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LE BAPTEME DE LA DIVERSITE

Actes 2, 1 à 11  −  1 Corinthiens 12, 3 à 13  −  Jean 20, 19-23

Ils sont venus de partout pour participer à la Pentecôte à Jérusalem ; à une époque où la Pentecôte chrétienne n'existe pas encore. Elle va naître ce jour-là.

Il s'agit de la Pentecôte juive ; c'est-à-dire l'anniversaire de la proclamation de la loi sur le Mont Sinaï, cinquante jours après la sortie d'Egypte, ou encore, cinquante jours après Pâques. C'est à cause de ce délai de cinquante jours, que cette fête porte ce nom. Pentecôte veut dire cinquantaine, en grec.

Des Juifs dispersés venaient à cette occasion à Jérusalem. C'est ainsi que la ville se trouve remplie d'une foule bigarrée, parlant des langues étranges et pratiquant des coutumes bizarres. Pourtant ils sont tous juifs, et c'est pourquoi ils sont là.

Ils habitent, pour la plupart, depuis de nombreuses générations à l'étranger. C'est ce que veut faire ressortir le texte en mentionnant la diversité des langues représentées. Or on sait que le langage est le véhicule de la culture. Si ces personnes ne s'expriment ni en hébreu, ni en araméen, elles ont une pensée qui correspond à leur langage, et ne comprennent donc pas exactement les choses comme les Juifs de Jérusalem. Peut-être ne comprennent-elles même pas ce qui est dit ou lu au temple ; mais seulement les gestes.

C'est pourquoi, c'est dans leurs langues respectives que l'Esprit leur donnera d'entendre le message de l'Evangile.

L'Evangile est prêché à la foule de Pentecôte, et chacun l'entend dans sa propre langue.

Cette simple constatation implique :

   -     Que Dieu n'attend pas que nous ayons la même façon de penser et la même culture pour nous parler.

   -     Que l'Evangile n'a pas pour but de nous rendre tous semblables. Sinon l'Esprit aurait eu deux possibilités :

  • Faire le choix d'une langue particulière, parmi celles qui étaient parlées à l'époque ; et imposer cette langue dans le cadre du culte. C'est ce que les hommes ont tendance à faire, eux, surtout dans le domaine religieux, en imposant, parfois, l'usage d'une langue sacrée. Cette tradition religieuse, universellement répandue, voudrait faire croire que Dieu partage une culture particulière, parmi toutes celles qui existent sur terre.
  • Ou bien l'Esprit aurait pu choisir de s'exprimer lui-même dans un langage nouveau, céleste, qui aurait été le même pour tous. Thèse partagée par les partisans d'un langage extatique, ésotérique, charismatique.

   -    Le texte des Actes enseigne que l'Evangile s'incarne dans la culture de chacun, afin qu'aucune culture ne se croie plus légitime que les autres et ne cherche à les dominer.

Et la foule croit. Environ 3000 personnes sont baptisées ce jour-là, dit Actes 2, 41. La majorité d'entre elles semble rester à Jérusalem, puisque le verset 42 parle de leur persévérance dans l'enseignement des apôtres et dans la communion fraternelle.

Je m'interroge sur la qualité de la communion au sein de cette première communauté, à cause de la disparité des origines de ses membres. On sait que l'auteur du livre des Actes a tendance à idéaliser la situation, par l'expression : Ils n'étaient qu'un cœur et qu'une âme (Actes 4, 32). Il est bien obligé, cependant, de mentionner les tensions existant entre les chrétiens originaires de Palestine et ceux venant de l'étranger. Ces tensions ont peut-être été à l'origine du grand débat qui a secoué les débuts de l'Eglise : Fallait-il limiter la prédication de l'Evangile aux Juifs, ou pouvait-on aussi prêcher aux païens ? Comment, en effet, des gens aussi divers peuvent-ils faire partie d'une même famille ? Car c'est cela l'Eglise, une famille. Lorsque Jésus, le premier chrétien, a été baptisé, Dieu n'a pas dit : Celui-ci est mon ami, mon collègue, mon disciple ou mon assistant. Il a dit : Celui-ci est mon Fils. Par le signe du baptême, Dieu annonce qu'il nous accueille dans sa famille.

L'Eglise n'est pas un club. De même que l'on ne choisit pas les membres de sa famille, on ne choisit pas les membres de l'Eglise. C'est pourquoi nous sommes frères et sœurs, et non seulement des associés ou des partenaires. Encore moins des clones qui se ressembleraient tous.

Ce récit de la Pentecôte nous raconte la naissance de l'Eglise, et nous permet de donner ainsi une certaine définition de l'Eglise.

L'Eglise n'est pas une société déterminée, fixée une fois pour toutes. Elle a un commencement, une histoire ; elle évolue, elle change, elle vit ; elle existe dès la rencontre de Dieu avec ceux qui croient.

L'Eglise est formée de personnes différentes qui s'acceptent comme telles. L'Eglise est ce moment où les barrières tombent, l'instant de l'apprentissage et de l'épanouissement de la diversité.

C'est en ce sens que le baptême est une ouverture sur la découverte de l'autre et l'acceptation de sa différence.  Et cette découverte se poursuit au delà du point de départ ; tout au long de son existence,  le baptisé est appelé à vivre l'ouverture d'esprit et l'amour du prochain.

Certains chrétiens pensent que le baptême correspond à une sortie du monde pour entrer dans le ghetto de l'Eglise. Mais l'Eglise n'est pas hors du monde. En Jean 17, 15, Jésus prie Dieu au sujet des disciples en disant : Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal.

Le baptême illustre l'entrée dans l'Eglise, certes, mais aussi l'entrée dans le monde. Etre baptisé, c'est être, enfin, ouvert aux autres. Jésus a commencé son ministère public à partir de son baptême, et la communauté des disciples est devenue Eglise et a commencé sa prédication aux foules, après le baptême de l'Esprit. Alors qu'avant la Pentecôte, le petit groupe des amis de Jésus se cachait et ne se mélangeait pas.

Le baptême n'est pas un rite identitaire qui détermine la qualité du baptisé ; comme si le baptême était un diplôme sanctionnant la réussite à un examen. Si c'était le cas, l'Eglise :

   -     Aurait tendance à se regarder elle-même, parce qu'elle ne serait censée être formée que de celles et ceux qui en sont dignes.

   -     Si le baptême était un diplôme sanctionnant la réussite, l'Eglise vivrait sans cesse dans la méfiance et l'accusation ; tous ses membres se surveillant mutuellement afin de renvoyer une image parfaite.

   -     L'Eglise se replierait sur elle-même ; elle considérerait que hors d'elle il n'y a pas de salut ; elle serait une secte.

Le baptême ne glorifie ni le baptisé, ni l'Eglise ; il glorifie Dieu qui accueille dans sa maison. C'est Dieu qui construit la maison et toutes choses (Héb 3, 4).

L'Eglise est une communauté de frères et de sœurs, enfants d'un même Père.

C'est ce Père que l'Eglise regarde, et non elle-même.

C'est en Dieu que l'Eglise se confie, et non en elle-même.

C'est Dieu que l'Eglise confesse, et non sa propre gloire.

Avant de baptiser les 3000 personnes de la Pentecôte, Pierre a confessé la foi de l'Eglise en disant : Que toute la maison d'Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié (Actes 2, 36) ; et Paul écrit aux chrétiens de Corinthe : Personne ne peut dire : Jésus est le Seigneur ! si ce n'est par le Saint-Esprit (1 Cor 12, 3).

Etre baptisé et être dans l'Eglise, c'est ne pas se regarder soi-même, mais regarder à Christ.

Etre chrétien, c'est ne pas être un critère.

La vérité n'est pas en nous. Seul Jésus-Christ est Seigneur.

Etre disciple du Christ, c'est sortir de soi pour accueillir les autres.