• Imprimer

TU NE TE FERAS PAS DE REPRÉSENTATION DE DIEU

Exode 20, 4 à 6  -  Jean 17, 1 à 8  -   Colossiens 1, 12 à 20  -  Luc 19, 12 à 27

Ce texte de l’Exode présente le deuxième des 10 commandements.

Contrairement au 1er commandement qui recueille un consensus quasi général au sein des 3 religions monothéistes, ce 2ème commandement n'est pas interprété de la même façon par les Juifs, les Musulmans et les Chrétiens. Les Juifs et les Musulmans l'appliquent à la lettre ; c'est pourquoi leurs décorations religieuses ne représentent rien de réel. Les chrétiens sont divisés dans leurs approches de ce commandement. Les catholiques et les orthodoxes l'ont carrément supprimé, pour faire des images un support cultuel, tout en établissant une différence entre adoration et vénération. Les protestants font la distinction entre la représentation et l'adoration, et considèrent que le commandement interdit l'adoration, mais non la représentation. Ce qui leur permet, par exemple, d'utiliser des images en catéchèse.

C'est le terme idole qui est écrit dans le texte ; terme qui met plus l'accent sur l'adoration que sur la représentation, car une représentation non adorée n'est pas une idole.

Le but du commandement n'est pas d'interdire toute production artistique basée sur l'image, mais d'éviter toute confusion entre le créateur et la création. Confusion pouvant provenir, soit de la divinisation des choses en les adorant, soit de la chosification de Dieu en le représentant, et donc en le manipulant à notre guise ; ce qui s'oppose à la spiritualité de Dieu et à sa liberté, et qui fait de l'homme un Dieu.

Mais la représentation de Dieu ne se limite pas à une image matérielle. La parabole des mines nous aide à en prendre conscience et à aller plus loin.

 La parabole des mines (Luc 19, 12-27).

Je veux juste m'arrêter sur l'image que le 3ème serviteur a de son maître. Le 3ème serviteur étant celui qui a caché sa mine et ne l'a pas mise en valeur.

Il fait, lui-même, un portrait de son maître (verset 21) : il dit qu'il s'agit d'un homme sévère, dur, voleur et profiteur. En fonction de ce portrait, son maître lui fait peur.

Ce portrait est-il juste ? Le maître ne contredit pas son serviteur et reconnaît qu'il est sévère. C'est déjà une façon, pour Jésus, de dire que l'image que nous avons des autres est très importante, que c'est en fonction de cette image que nous agissons et non en fonction de la réalité des choses. Car nos images prennent le pas sur la réalité.

La parabole ne dit pas si le portrait du maître par le serviteur est juste ; et la question n'est pas là. Ce qui est important c'est que le serviteur s'est fait une image de son maître, c'est-à-dire une idole, une représentation, et que c'est cette image qui le fait agir.

Cette parabole nous pose une question :

Quelle image, représentation ou idole nous faisons-nous de Dieu ? Cette représentation est le fruit de notre culture, de notre expérience, de notre éducation, de nos lectures, de nos idéaux … de notre imagination, d'où le terme image.

Cette image n'est pas forcément matérielle. Elle est, avant tout, mentale. Et cette image mentale peut être bonne, malgré une image matérielle, comme elle peut être mauvaise sans être matérielle.

La loi dit qu'il ne faut pas se faire de représentations de Dieu. Pourquoi ?

Parce que l'homme ne connaît pas naturellement Dieu. Les représentations qu'il peut s'en faire sont donc forcément fausses. Il utilise, pour cela, des éléments de la création : êtres humains, animaux … Les mythologies antiques nous en donnent de nombreux exemples.

La loi dit qu'il ne faut pas se faire de représentations de Dieu, parce que l'homme se contente, d'ordinaire, de ses représentations. Il fait alors de Dieu quelque chose. Quelque chose qu'il peut déplacer, commander … etc. Il oublie alors que Dieu est un être libre, qu'il est Dieu, c'est-à-dire tout autre.

La loi dit qu'il ne faut pas se faire de représentations de Dieu, parce que les représentations de Dieu nous éloignent de Dieu et nous empêchent de le connaître. Or, s'il ne faut pas représenter Dieu, il faut le connaître.

Connaître Dieu, c'est la vie éternelle (Jean 17, 3)

Pourquoi ?

Parce que la qualité de l'éternité est liée aux qualités de Dieu. Si Dieu est un être dur, autoritaire, … méchant, la vie éternelle sera désagréable. Si Dieu est un Dieu d'amour, la vie éternelle sera une éternité de joie. Mais n'oublions pas que la vie éternelle commence dès le présent, si dans ce présent je vis avec Dieu. La connaissance de Dieu influence donc aussi ma vie présente. Un dieu bon me rendra bon ; un dieu méchant me rendra méchant. Car qu'est-ce qu'un dieu, même inventé ? C'est toujours l'idéal que le croyant se donne. En se faisant des dieux, les hommes se sont donné des idéaux, des projets, des buts à atteindre. La religion est donc un cercle vicieux. Les hommes se font des dieux selon leurs cœurs, leurs idées et leurs souhaits, et ils s'efforcent de ressembler à ces dieux ; c'est-à-dire à leurs propres idées. C'est ce qui est arrivé au 3ème serviteur de la parabole : il s'est fait un maître à son image, il a agi en fonction de cette image, et il a été jugé par le maître auquel il croyait. Le maître lui dit bien, en effet : Je te jugerai sur tes paroles (Luc 19, 22). De même, l'homme religieux vit et est jugé par le dieu auquel il croit. Ce qui montre que la religion est essentiellement subjective et qu'il est capital de connaître Dieu tel qu'il est.

Il est capital de connaître Dieu tel qu'il est.

Or l'être humain ne connaît pas naturellement Dieu. Il ne peut donc pas s'empêcher d'en faire une ou des images, qu'elles soient matérielles ou mentales. Des images, on l'a dit, issues de sa culture, de son expérience … C'est-à-dire de lui-même. C'est pourquoi on a coutume de dire que Dieu a fait l'homme à son image, et que l'homme le lui a bien rendu.

C'est ainsi que l'homme religieux s'enferme dans ses propres images, dans son moi, en lui donnant une dimension divine. En adorant ses images qu'il appelle Dieu, il s'adore lui-même et fausse totalement le message que Dieu donne en Jésus.

Il est capital de connaître Dieu tel qu'il est, car tous mes rapports avec Dieu et avec les autres en dépendent. Si le dieu auquel je crois est à mon image, mes rapports avec lui ne seront pas exempts de peur, de calcul et de marchandage. Je risquerais d'être "fidèle" par intérêt et de pratiquer des œuvres pour calmer ce dieu qui me ressemble et mériter son salut. Et tous mes rapports humains seront calqués sur ce modèle. Mais cette "fidélité" n'est en fait que de l'infidélité ; car la fidélité consiste à aimer Dieu et les hommes tels qu'ils sont et non tels qu'on voudrait qu'ils soient.

Il est capital de connaître Dieu tel qu'il est, et non tel que je me le suis représenté. C'est pourquoi la religion ne peut se passer de la révélation. Là est le fond du problème. La religion est la tentative humaine d'atteindre Dieu et d'entrer en relation avec lui par des moyens humains, notamment en unifiant l'humain et le divin par des images et des représentations. Car, dans l’esprit de l’homme, plus le divin et l’humain se ressemblent et plus la relation entre eux est facile. L’être humain est donc toujours tenté de trouver, lui-même, la communion entre Dieu et l’homme en faisant de Dieu un homme et de l’homme un dieu.

Le commandement s'oppose à cette démarche, parce que ce n'est pas à l'homme d'établir une relation entre l'humain et le divin ; seul Dieu peut le faire, car il est le seul à savoir ce qu'est l'homme et qui est Dieu.

Le commandement s’oppose à la représentation de Dieu et conduit l'homme à ne faire confiance qu'à la révélation de Dieu par lui-même. Toute autre voie condamne l'être humain à s'adorer lui-même, à travers ses images qu'il appelle Dieu, dans un cercle vicieux qui ne lui apporte aucun dépassement, aucune relation avec Dieu, et donc aucune espérance.

Dieu s'est révélé en Jésus.

C'est un acte d'amour de la part de Dieu, une œuvre de libération, une fenêtre qui s'ouvre sur ce qui n'est pas humain.

Dieu s'est révélé en Jésus. Voilà pourquoi, la vie éternelle c'est connaître Dieu et celui qu'il a envoyé (Jean 17, 3).

Seul Jésus peut nous apporter cette révélation, car il n'est pas une représentation de Dieu, mais Dieu lui-même. Il est la révélation de Dieu venue vivre parmi les hommes.