HERODE ET LES MAGES

Matthieu 2, 1 à 12 – Esaïe 60, 1 à 6 – Ephésiens 3, 1 à 6

Des mages d'orient arrivèrent à Jérusalem. Ils viennent voir Jésus, en suivant l'étoile.
On a voulu faire de ces mages, des rois, alors que le texte ne parle que de mages. Pour quelles raisons ? Parce qu'on a vu en eux les représentants des nations. En effet, ce sont des rois qui représentent des nations. C'est pourquoi on parle de 3 rois-mages.
Or, le texte ne donne pas de chiffre. Pourquoi 3 personnages ? Est-ce en fonction des 3 cadeaux qu'ils offrent à Jésus (v. 11) ? Ce n’est pas la raison invoquée par la tradition pour parler de 3 rois-mages. On a avancé le chiffre 3 parce qu'à l'époque on ne connaissait que 3 continents. Ainsi, par l'intermédiaire de ces rois-mages, les 3 continents, et donc toutes les nations du monde, adorent Jésus. C’est l’Epiphanie, la révélation du Christ à l’humanité tout entière.
On pourrait aussi parler de rois, et non seulement de mages, parce que ces étrangers sont reçus par le roi Hérode. En effet, ce sont les rois qui sont reçus par les rois. Qui se ressemble s'assemble ! Mais les mages ne ressemblent pas à Hérode. Autant Hérode est rusé, autant les mages sont naïfs. Peut-être parce qu'ils ne sont justement pas des rois.

Les mages sont naïfs. 

En arrivant à Jérusalem, ils questionnent tout le monde pour savoir où est né le roi des Juifs. Il ne leur vient pas à l'idée que cette naissance, et cette royauté, puissent être secrètes. Un secret non voulu par Dieu ; au contraire, la nouvelle de la naissance de Jésus est appelée à être proclamée au monde entier.
Un secret rendu nécessaire par la jalousie d'Hérode.
Les mages ne soupçonnent pas le mal. Ils n'ont pas de mauvaises pensées. Pour eux, la naissance d'un roi est forcément publique. Ils ont d'ailleurs raison dans la plupart des cas. Seulement ici, c'est un cas particulier.
Les mages se sont peut être rendus en priorité au palais d'Hérode. C'est logiquement dans les palais des rois que naissent les rois.
S’ils sont naïfs, les mages sont cependant des prédicateurs efficaces de l'Evangile, car tout le peuple est mis au courant de la nouvelle de la naissance du nouveau roi (v. 3).
Les mages s'attendent sans doute à trouver la joie dans la population de Jérusalem, mais c'est le calcul et la suspicion qu'ils découvrent. Et notamment de la part d'Hérode.

Hérode, lui, agit avec ruse.
C'est en secret qu'il fait appeler les mages (v. 7), alors, qu'à priori, il a le droit de recevoir qui il veut. Pourquoi ce secret ? Lorsque l'on a de mauvaises pensées, on imagine que tout le monde en a aussi, et l'on se méfie de tout, au point de devenir paranoïaque, comme beaucoup de détenteurs de pouvoir. C'était le cas d'Hérode, qui craignait par dessus tout de perdre son royaume, et comme il était détesté par la population, cela n'arrangeait pas son cas. A cause de cette hantise, il a fait mettre à mort sa femme et plusieurs de ses enfants. Ce qui a fait dire à l'empereur Auguste : il vaut mieux être le porc d'Hérode que son fils. Il est vrai que le porc d'un Juif ne risquait pas d'être tué, lui.
Hérode fait une enquête. Il s'enquit soigneusement auprès des mages depuis combien de temps l'étoile brillait, est-il écrit au verset 7.
Il envoie des espions ; en l'occurrence : les mages. Des espions qu'il trompe sur ses intentions, leur disant qu'il veut, lui aussi, adorer le nouveau-né, alors qu'il veut l'éliminer (v. 8).
En tous points, Hérode agit différemment des mages. Il cache, ruse, trompe et espionne, alors que les mages révèlent et sont ouverts à tous.
C'est l'esprit de l'épiphanie, qui veut dire : apparition.

L'Epiphanie, c'est la révélation de Dieu à toutes les nations. Et cette révélation nécessite un esprit d'ouverture, pour accepter et dépasser les différences de races, de cultures et d'idéologies, au risque, peut-être, de paraître naïf, comme les mages. Mais Jésus ne fait-il pas le pari que les hommes sont ouverts, bons et honnêtes pour venir parmi eux dans la faiblesse du petit enfant ?
La révélation n'est pas sélective, elle n'est pas pour certains seulement ; ce qui impliquerait le secret et une initiation particulière.
On objectera, peut-être, qu'en naissant dans un milieu pauvre, Jésus s'est caché d'une certaine couche de la population, mais le contraire eut été plus flagrant : c'est en naissant parmi les riches qu'il se serait séparé du plus grand nombre. Tous, y compris les riches, ont la possibilité de chercher la vérité chez les pauvres ; l'inverse est rarement vrai.
D’autre part, il n’est pas dit que Joseph et Marie étaient particulièrement pauvres. Artisans, ils n’étaient pas serviteurs, encore moins esclaves, lesquels étaient très nombreux dans l’empire romain. Jésus est né dans un foyer ni riche, ni pauvre. Issu de la couche la plus large de la population, il était ouvert à tous.

En ce début d'année, Jésus proclame son amour, et cet amour se manifeste par le respect et l'accueil de l'autre, quel qu'il soit.
Sachons partager cet amour et cet état d'esprit d'ouverture aux autres, même si cela nous fait passer pour des naïfs. Car il vaut mieux être comparé aux mages qu'à Hérode.