LA RÉSURRECTION  :  UNE ESPÉRANCE

Marc 16, 1 à 8  −  Colossiens 2, 8 à 13   −  Jean 11, 17 à 27       

La résurrection de Jésus m'a souvent embarrassé. Non dans le sens qu'il m'est difficile d'y croire ; même s'il est vrai qu'elle ne sera jamais historiquement prouvée, et qu'elle ne s'aborde donc que par la foi.

Non,  la résurrection de Jésus m'embarrasse parce qu'elle me semble amoindrir la portée de la mort de Jésus. En effet, si Jésus comptait sur la résurrection à l'issue de sa mort, la crucifixion n'est plus un don total de soi, mais une sorte de calcul.

Pour illustrer cette idée, permettez-moi de vous raconter une histoire. On raconte qu'un jour, lors d'une séance de catéchisme, un curé marseillais voulu tester les connaissances de ses catéchumènes. Comme ils avaient récemment étudié l'histoire de la passion de Jésus, le curé demanda aux enfants quelles paroles Jésus avait prononcées lorsqu'il était sur la croix. Après un long moment de silence, un des enfants répond enfin : Je sais, Jésus a dit : Peuchère, je m'en moque, dans 3 jours je ressuscite.

La mort du Christ, suivie de la résurrection, paraît être une ruse, un moment de faiblesse de la part de Jésus, comme pour faire ressortir la puissance et la gloire de Dieu manifestées par la résurrection. Autrement dit, la résurrection semble aller dans le sens de la puissance ; et l'Eglise a souvent été attirée par la puissance, car les hommes aiment la puissance.

 La résurrection comme puissance.

Au Moyen Age, certains enseignaient que, par la passion du Christ, Dieu avait pris le diable à l'hameçon ; le Christ étant l'appât. Brandissant ce qui était faible en lui, et cachant ce qui était fort, Jésus avait surtout montré son humanité. Le diable, croyant avoir affaire à un simple homme, l'avait fait mourir. Par la résurrection du Christ, Dieu avait alors montré sa puissance et détruit celle du diable. La rédemption s'opérait donc plus par la résurrection que par la crucifixion ; mais surtout : la théologie chrétienne, insistant sur la victoire et la puissance de Dieu, est devenue une théologie de la gloire. Faisant de l'Evangile une opposition et non un service, une défense de l'honneur et de la puissance de Dieu, et non le don de soi par amour.

Non, la résurrection n'est pas cette victoire là. Elle n'illustre pas la volonté de Dieu de toujours avoir le dernier mot. Alors, que signifie-t-elle ? De quoi est-elle le signe ?

Pour le comprendre, il importe de se poser la question : Que pourrions-nous dire si Jésus n'était pas ressuscité ?

Si Jésus n'était pas ressuscité.

Sa mort resterait la manifestation de l'amour de Dieu jusqu'au bout. Plus encore que si elle est suivie de la résurrection ; Jésus ayant vécu l'amour jusqu'à tout donner de lui-même, quitte à ne rien en retirer. C'est cela : aimer.

L'Evangile nous propose d'adhérer à cette interprétation de l'amour de Dieu, même si Jésus ressuscite ; sans quoi nous risquons de répondre comme le catéchumène de tout à l'heure, de comprendre l'Evangile comme un calcul de Dieu, et de manifester le calcul dans notre comportement.

De nombreux théologiens considèrent, d'ailleurs, que les annonces de la résurrection faites par Jésus (avant sa passion) dans les évangiles ont été introduites par les rédacteurs, après coup, mais que Jésus ne les a pas prononcées lui-même. Jésus est donc allé à la mort sans compter sur une résurrection évidente. Son espérance ne reposait que sur sa foi, sa confiance en Dieu ; ce qui est notre cas.

Mais si Jésus ne ressuscitait pas, sa mort serait sans suite. Certes, il resterait (et avec quelle force) l'enseignement et l'exemple que l'amour va jusqu'à donner sa vie pour une idée ou pour quelqu'un. Et si cette valeur était universellement vécue, elle changerait le monde ; ce qui n'est, hélas, pas le cas.

Mais parce que les êtres humains ne sont pas prêts à donner leur vie gratuitement, la mort du Christ sans la résurrection serait la manifestation que donner sa vie ne sauverait personne, et que de toutes ces idées et de tous ces sacrifices, il ne sortirait jamais autre chose que la mort.

L'absence de résurrection du Christ serait la manifestation que les choses resteront toujours comme elles sont. Que les plus beaux messages, les plus belles idées ne changeront jamais rien, qu'il n'en sortira jamais la vie, et que la terre et les hommes sont condamnés à l'immobilisme et à la déchéance jusqu'à une mort sans lendemain. Car, qu'y a-t-il de plus beau que l'Evangile ? Si le message du Christ lui-même ne produit pas la vie, alors il y a de quoi désespérer.

Si Jésus n'était pas ressuscité, on pourrait tirer la conclusion que les forces de mort auraient vaincu les forces de vie, que la mort serait plus forte que Dieu. Dieu ne serait donc plus Dieu, il serait mort, et tout, avec lui, irait inexorablement vers la mort.

Mais Jésus est ressuscité.

Le chemin tracé par Jésus n'est donc pas théorique, il donne un résultat. Par sa mort, Jésus indique une voie nouvelle, celle de l'amour jusqu'au bout. Il a pris le risque de disparaître pour le dire et le manifester.

La question qui se pose, le soir du vendredi saint, est celle-ci : ce message, ce geste, est-il vain, est-il seulement une idée, ou porte-il du fruit ? Jésus ressuscite et la réponse est donnée.

La voie de l'amour est celle de la vérité, de la vie ; la seule vraie et viable.

L'espérance est possible. On peut croire maintenant que rien ne pourra arrêter l'Evangile, les forces de vie et de progrès, pas même la mort.

La mort est vaincue. Ce qui ne veut pas dire qu'elle n'existe plus, mais dans le sens qu'elle n'est pas le fin mot de tout. C'est ça la force de la résurrection.

Rien n'éteindra jamais l'amour. Ça vaut le coup d'aimer, de faire des projets, d'entreprendre, de réaliser, de vivre. Dieu tient toutes choses dans ses mains. Tout est possible à celui qui croit.

La résurrection n'est pas seulement un fait : la résurrection du Christ, ni même l'espérance de la résurrection des morts.

La résurrection, c'est un état d'esprit. Un état d'esprit où se vit la confiance en Dieu, l'assurance que l'amour est la voie de la vérité, et l'espérance dans une vie de progrès et de joie.

Nous étions morts, dit l'apôtre Paul aux Colossiens, mais Dieu nous a ressuscités en Jésus-Christ. Ça y est, c'est fait, c'est une réalité. Vivons donc cette nouvelle vie de foi, d'espérance et d'amour.