C'EST DANS UN SEUL ESPRIT QUE NOUS AVONS ETE BAPTISES, POUR APPARTENIR A UN SEUL CORPS

1 Corinthiens 12, 12 à 27  -  Jean 15, 9 à 17  -   1 Corinthiens 1, 10 à 17

L'Eglise de Corinthe était divisée. Une division qui reposait sur l'éclectisme de la composition de l'Eglise. Les membres de l'Eglise étaient de diverses origines et cultures : des Juifs et des Grecs venant avec leurs coutumes et leurs traditions. Il y avait aussi des différences sociales : les uns étant libres et d'autres esclaves. Il y avait des scissions, des sous-groupes et des rivalités. On comprend que l'apôtre Paul parle beaucoup d'unité dans la lettre qu'il envoie à cette Eglise.

Face à cette constatation de la division, une question se pose. La question que tout organisme (nation, état, association, confrérie, communauté … religieuse ou non) se pose : comment parvenir à l'unité ? Car la division est un facteur de faiblesse...

Comment s'imposer et être représentatif en étant divisé ? Comment attirer les bonnes volontés, les compétences, les capitaux ou les adeptes quand on n'est pas d'accord ? Et, de tous temps, les hommes ont apporté, plus ou moins, les mêmes réponses :

-    La dictature de la pensée unique.

-    L'autoritarisme policier et politique.

-    L'embrigadement idéologique, militaire ou économique.

Et ces réponses ont montré leur inefficacité. Tout au plus parvient-on, par ces moyens humains, à une unité de façade qui s'effrite au premier écueil.

Dans sa lettre aux Corinthiens, Paul propose un autre facteur d'unité : le baptême dans un même esprit. C'est dans un seul esprit que nous avons été baptisés, pour appartenir à un seul corps (1 Cor 12, 13).

Pour l'apôtre, le baptême est un facteur d'unité. Encore faut-il être baptisés dans un seul esprit.

Que veut dire : baptisés dans un seul esprit ? On peut comprendre cette expression de deux façons différentes :

En mettant une majuscule au mot Esprit. Comme le font les traductions françaises. Et alors, le texte veut dire que nous sommes tous baptisés dans l'Esprit de Dieu.

En mettant une minuscule au mot esprit. Comme c'est le cas dans le texte original grec. C'est le terme pneuma (pneuma = esprit, souffle) qui est employé.  Et l'apôtre veut alors dire que les baptisés sont dans la même communion spirituelle.

Etre baptisés dans l'Esprit de Dieu.

C'est être conscient d'avoir été mis au bénéfice d'un geste et d'une décision opérés par Dieu, et non par nous-mêmes. C'est en ce sens qu'il existe un baptême chrétien, et non des baptêmes catholique, protestant …  A condition d'avoir reconnu que c'est Dieu qui agit, et non telle ou telle communauté. Cette communauté estimant que seul son baptême est valable et seul vrai.

Etre baptisés dans l'Esprit de Dieu, c'est se référer tous au même Dieu, au même Père qui accomplit la même œuvre pour chacun de nous.  Et c’est, par là même, prendre conscience que nous sommes frères et sœurs. C’est déjà un facteur d’unité. Sans pour autant employer journellement la formule, nous reconnaissons-nous vraiment comme frères et sœurs ? Parce que nous avons un même Père.

Etre baptisés dans l'Esprit de Dieu, c'est se reconnaître dépendant et serviteur d'un seul Seigneur dont nous acceptons l'autorité sur nous. C'est être attaché à Dieu, liés à lui par son Esprit. Non seulement croire en lui, mais vivre avec lui et par lui, parce que l'Esprit c'est le souffle qui nous donne vie.

Vivre avec lui et par lui, c'est adhérer à Dieu, c'est la foi. C'est demeurer en Christ, comme Christ demeure en nous. Et là nous abordons une nouvelle compréhension du baptême en un seul esprit.

Etre baptisés dans un même esprit, c’est être baptisés dans la même communion spirituelle.

C'est à dire voir les choses comme le Christ les voit.  Et l’on se souvient des paroles de Jésus aux disciples : Comme le Père m'a aimé, moi aussi, je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi j'ai gardé les commandements de mon Père et je demeure dans son amour (Jean 15, 9-10).

Cette communion spirituelle n'est pas que relation émotionnelle. L'amour dont il est question ici n'est pas qu'un sentiment, mais un attachement qui va jusqu'au don de soi. Jésus ajoute en effet : Voici mon commandement : que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. Personne n'a de plus grand amour que celui qui se défait de sa vie pour ses amis (v. 12 et 13).

Or qui est celui qui s'est défait de sa vie par amour ? C'est Jésus. Sa relation avec nous va jusque là ; et c'est à ce don de soi qu'il nous invite. Il s’agit d’aimer comme il nous a aimés.

Ceci ne signifie pas que nous devons tous avoir les mêmes idées. La communion d'esprit et l'amour fraternel ne font pas de nous des partisans de la pensée unique ; contrairement à ce qu'enseignent les gurus qui demandent la soumission de leurs adeptes. C'est là que l'on se trompe parfois, lorsqu'on confond l'unité avec l'uniformité. C’est alors que la religion fait peur, parce qu'on craint d'y perdre sa personnalité. Entre les divisions des chrétiens de Corinthe et l'uniformité d'un troupeau de moutons, l'apôtre Paul prend l'image du corps et de ses membres. Tous les membres sont différents et remplissent des fonctions différentes, et cependant, il y a unité. L'unité est-elle donc une unité de fonctions ? Dans le sens où chacun a quelque chose à faire dans l'Eglise, et dans la mesure où chacun accomplit sa tâche, il y a unité ? Mais, dans ce cas, l'unité serait dépendante de la capacité à faire et à réaliser. Le déficient physique ou mental serait donc exclu. Non ! L'unité de l'Eglise n'est pas matérielle, mais spirituelle. C'est dans le même esprit que l'on est baptisé. Cette unité est donc plus profonde et plus solide, elle demande la participation de l'esprit du baptisé.

Etre baptisé dans le même esprit, c'est donc voir les choses comme Christ les voit. Mais comment Jésus voit-il les choses ? Pour le savoir, il faut déjà passer du temps à lire et méditer les évangiles. La question ne se pose pas sur le plan pratique, comme si nous devions manger comme il a mangé, nous habiller comme il s'est habillé, et accomplir les gestes qu'il a accomplis. Etre en communion d'esprit, cela signifie que c'est au niveau de l'état d'esprit qu'il faut être sur la même longueur d'onde que lui.

Or, quel est l'état d'esprit de Jésus ? Ce qui le caractérise, c'est l'esprit de service à l'opposé de la domination et du pouvoir. C'est accepter de payer de sa personne pour créer la paix. C'est supporter l'injustice pour que d'autres n'aient pas à la subir. En un mot, c'est l'amour, c'est-à-dire la fin de l'égoïsme. C'est comme ça que Jésus voit les choses. C'est cet esprit là qui nous est proposé, donné par le baptême. A-t-il notre agrément ? Aimons-nous cette vision des choses ou sommes-nous trop imbus de nous-mêmes ? Si nous n'aimons pas ce programme, il nous sera impossible de l'appliquer. Tout est question d'amour.

Dieu veut faire de nous des chrétiens à l'image de son fils qui s'est donné entièrement par amour. Avoir le même état d'esprit, c'est ôter toutes possibilités de rivalités, de disputes, de querelles et d'injustice ; sans pour autant penser tous de la même manière.

Il y a deux regards à éviter en considérant le baptême, la communauté spirituelle et la vie de l'Eglise :

  1. Imaginer qu'en vertu de l'Esprit de Dieu tout ceci est magique. Qu'à partir du moment où on est baptisé et où on fait donc partie de l'Eglise, tous les problèmes sont résolus et toutes les questions trouvent automatiquement leurs réponses. C'est de l'utopie. La vie chrétienne et spirituelle n'a rien de magique.
  2. Considérer que tout est affaire d'effort humain, de volonté personnelle et de lutte pour parvenir à un idéal. Cette voie produit deux résultats possibles :

-    Le découragement quand on se rend compte qu'on n'y parvient pas.

-    L'orgueil quand on croit y être arrivé.

Dieu nous propose une troisième voie : une relation d'amour et de confiance. Il est clair que l'idéal accompli par Jésus est trop élevé pour nous. C'est pourquoi Dieu nous invite seulement à l'aimer : lui et le chemin qu'il a tracé ; et à lui faire confiance. Si nous demeurons dans cet amour et cette confiance, Dieu agit lui-même en nous par son Esprit ; tout naturellement, comme il nous est naturel de respirer, comme il nous est naturel de ressembler peu à peu à ceux que nous aimons. Faisons-lui confiance et l'unité viendra. Non l'unité humaine qui se confond avec l'uniformité, mais la communion d'esprit.

Et il n'y aura de place ni pour l'orgueil, ni pour le découragement, puisque c'est Dieu qui agit.