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TU NE PRENDRAS PAS LE NOM DE DIEU EN VAIN

 Exode 20, 7  −  Ezéchiel 13, 2-7   −   Matthieu 7, 15-23

Tu n'invoqueras pas le nom du Seigneur, ton Dieu, pour tromper. Ou : Tu ne prononceras pas à tort le nom du Seigneur ton Dieu.

C'est le 3ème commandement.

Littéralement, on peut traduire par : Tu n'élèveras pas le nom du Seigneur, ton Dieu, pour une chose vaine (ou fausse). Qu'est-ce que ça veut dire ? Ne pas jurer en employant le nom de Dieu ? C'est ce que mes parents m'ont appris. Cela faisait partie de l'interdiction de dire des "gros mots".  Ce n'est pas tout à fait ce que dit le commandement ; puisque, d'après le texte, je peux avoir le droit d'employer le nom de Dieu pour attester quelque chose de vrai. Le commandement me demande de ne pas lier le nom de Dieu au mensonge.

L'idée, c'est que Dieu ne veut pas servir de caution à nos petits arrangements avec la vérité. Des exemples bibliques illustrent cette dérive possible.

Il y est parlé de faux prophètes.

C'est l'expression que la Bible emploie pour parler de ceux qui font dire à Dieu ce qu'il ne dit pas.

Tous les grands prophètes — c'est-à-dire ceux qui ont été reconnus comme tels — ont fustigé cette pratique et leurs auteurs. Les mots du prophète Ezéchiel sont particulièrement clairs : Il parle de prophètes de leur propre cœur … qui suivent leur propre inspiration. Ils disent : "Déclaration du Seigneur !" Or le Seigneur ne les a pas envoyés ; alors ils attendent qu'il confirme leur parole. Dieu leur dit : Vous dites : "Déclaration du Seigneur ! Or je n'ai pas parlé.

Jésus, aussi, s'oppose aux faux prophètes.

Dans le sermon sur la montagne, il déclare : Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : "Seigneur ! Seigneur !" qui entreront dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père … Beaucoup me diront en ce jour-là : "Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas par ton nom que nous avons parlé en prophètes, par ton nom que nous avons chassé des démons, par ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ? Alors je leur déclarerai : "Je ne vous ai jamais connu ; éloignez-vous de moi, vous qui faites le mal !"

De ce passage on peut tirer les idées suivantes :

1. Parler au nom de Dieu ou faire des miracles ne signifie pas qu'on le connaît. Les fils de Scéva l'ont appris à leurs dépends (Actes 19, 13-16). C'était des exorcistes juifs qui habitaient Ephèse. Devant le succès de la prédication de Paul, ils entreprirent de prononcer sur ceux qui avaient des esprits mauvais le nom de Jésus, en disant : Je vous conjure pas Jésus, celui que Paul proclame ! … L'esprit mauvais leur répondit : Jésus, je le connais, et je sais bien qui est Paul ; mais vous qui êtes-vous ? Et l'homme dans lequel était l'esprit mauvais se jeta sur eux … et les battit tous avec une telle force qu'ils s'enfuirent de cette maison nus et blessés.

Citer le nom de Dieu ne signifie rien. N'importe qui peut le faire. C'est pourquoi Jésus parle de faire la volonté de Dieu. Or, pour ce qui est de faire, les faux prophètes dont parle Jésus sont efficaces.

2. Les faux prophètes sont très actifs, peut-être plus que les vrais. Ce qui ne doit pas être une excuse pour ne rien faire. Dans le discours qu’ils tiennent à Jésus, les faux prophètes disent qu’ils parlent, chassent des démons, font des miracles. Jésus ne nie pas la réalité de ces miracles. C'est ce qui rend le tri difficile entre les faux et les vrais prophètes. Car on est naturellement tenté d'accorder du crédit à ceux qui font des miracles. En effet, les miracles  semblent impossibles sans Dieu. Mais, pour Jésus, le miracle n'est pas un critère de vérité. Il est facile de faire croire ce qui n'est pas ; que ce soit par l'illusionnisme ou la persuasion.

Même les miracles de Jésus ne sont pas un critère de vérité. Il a déploré le fait que ces concitoyens ne croyaient en lui que parce qu'il faisait des miracles ; disant un jour : Si vous ne voyez pas des signes et des prodiges, vous ne croirez donc jamais ! (Jean 4, 48).

Ce ne sont pas les actes (paroles et miracles) qui posent problèmes en eux-mêmes. Dieu nous donne le droit de parler et de faire. Comme de faire valoir ses opinions et de convaincre, par exemple. Et pourtant, Jésus dit que ces faux prophètes font le mal. En quoi faire valoir ses opinions, réaliser de grandes choses, voire même des miracles, est un mal ?

3. Le mal se trouve dans le fait de faire passer nos idées, nos méthodes et nos réalisations pour celles de Dieu. Dieu n'a jamais interdit à quiconque de s'exprimer et de réaliser, mais il ne veut pas qu'on lui applique ce qui n'est pas à lui. Ce n'est pas parce qu'on invoque Dieu (en ton nom) qu'il est l'auteur de l'acte accompli.

C'est une question de vérité. En se cachant derrière l'autorité divine, on trompe les personnes auxquelles on s'adresse.

C'est une question de responsabilité. En mettant nos actions sur le compte de Dieu, on se disculpe, au cas où les choses ne se passeraient  pas comme prévu. Dans ces conditions l'être humain n'apprend pas à être responsable de ses actes. Par le commandement, Dieu veut faire de nous des êtres qui assument leur responsabilité. Dans le même but, Jésus dit : Que votre oui soit oui … (Mat 5, 37).

C'est une question d'autorité.  Car, on le sait bien, si l'on implique Dieu dans nos actions, c'est pour leur donner plus de poids, plus d'autorité ; comme dans le cas du serment, pour mieux convaincre. Or, l'autorité que l'on revendique ainsi n'est pas la nôtre, elle ne nous appartient pas. En agissant ainsi, nous nous faisons Dieu à la place de Dieu. C'est le suprême mensonge.

Jésus avait encore une autre façon de le dire. Ce qui montre l'importance que cet enseignement a dans son message.

Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu (Mat 22, 15-22).

Ou, autrement dit : Ne mélangez pas ce qui est spirituel avec ce qui ne l'est pas. Par exemples :

  1. La politique et le spirituel.

Les hommes les ont mêlés pendant des siècles. On en a vu toutes les dérives totalitaires et intolérantes. Faire de la politique ! Pourquoi pas ? Mais cela n'a rien à voir avec l'établissement du royaume de Dieu.

  1. Le religieux et le spirituel.

Prêcher une morale, des règles, des principes ! Cela se défend. Mais il faut bien faire la différence entre ce qui vient d'une morale humaine et ce qui vient de l'Evangile.

L'être humain est libre d'entreprendre et de parler. Mais il doit savoir de qui est l'œuvre qu'il entreprend ou le message qu'il annonce : Dieu ou César ? Dieu ou moi ? Car c'est à ce niveau que la différence doit être faite ; pour éviter de se prendre pour un prophète, et pour libérer Dieu de notre parole.

Comment faire la différence entre une parole humaine et celle de Dieu ?

Ce n'est pas facile. Ils sont nombreux ceux qui pensent accomplir la volonté de Dieu, alors qu'ils ne font que la leur. Les intégristes religieux sont dans ce cas. Sans pour autant être intégriste (du moins je l'espère), il se peut que j'en fasse partie ; car il est facile de considérer qu'une bonne action devant les hommes l'est aussi devant Dieu, et qu'elle correspond donc à sa volonté. Mais ce sont mes critères, mes normes, ma morale et mes idées qui me dictent ce jugement. Or il se peut que tout cet héritage soit caduc devant Dieu. Alors, comment juger de l'origine d'une parole ou d'une action ?

Jésus dit que c'est aux fruits que l'on fait la différence entre celui qui parle et agit de la part de Dieu et celui qui le fait en son nom propre.

Les fruits ! Quels fruits ? Non l'efficacité, la rentabilité, la réussite, la maîtrise des événements …  Je passe sur la gloire, la richesse et le plaisir — ce qui constitue des critères aux yeux des hommes — Mais l'amour, la joie, la paix, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur et la maîtrise de soi, ou encore : le fruit de l'Esprit (Gal 4). Voilà ce qui permet de savoir si une parole ou une action est de Dieu ou non. Voilà ce qui permet de vivre en esprit, le 3ème commandement.

De tous temps les hommes ont voulu parler et agir à la place de Dieu. Ne serait-ce que pour goûter un peu à sa puissance, et ainsi dominer les autres.

C'est toujours vrai. Les religieux actuels se font souvent encore les porte-parole de Dieu pour imposer leur volonté. Et on en voit les conséquences. Une juste compréhension du 3ème commandement et son application suffiraient à enrayer ce phénomène.

Que cette obéissance soit déjà la nôtre.