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QUAND CELA COMMENCERA D'ARRIVER, REDRESSEZ-VOUS

Luc 21, 5 à 36

J'entends ces textes lus et relus dans l'Eglise depuis que je suis tout petit, et j'ai prêché souvent en basant ma prédication sur ces passages, que ce soit ceux de Luc 21, comme aujourd'hui, ou bien de Marc 13, ou de Matthieu 24. Et vous savez quoi ? J'ai de plus en plus de difficulté à commenter ces passages des évangiles.
Comment, me direz-vous ! Mais, au contraire, c'est de plus en plus facile ! Voilà des textes qui annoncent des malheurs, or les choses vont de mal en pis ! Les Ecritures et les événements correspondent parfaitement ! En êtes-vous sûrs ? Regardons de plus près.

Quels sont les malheurs annoncés par Jésus ?

Des signes généraux, voire cosmiques :
1. La venue de faux messies. Beaucoup viendront en se servant de mon nom (v. 8).
2. Des guerres et des désordres. Nation se dressera contre nation, et royaume contre royaume (v. 10). Et le texte mentionne tout particulièrement la ruine de Jérusalem (v. 20-24).
3. Des tremblements de terre.
4. Des pestes. C’est-à-dire des épidémies.
5. Des famines.
6. Des signes du ciel (dans le soleil, la lune et les étoiles). Les puissances des cieux seront ébranlées (v. 26).
7. La persécution des disciples.
8. L'angoisse générale. Dans l'attente de ce qui surviendra pour la terre habitée (v. 26).

Tous ces signes ont une caractéristique commune : Ce sont des malheurs indépendants de la volonté des disciples. Or c'est aux disciples que Jésus parle ; il ne faut pas oublier ce détail. Ce sont eux qui demandent à Jésus les signes annonçant la destruction du temple de Jérusalem. C'est d’ailleurs par ce dialogue − les disciples vantant la beauté du temple, et Jésus annonçant sa ruine − que la discussion a commencé.
Tous les malheurs dont Jésus parle vont frapper les disciples, mais ils n'en sont pas responsables. Rien, dans le discours de Jésus, n'implique la responsabilité des disciples. Pourtant, parmi les chrétiens, il y aura, plus tard, des faux prophètes, des persécuteurs, des fauteurs de troubles et de guerres, et des affameurs de peuples. Mais, à aucun moment, Jésus ne dit quelque chose comme : gardez-vous d'être les responsables de ces malheurs. Au contraire, Jésus mentionne, parmi les signes, des éléments célestes (le soleil, la lune et les étoiles) qui sont indépendants des activités humaines. Il prend l'image du figuier qui bourgeonne. Or les hommes ne maîtrisent pas les saisons. Ce qui veut dire que ces malheurs viendront, de toute façon, indépendamment de ce que l'homme fait ou choisit. Tout, dans ce passage, présente l'être humain comme une victime et non comme un artisan du malheur. C'est en ce sens que la mentalité actuelle ne correspond plus à ce texte.

Quels sont les malheurs d'aujourd'hui ?

Ils ne manquent pas. Certains signes des évangiles sont toujours d'actualité : les guerres, les épidémies, les famines, l'angoisse, les persécutions. On pourrait même mentionner les tremblements de terre.
Par contre, les signes dans le soleil, la lune et les étoiles ne semblent se rattacher à rien.
Mais surtout, il existe à l'heure actuelle de nombreux malheurs dont le texte ne parle pas : notamment l'exploitation économique, suscitée par la volonté de maintenir la croissance, sans laquelle tout l'édifice socio-économique s'effondrerait, entraînant la fin de la démocratie.
Exploitation économique dans tous les sens du terme. C'est-à-dire de l'exploitation des ressources de la terre jusqu'à l'exploitation de l'homme par l'homme.
C'est cette exploitation qui engendre tous les autres problèmes : la disparité des niveaux de vie, la pollution, avec son cortège de conséquences, les crises économiques et financières. Les voilà les signes actuels ! Pourquoi les évangiles n'en parlent-ils pas ? Parce que ce sont des textes adaptés à l'époque à laquelle ils ont été écrits, et parce que ce ne sont pas des textes qui prédisent l'avenir. Jésus dit bien : cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive (v. 32). Ces textes veulent faire passer un message spirituel. Quel est ce message ?

Le message de l'annonce des malheurs en Luc 21.

Je l'introduirai par une question : Comment réagissons-nous au malheur ?
Certaines de nos réactions sont présentes dans le texte :

 a. On a peur de l'avenir. Jésus parle d'angoisse. A l'heure actuelle on utilise le terme de stress. Cette peur peut devenir une véritable psychose. Elle a toujours existé en temps de crise. Elle est un des éléments de l'instinct de survie. Lorsqu'elle devient paralysante ou panique, elle ne joue plus son rôle protecteur.
 b. Un autre élément de l'instinct de conservation, et réaction au malheur, est la fuite. En ce moment, ce n'est pas le problème de l'occident, mais plutôt celui d'autres régions du monde. Dans certains pays, la vie est tellement pénible et risquée que leurs habitants fuient, et ils viennent se heurter à notre propre instinct de survie.
 c. Autre façon de réagir au malheur : ce que j'appelle la réaction par l'absurde. Le texte parle de celles et ceux qui se mettent à manger et à boire : Prenez garde à vous-mêmes, de peur que votre cœur ne s'alourdisse dans les excès, les ivresses et les inquiétudes de la vie (v. 34). L'inquiétude peut générer des excès. C'est une façon de fuir la réalité, de conjurer le malheur. On prend du bon temps pour se donner l'impression que tout va bien. Jésus nous met en garde contre une telle réaction.
 d. On connaît aussi l'indifférence vis-à-vis de la situation. J'ai rencontré cette attitude notamment chez des jeunes ; alors qu'ils sont particulièrement impliqués, ce sont eux qui vont récolter les fruits de nos erreurs. Indifférence, parce qu'on a le sentiment que l'on s'en sortira une fois de plus, comme toujours. Le sociologue Jean-Pierre Dupuy dit à ce propos que nous ne croyons pas à ce que nous savons. Indifférence, parce qu'on nous parle sans arrêt de pollution, de réchauffement climatique et de crise. Ça ne nous touche plus. C'est le phénomène de l'overdose.
 e. A l'inverse de l’indifférence, on connaît la réaction qui s'apparente à la croisade. L'esprit de croisade se manifeste de trois manières liées entre elles :
 − L’émergence et le développement d’une idée fixe ; comme si la vie en dépendait. En ce moment, cette idée fixe, c'est la défense de l'environnement. Encore que "la crise" tempère un peu cette obsession. A moins que l'on établisse des rapports entre les deux pour revenir à une seule idée incontournable : la survie de notre niveau de vie, de notre confort. La voilà l’idée fixe ; encore que celle-ci, on n’ose pas l’avouer ouvertement.
− Deuxième manifestation de l’esprit de croisade : la volonté de convaincre le monde entier de l'importance du débat en cours. C'est ce qui occasionne le matraquage médiatique actuel. Personne ne doit rester indifférent. Or, il n'y a rien de tel pour que les gens soient blasés. Alors l'opinion publique utilise le 3ème élément de l'esprit de croisade.
− L'accusation. Si les choses vont mal, c'est forcément la faute à quelqu'un. C'est la rançon du développement, à outrance, des notions de bien et de mal. C'est aussi une façon d'impliquer les masses, car on sait que celles-ci sont plus sensibles, hélas, à l'accusation des autres qu'aux projets positifs. Il est vrai que la situation socio-économique et écologique actuelle est due à quantité d'erreurs, voire de fautes commises. Et, dans certains cas, il peut être utile de les dénoncer. Mais je suis impressionné par le fait que, dans ces textes des évangiles  et notamment celui de Luc que nous considérons aujourd'hui  Jésus n'accuse personne.

Jésus n'accuse personne.
Il y a pourtant lieu de le faire. Il mentionne les guerres, les persécutions, les épidémies, les famines … Maintenant, nous trouvons des responsables de tous ces malheurs. Même l'épidémie du sida a trouvé ses fautifs. Et je me demande si on ne va pas y arriver pour expliquer les tremblements de terre, et autres tsunamis. Lorsque l'on exacerbe la responsabilité humaine, la chasse aux sorcières n'est pas loin.
Mais Jésus ne nomme aucun responsable. Alors qu'il était facile de critiquer le pouvoir hégémonique romain fauteur de guerres, de troubles et de famines. Jésus ne critique que le pouvoir religieux, auquel il oppose l'amour et le service, à l'image de l'amour de Dieu pour tous. C’est que Jésus ne se fait aucune illusion sur la capacité humaine à redresser la barre, à sauver la situation. Le salut ne peut venir que de Dieu. Là est la réponse de Jésus à l'égoïsme ambiant, générateur de la situation socio-économique de notre temps.
Mais le texte propose encore un autre message.

Jésus donne des conseils aux disciples.
Quand cela commencera d'arriver, redressez-vous et levez la tête (v. 28). Pourquoi ? Parce que votre rédemption approche.
Jésus encourage les disciples à ne pas sombrer dans le marasme et l'angoisse générale, mais à se redresser, à rester positifs, à parler de délivrance. Pour quoi ? (en deux mots) :
  − Pour analyser la situation. Pour cela, il faut prendre du recul par rapport à elle. Autrement dit : il faut se redresser. A l'image de celles et ceux qui savent analyser les signes du bourgeonnement du figuier. Face aux bouleversements, il nous faut faire l'effort d'apprendre, de comprendre et d'analyser.
 − Pour quoi rester positif et parler de délivrance ? Pour veiller et prier. Sachant que notre prière n'a pas pour but d'exaucer notre volonté, mais celle de Dieu.
 − Pour quoi se redresser ? Pour se tenir debout devant le Fils de l'homme (v. 36). Curieuse image, alors que la position classique du fidèle et plutôt l’adoration, la prosternation. Qu'est-ce que se tenir debout devant Jésus ? C'est être en phase avec lui, lui correspondre, avoir les mêmes objectifs. Or, nous avons vu que, dans ce texte, Jésus reste fondamentalement positif : il n'accuse personne, il parle de délivrance et de rédemption, il évoque et illustre la liberté des hommes et des femmes qui ne sont pas submergés, dominés par les événements ; mais qui se tiennent debout.

Face à la crise financière, économique ou climatique, nous avons plusieurs réactions possibles : l’angoisse, l’indifférence, la consommation effrénée, l’idée fixe de la survie à tout prix, ou l’accusation, parce que c’est toujours de la faute des autres.
Jésus nous propose une attitude différente : Quand cela commencera d’arriver, redressez-vous et levez la tête. C’est sans doute la solution la plus positive.

 

Jésus annonce la destruction du temple (5 à 6)
Quelques personnes parlaient du temple et disaient qu'il était magnifiquement orné de belles pierres et d'objets offerts à Dieu. Mais Jésus dit : « Les jours viendront où, de ce que vous voyez là, il ne restera pas pierre sur pierre ; tout sera détruit. »

Il y aura des malheurs et des persécutions (7 à 19)
Ils lui demandèrent alors : « Maître, quand cela se passera-t-il ? Quel sera le signe qui indiquera le moment où ces choses doivent arriver ? »
Jésus répondit : « Faites attention, ne laissez personne vous égarer. Car beaucoup viendront en mon nom et diront : “C'est moi !” et : “Le moment fixé est arrivé !” Mais ne les suivez pas.
Quand vous entendrez parler de guerres et de révolutions, ne vous effrayez pas ; il faut que cela arrive d'abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin. »
Puis il ajouta : « Car on se dressera peuple contre peuple, royaume contre royaume ; il y aura de terribles tremblements de terre et, en divers lieux, des famines et des épidémies ; il y aura aussi des phénomènes effrayants et des signes impressionnants venant du ciel.
Mais avant tout cela, on vous arrêtera, on vous persécutera, on vous livrera pour être jugés dans les synagogues et l'on vous mettra en prison ; on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs à cause de moi.
Ce sera pour vous l'occasion de témoigner à mon sujet.
Soyez donc bien décidés à ne pas vous inquiéter par avance de la manière dont vous vous défendrez.
Je vous donnerai moi-même des paroles et une sagesse telles qu'aucun de vos adversaires ne pourra leur résister ou les contredire.
Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, vos sœurs, votre famille et vos amis ; on fera condamner à mort plusieurs d'entre vous.
Tout le monde vous détestera à cause de moi.
Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.
Tenez bon : c'est par votre persévérance que vous sauverez votre vie.

Jésus annonce la destruction de Jérusalem (20 à 24)
Quand vous verrez Jérusalem encerclée par des armées, vous saurez, à ce moment-là, qu'elle sera bientôt détruite.
Alors, ceux qui seront en Judée, qu'ils s'enfuient vers les montagnes ; ceux qui seront à l'intérieur de Jérusalem, qu'ils s'éloignent, et ceux qui seront dans les campagnes, qu'ils n'entrent pas dans la ville.
Car ce seront les jours du jugement, où s'accomplira tout ce que déclarent les Écritures.
Quel malheur ce sera pour les femmes enceintes et pour celles qui allaiteront en ces jours-là ! Car il y aura une grande détresse dans ce pays et la colère de Dieu se manifestera contre ce peuple.
Ils seront tués par l'épée, ils seront emmenés prisonniers parmi tous les peuples, et des peuples piétineront Jérusalem jusqu'à ce que le temps qui leur est accordé soit écoulé.

La venue du Fils de l'homme (25 à 28)
Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. Sur la terre, les populations seront dans l'angoisse, rendues inquiètes par le bruit violent de la mer et des vagues.
Certains mourront de frayeur en pensant à ce qui devra survenir sur toute la terre, car les puissances des cieux seront ébranlées.
Alors on verra le Fils de l'homme venir dans une nuée, dans toute sa puissance et sa gloire.
Quand ces événements commenceront à se produire, redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance sera proche. »

La leçon du figuier (29 à 33)
Puis Jésus leur dit cette parabole : « Regardez le figuier et tous les autres arbres : quand vous voyez leurs feuilles commencer à pousser, vous savez que l'été est proche.
De même vous aussi, quand vous verrez ces événements arriver, sachez que le règne de Dieu est proche.
Je vous le déclare, c'est la vérité : cette génération ne passera pas avant que tout cela n'arrive.
Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas.

Priez en tout temps (34 à 36)
Prenez garde ! Ne laissez pas votre esprit s'alourdir dans les fêtes et les beuveries, ainsi que dans les soucis de cette vie, sinon le jour du jugement vous surprendra tout à coup, comme un piège ; car il s'abattra sur tous les habitants de la terre entière.
Ne vous endormez pas, priez en tout temps ; ainsi vous aurez la force de surmonter tout ce qui doit arriver et de vous présenter debout devant le Fils de l'homme. »

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