A PROPOS DE PRIERE

Luc 11, 1 à 13

Les lectures proposées pour aujourd’hui, étaient centrées sur la prière.
Celle de l’évangile selon Luc, sur laquelle nous allons revenir maintenant, est de celles qui demandent un petit effort : écouter une version du "Notre Père" assez courte, qui, entre autres, ne nous fait plus dire "notre", mais simplement "père"…

Ecouter "autrement" des paroles trop connues nous permet de leur redécouvrir des horizons nouveaux. Pour moi, cela a été l’occasion de me dire : "et si cela représentait bien plus qu’une prière ?

Ah ! C’est une prière, bien sûr ! "LA" prière par excellence, que deux évangiles sur quatre nous ont conservée : "apprends-nous à prier", dit Luc ; "vous donc, priez ainsi", transmet Matthieu, qui ajoute : "dans le secret, chambre verrouillée"…

UNE prière, LA prière, mais bien plus que cela : un style de vie qui nous est proposé, un chemin à suivre, qui ne dit jamais "je" mais toujours "nous", et qui, pour cela, tient de la confession de foi (et pas n’importe laquelle : celle de Jésus lui-même !
Enfin ce "nous" tient aussi de la prière d’intercession.

Une Confession de Foi, d’abord, celle de Jésus :

  • qui ne parle bien sûr pas de lui : Très différente donc des nôtres !
  • qui ne connaît qu’un mot pour définir Dieu : ni Dieu, ni Seigneur, ni Eternel, ni Souverain Juge…, non, seulement "père", un petit mot qui établit une relation nouvelle, prend tout le monde à contre-pied, et explique en partie l’incompréhension, le scandale et le rejet en son temps…

… mot devenu tellement familier pour nous, vingt siècles plus tard, que nous en oublions qu’il n’est pas du tout habituel dans la Bible juive, notre "premier", ou "ancien", Testament.

Pour Luc, ce petit mot suffit. Matthieu l’encadre de "notre", puis de "qui est aux cieux" (ce qui, aujourd’hui, ne nous simplifie pas les choses, nous qui le situons plutôt "dans notre cœur".
Ce "père" n’est pas celui d’un groupe réduit à une famille, un peuple, un pays : il a vocation à englober toute l’humanité ("fais connaître à tous qui tu es", ce qui est plus compréhensible que le "que ton nom soit sanctifié" de notre version liturgique).

Voilà : Dieu a un nom, "père", et sa sollicitude nous accompagnent tous, dans tous nos pas et nos faux-pas.

Et c’est là que cette prière-confession de foi va prendre une dimension d’intercession (et que l’emploi du "nous" au lieu du "je" va prendre tout son sens.)

Ne nous laissons pas égarer dans la recherche du superflu, gardons le Père au centre de nos pensées, et disons : "Père, donne-nous de savoir demander que ce qui nous est nécessaire ce jour pour pouvoir vivre et pour agir…"
Cette vie simple n’est ni recherche de la pauvreté en elle-même, ni repli sur soi, ni fatalisme, mais elle est confiance dans le Père, et elle repose sur une juste évaluation de nos désirs et de nos besoins.

C’est aussi une vie de relations ouvertes avec autrui, avec ce prochain si compliqué à accepter : "Père, fais de nous le prochain de qui a besoin d’une présence ou d’un appui".

Cette vie de relation, ici, peut se représenter avec trois pôles :

  • nous-mêmes,
  • ceux qui, selon nous, nous "offensent",
  • et ce "père" que nous passons notre temps à offenser. Offenser, ici, c’est ne pas rendre son dû, ce qui n’est pas exactement le "péché" si souvent cité Notre texte comporte une suggestion : notre paix avec le père ne peut pas être coupée de paix que nous sommes capables d’établir avec ces "autres" qui nous entourent…

Enfin au terme de toutes ces demandes qui concernent autant autrui que nous-mêmes, il en est une qui semble autrement plus personnelle, bien que toujours régie par le "nous" : "Ne nous soumet pas à la tentation" (ou : "ne nous conduit pas…" ; comment traduire ?
Le Père peut-il vouloir cela, dans son amour pour nous ? Jésus lui-même nous a donné les mots pour trouver notre chemin : "Père, si tu peux écarter de moi cette coupe… pourtant, non ma volonté, mais la tienne…" : La tentation, ici, est bien LA Tentation selon les textes bibliques, celle de faire passer d’abord ses propres choix, celle de prendre ses distances avec Dieu, de le renier s’il le faut, ou, au mieux, de faire semblant de l’ignorer.

Prière personnelle, prière communautaire, confession de foi, prière pour les autres, nous avons bien là à peu près tout ce dont nous avons besoin pour avancer : ne manque, bien sûr, que la référence à Jésus Christ.

En respectant notre texte, nous pourrions dire, "Jésus, celui qui est venu nous apprendre que le nom de Dieu est Père, ce que les hommes n’ont pas supporté…" (Même l’Eglise s’y est mise, qui a rajouté, un peu plus tard, "le règne, la puissance et la gloire".)

Pour nous, faisons donc vivre cette prière, dans notre comportement, dans nos relations avec notre Père, et avec ceux dont nous sommes les prochains. Nous aurons, alors, fait plus qu’un pas sur le chemin de Jésus-Christ.