d'amour avec lui, même s'il en a posé le fondement.
Par rapport à ce que Dieu fait, nos œuvres ne sont que des dessins mal faits, mais Dieu dit partout que ses enfants font de grandes choses … Alors que le chrétien exalte l'œuvre de Dieu en lui et pour lui. C'est une démarche d'amour réciproque qui crée et qui préserve. C'est cela la volonté de Dieu et la maison sur le roc : l'amour de l'autre et de ce qu'il fait.