• Imprimer

DONNER GLOIRE A DIEU

Jean 17, 20 à 26   −  Josué 7, 1. 10a. 11 à 12. 19 à 23   −  Actes 7, 55 à 60

Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, dit Jésus à Dieu, en parlant des disciples.

Les protestants sont toujours un peu embarrassés avec la gloire. En mettant l'impact sur la grâce annoncée dans l'Evangile  — par opposition aux mérites — ils se sont attachés aux dons et aux œuvres de Dieu au détriment de celles des hommes. Ce qui supprime, en théorie, toute possibilité à l'être humain de se glorifier.

Je pense, personnellement, que cette façon d'interpréter l'Evangile est juste. De nombreux textes vont dans ce sens. Notamment Ephésiens 2, 8-9 où il est écrit : C'est par grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. Ce n'est pas par les œuvres afin que personne ne se glorifie.

Mais il y a un certain nombre de textes qui parlent de gloire. Quelle place donner à la gloire dans l'Evangile ?

Notons, tout de suite, que dans la prière de Jésus il est question d'une gloire donnée. Il s'agit donc de la gloire de Dieu ou du Christ, et non la nôtre. Mais elle a été donnée aux disciples. Elle est donc susceptible de reposer sur l'être humain.

Quelle est cette gloire ?

Qu'est-ce que la gloire ?

Qu'est-ce que la gloire humaine, déjà ?

C'est le résultat d'attitudes ou d'actes qui font l'approbation de la majorité, et qui conduisent cette majorité à admirer les vedettes et à se référer aux leaders ainsi glorifiés. Je pense, ici, au festival de Cannes et à son célèbres escalier monté et descendu par les stars de cinéma. C'est vraiment l'étalage de la gloire humaine. On dira que ça fait partie de leur métier. En tant qu'acteurs, ils continuent de jouer un rôle. Mais, en fait, ils dénaturent le métier d'acteur. En effet, en Grèce antique, où le théâtre était très élaboré, les acteurs jouaient avec des masques. Autrement dit, l'acteur était caché afin de mettre le rôle en valeur. Or c'est l'inverse qui se produit dans le star-system actuel. Le rôle est oublié au profit de l'acteur, et ainsi l'homme peut se glorifier.

La gloire humaine est recherchée, organisée, car elle génère d'immenses profits. Tout est fait pour porter au pinacle quelques personnalités, parfois artificielles et sans talent particulier, afin de faire vendre. On sait que des spectateurs ne vont voir tel ou tel film, que parce qu’il est joué par un acteur ou une actrice particulièrement appréciée. Voilà où conduit la recherche de la gloire ; ou, autrement dit : l'orgueil. Orgueil qui se manifeste de quantités de façons différentes : de l'esprit de domination à l'auto-flagellation, en passant par la bonne conscience et la fausse humilité.

Mais la Bible parle d'une autre gloire.

La gloire de Dieu. Quelle est-elle ?

Jésus dit qu'il l'a donnée aux disciples. Or, qu'est-ce que Jésus a donné ? Un style de vie, une façon d'être et de voir, un message d'amour, de paix, d'ouverture aux autres. Voilà la gloire de Dieu : son regard sur les êtres et les choses, son intérêt pour l'être humain, son amour. Cette vérité, c'est sa gloire.

Mais si la gloire de Dieu c'est son amour, pourquoi parler de gloire ? Jésus aurait pu dire : Je leur ai donné l'amour que tu m'as donné. D'autant plus qu'il ajoute : Afin qu'ils soient un comme nous sommes uns. Or, on sait bien que l'amour unit les êtres, alors que la gloire (en tous cas : la recherche de la gloire) les sépare.

Pourquoi parler de gloire ? Parce que l'homme aime la gloire. En parlant de gloire, Jésus suscite donc l'intérêt.

Jésus perle de gloire aussi, pour nous initier à un certain sens des valeurs. L'homme considère, naturellement, que la gloire est positive, et qu'elle est le résultat de la force, de la puissance et des coups d'éclat. Par là même, le pouvoir et la puissance apparaissent comme positifs. En appelant l'amour gloire, Jésus veut nous déprogrammer d'une façon naturelle de voir, pour nous amener à considérer que seul l'amour est glorieux. Jésus nous dit ainsi : Vous voulez la gloire ? Très bien ! Alors, sachez, d'une part, qu'elle ne vient pas de vous, je vous la donne.

D'autre part, si vous voulez la gloire, alors aimez !

Nous sommes donc, une fois de plus, placés devant le commandement d'amour du Christ. Mais cette fois-ci, ce commandement apparaît comme une pratique de la gloire.

Comment pratiquer la gloire ?

D'ordinaire, nous l'avons dit, la gloire se pratique par la puissance et le pouvoir. Or, nous avons défini la gloire de Dieu comme correspondant à son amour. Quel lien pratique existe-t-il entre la gloire et l'amour ? Deux exemples nous sont donnés dans les Ecritures :

  1. L’exemple d'Etienne.

Accusé et traîné par la foule, il voit la gloire de Dieu et Jésus à la droite du Père. Ici, déjà, un premier élément pratique apparaît : voir, regarder, chercher la gloire de Dieu et non la nôtre. Etienne ne tombe pas dans le travers de la recherche du martyre, qui est une forme de gloire personnelle.

Ce regard qui s’attarde sur l’autre et non sur soi, c'est un changement de direction, une conversion qui conduit à la recherche de la gloire du prochain. C'est l'amour qui oublie sa propre gloire pour que le prochain s'épanouisse. C'est ce qui amène Etienne à prier pour ses ennemis qui le lapident : Seigneur, ne leur impute pas ce péché ; comme l'a fait Jésus alors qu'on le crucifiait.

Voilà bien une façon de vivre la gloire : contempler, admirer la gloire (l'amour) de Dieu, et la reproduire naturellement. Car on finit toujours par ressembler à ce que l'on admire. Tout est question de vision, d'intérêt que l'on porte, à notre propre gloire ou à celle du Christ.

  2. Autre exemple : celui d'Acan.

Un autre lapidé ; mais pour une raison différente de la lapidation d'Etienne.

Il est accusé de vol, et Josué lui dit : Donne gloire à Dieu. Que veut dire donner gloire à Dieu, dans ces conditions ? La suite de la phrase permet de répondre, car Josué ajoute : Dis ce que tu as fait. Donner gloire à Dieu, c'est dire la vérité. Pourquoi ? Parce que la vérité, c'est le Christ, c'est Dieu. Dire la vérité glorifie donc Dieu, car c'est dire sa personnalité, son œuvre. Il n'y a pas de meilleur moyen de glorifier Dieu que de, tout simplement, raconter ce qu'il est et ce qu'il fait. Il n'y a rien au-dessus de cela.

Nous sommes tous des acteurs.

Nous sommes sur la scène du monde. Notre partition, c'est l'Evangile. Nous n'en sommes pas les auteurs, mais juste les acteurs. Et nous racontons Dieu, par nos paroles et par nos actes. Comment le faisons-nous ?

Comme les stars de cinéma qui cherchent à briller par le moyen du rôle ? Dans ce cas, nous nous racontons nous-mêmes, et nous prenons la place de Dieu.

Ou comme les acteurs grecs dissimulés derrière des masques, afin de mieux faire passer le message du texte ; et donc en présentant les actes de Dieu et non les nôtres. C'est là que Dieu est glorifié.

Qu'admirons-nous, qu'aimons-nous ?

Si c'est nous-mêmes avant tout, il n'y aura que rivalité ; car les orgueils ne peuvent que s'opposer.

Si c'est Jésus-Christ, nous pouvons être unis dans le même amour ; car, à l'image de Jésus, chacun recherche la gloire de l'autre.