LE BAPTEME, MANIFESTATION DE L'AMOUR DE DIEU

Tite 3, 3 à 7  −  Marc 16, 15. 16  

Devenir héritiers de la vie éternelle. La lettre à Tite, au chapitre 3 et au verset 7, utilise cette expression bien connue dans les milieux religieux. Il faut dire que la recherche de la vie éternelle est sans conteste le souci le plus important de la vie religieuse. Au point que l'obtenir est exprimé par le mot "sauver". Religieusement parlant, être sauvé, c'est parvenir à l'immortalité, et non seulement sortir d'une situation tout humaine difficile.

Cet objectif étant défini, les hommes religieux ont essayé de découvrir, ou d'inventer les moyens d'être sauvé, c’est-à-dire d’obtenir la vie éternelle.

Les moyens de salut classiques.

On les retrouve dans la majorité des religions ; si ce n'est dans toutes.

  1. Ce sont les œuvres considérées comme bonnes, en général, telles que le don d'une partie de ses biens, ou de leur totalité.
  2. Les prières, la dévotion, l'adoration de la divinité. En espérant se rendre favorable à cette divinité et obtenir ainsi son aide pour le salut.
  3. L'application d'une morale qu'on interprétera comme l'obéissance à une loi d'origine divine. Obéissance qui est sensée donner des droits et des mérites au fidèle : Dieu accordant la vie éternelle à ceux qui ont plus de mérites que de fautes.Le problème de ces conceptions ne réside pas dans les actes d'adoration ou de morale, bien sûr, mais dans l'esprit de calcul qui fait de Dieu un juge et de la foi un commerce. L'Evangile n'a rien contre la prière ou le respect du prochain, évidemment. Il y a de la place pour une communion gratuite avec Dieu et un service du prochain par amour ; et cette gratuité a toujours eu des représentants dans toutes les religions.
  4. Le sacrifice a toujours été considéré comme un moyen de salut efficace, car, par le sacrifice, le religieux donne quelque chose à la divinité, et pense ainsi monnayer le salut.Le sacrifice peut aller jusqu'au don de sa propre vie, dans le cadre de la guerre sainte, par exemple. Dans ce cas la religion enseigne, en général, que c'est le salut assuré ; car l'homme ne peut rien donner de plus que sa vie. Il espère d'ailleurs le remboursement de cette vie, avec des intérêts ; puisque ce qu'il attend c'est la vie éternelle. Et si ce sacrifice là n'était pas suffisant, cela signifierait que l'homme ne pourrait jamais obtenir le salut par ses propres moyens.Là encore, cette conception ne correspond pas à l'Evangile ; car, si sacrifice il y a, c'est Dieu qui l'accomplit et non l'homme. Il en est de même pour les autres "moyens" de salut : Dieu est toujours l'artisan du salut. C'est le cas du bain.
  5. Le bain est un moyen classique de salut. Dans de nombreuses cultures il est lié aux rites de passage de l'adolescence à l'âge adulte.Le bain fait référence à deux notions différentes, mais parfois complémentaires. Deux notions liées au mode originel du baptême ; c'est-à-dire, justement le bain, l'immersion :
  1. L'être humain serait souillé par le péché, et le bain le purifierait. Le baptême proposé par Jean-Baptiste correspondait à cette démarche. C'est le baptême de repentance qui, dans le Nouveau Testament, n'est accordé qu'aux adultes.
  2. Par le bain, l'être humain passe d'un stade à un autre. En quelque sorte, il meurt et ressuscite. C'est l'interprétation de l'apôtre Paul, telle qu'il l'exprime dans sa lettre à Tite, où il est question, comme nous l'avons lu, tout à l'heure, de nouvelle naissance et de renouvellement.

Paul évoque le bain de la nouvelle naissance (Tite 3, 5).

C'est le sens premier du baptême chrétien. Les textes ne manquent pas pour le déclarer. Le baptisé meurt en Jésus-Christ et ressuscite avec le Christ, dit l'apôtre dans sa lettre aux Romains (au chapitre 6).

Le baptême est-il un moyen de salut ?

Le texte dit : Il nous a sauvés … par le bain de la nouvelle naissance. Et l'homme religieux dit : Voilà le moyen, le baptême sauve ! Ce n'est pas tout à fait ce que dit le texte. Il est dit : Il nous a sauvés … par le bain. Le sujet c'est Dieu, et non le baptême.

Le texte répond, par ailleurs, à la question. La phrase complète est celle-ci : Il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites. Cette déclaration condamne toute prétention de nos œuvres, en tant que moyens de salut ; même si elles restent des œuvres de justice, et donc bonnes en elles-mêmes.

La phrase complète est donc celle-ci : Il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde. Dieu nous sauve selon sa miséricorde. Autrement dit, le salut vient de Dieu en vertu de son amour.

Quel est donc le rôle du baptême ?

Il n'est pas un acte magique qui change le baptisé ou la façon dont Dieu le voit et le juge. Ce n'est pas parce que la personne est baptisée que Dieu l'aime et la sauve. C'est parce que Dieu aime et sauve cette personne qu'elle est baptisée.

Le baptême est le signe de la miséricorde divine et non sa motivation. Ainsi le fait qu'un individu ne soit pas baptisé n'implique pas qu'il est perdu, car il est aimé de Dieu, même non baptisé. Lorsque Jésus envoie ses disciples prêcher la Bonne Nouvelle (en Marc 16), il ajoute : celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. Il ne dit pas : celui qui ne sera pas baptisé sera condamné ; alors que, selon l'équilibre de la phrase, on attend cette déclaration.

Alors, pourquoi le baptême ?

Parce qu'il est bon de rappeler l'amour de Dieu pour tous. Or le baptême est une façon par excellence de le proclamer ; notamment le baptême des enfants qui n'ont, par définition, aucun mérite à présenter, ni de faute à confesser, et qui, traditionnellement dans le cadre religieux, ont presque toujours été mis de côté par les adultes.

Le baptême est un témoignage de la Bonne Nouvelle du salut. C'est-à-dire de l'amour de Dieu pour tous, car tout être humain est précieux pour Dieu. Le baptême est une prédication de cet amour inconditionnel de Dieu.

Alors, le baptême est-il un moyen de salut ?

Non ! Sinon il devient une œuvre de justice humaine. Une de ces œuvres dont l'apôtre nous dit, justement, qu'elles ne sauvent pas.

Le baptême est une manifestation du salut par l'amour de Dieu. Tout ce que Dieu fait pour nous, notamment l'incarnation en Jésus-Christ et sa mort sur la croix, est manifestation de l’amour de Dieu. C'est pourquoi nous pouvons louer Dieu, car, par notre baptême,  il a une fois de plus montré son amour à son peuple.