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AIMEZ-VOUS LA VOLONTE DE DIEU ?

Nombres 22, 1 à 6, 9 à 12, 15 à 35 ; 24, 10 à 13 − 1 Jean 4, 7 à 21 − Jean 14, 21 à 24

Il est difficile de juger Balaam. Pas seulement à cause de cette curieuse histoire d'ânesse qui parle et qui est une parabole qui n'a son importance que dans le message qu'elle transmet. Message sur lequel nous reviendrons tout à l'heure.

Cette histoire est cependant une parabole bâtie sur un personnage qui semble bien réel, lui, tant Balaam est humain.

C'est un personnage double, avec ses bons et ses mauvais côtés. Il nous ressemble tellement.

Balaam est un mésopotamien. Il habite Pethor, sur l'Euphrate (Nom 22, 5). Nombres 31, 8 dit qu’il est madianite.

Il a la réputation d'être prophète. Celui qu'il bénit est béni, celui qu'il maudit est maudit (v. 6), selon l'expression de Balak, le roi de Moab.

Cette façon de parler du prophétisme signifie que, comme le pensaient les gens de l'époque, le prophète n'est pas celui qui annonce l'avenir, mais qui fait l'avenir. La parole du prophète crée l'événement. Elle a quelque chose de magique.

Balak embauche Balaam. Non pour savoir l'avenir en ce qui concerne le peuple d'Israël qui menace d'envahir son territoire (celui de Moab), mais pour maudire Israël, de sorte que celui-ci soit vaincu par les armées de Moab.

Balak envoie donc des messagers pour inviter Balaam à venir maudire Israël. Cette invitation place Balaam devant un dilemme.

Balaam est partagé entre son désir de répondre à l'invitation et le souci de faire la volonté de Dieu. Balaam aimerait bien suivre les messagers de Balak : il y va de la renommée du prophète, or il faut toujours faire plaisir à la clientèle. Et puis, on ne dit pas impunément « non » à un roi. Enfin, Balak lui a promis de beaux cadeaux. Les excuses ne manquent donc pas pour accepter l’invitation.

Or, Dieu dit à Balaam de ne pas y aller ; car Israël est béni, et il ne peut être maudit.

Alors, c'est très embêtant. Il aimerait bien trouver un arrangement qui permette de concilier les deux démarches. Or, c'est justement ce qui se passe lors de la 2ème visite des messagers de Balak. Le texte dit que Dieu accepte que Balaam suive les messagers, à condition qu'il fasse ce que Dieu dira. Est-ce Dieu qui a parlé à Balaam ? On peut en douter, car 2 versets plus loin (v. 22), Dieu est en colère parce que Balaam est parti avec les messagers.

Les commentateurs parlent de deux récits combinés dont l’un ignore la nouvelle décision divine de laisser Balaam suivre les messagers de Balak. Quoi qu’il en soit c’est un seul récit que nous avons dans le texte, et il a peut-être été écrit ainsi pour nous donner un message. A savoir qu’il y a des moments comme celui-là où nous tenons tellement à quelque chose que nous avons le sentiment que ce désir correspond à la volonté de Dieu. Mais c'est notre volonté !

C'est là le dilemme de Balaam. Il est partagé entre la volonté de Dieu et la sienne, et il les confond. Il les confond au point d'être aveugle. Lorsque Dieu veut lui parler sur le chemin, il ne voit rien et n'entend rien. Un comble pour un prophète sensé voir et entendre ce que les autres ne voient pas, ni n’entendent.

Il est encore moins réceptif que son ânesse, Balaam. Lorsque nous avons une idée en tête, nous pouvons être plus imperméables, plus têtus que des ânes. Et on devient violent lorsque les choses se mettent en travers de notre volonté ; comme Balaam qui frappe son ânesse. Et il nous faut un choc important pour reconnaître que l'on a tort. Comme un animal qui parlerait, par exemple. Ce choc lui remet les idées en place.

Balaam prend conscience que c'est Dieu qui lui résiste (v. 32). Il reconnaît alors son péché, et il est prêt à retourner chez lui (v. 34). Mais Dieu lui permet de continuer son chemin, parce qu'il mettra dans la bouche du prophète la bénédiction au lieu de la malédiction. C'est ainsi qu'il change le mal en bien et l'accusation en intercession.

Balaam ne pourra (ou ne voudra) pas résister à la volonté de Dieu, et il bénira Israël, au grand dam de Balak qui le chasse et ne lui donne pas les cadeaux promis.

Mais le chapitre 31 du livre des Nombres raconte que Balaam sera l'instigateur d'une tentative de détournement d'Israël hors de l'alliance avec Dieu. Il poussera des femmes étrangères à tenter les Israélites (Nom 31, 16). Sa volonté s'opposait toujours à celle de Dieu.

Il fut, finalement, tué par les Hébreux au cours de la guerre entre Israël et Madian (31, 8).

Nous sommes Balaam, car nous sommes tous partagés entre notre volonté et celle de Dieu. En tous cas, par moment.

Nous sommes partagés, parce que, comme lui, nous pensons que l'important est de "faire" la volonté de Dieu ; quitte à la détester cette volonté. Et nous sommes alors en déséquilibre, doubles, coincés entre ce que l'on fait et ce que l'on aime.

Dans notre évolution spirituelle, nous nous arrêtons trop souvent aux formes et aux apparences, et nous nous trompons nous-mêmes. Il est, en effet, facile de faire des offrandes comme Ananias et Saphira ou de prier comme les Pharisiens, pour se faire bien voir. Il est facile d’être disciple comme Judas, avec nos idées préconçues, pour faire entrer Dieu dans nos plans.

Qu'est-ce qui est le plus important, ce que l'on fait ou ce que l'on aime ?

Qu'est-ce qui permet le mieux de définir une personne, ses réalisations ou son amour ? Son amour bien sûr, car on ne peut pas toujours faire ce que l'on aime. Et il vaut parfois mieux, car ce que l'on aime n'est pas forcément à faire et ne correspond pas toujours à la volonté de Dieu. Alors on est partagé comme Balaam ; et donc malheureux.

L'idéal serait de mettre au diapason ce que l'on aime et ce que l'on fait. Pas forcément en faisant enfin ce que l'on aime, car notre amour n'est pas toujours le critère de la bonne voie. Pas davantage en aimant ce que l'on fait, car nos actions, non plus, ne sont pas idéales.

Non, l’'idéal serait de mettre au diapason ce que l'on aime et ce que l'on fait, en aimant ce que Dieu aime, pour faire ce qu'il fait. Car Dieu est le seul à vivre l'harmonie entre ce qu'il aime et ce qu'il fait.

Même Jésus a dû apprendre à aimer ce que Dieu aime, puisqu'il a prié en disant : Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.

C'est pourquoi je ne vous demanderai pas : Faites-vous la volonté de Dieu ? Mais : Aimez-vous la volonté de Dieu ?

Comment être heureux dans le Royaume de Dieu si nous n'aimons pas ce que Dieu aime, et ce qui se fait, se dit, mais aussi se pense dans ce royaume.

Faire la volonté de Dieu n'est pas un critère suffisant. Dieu ne veut pas nous ennuyer en nous obligeant à vivre d'une façon que nous n'aimons pas. Même si nous en avons pris les habitudes. Dieu nous veut heureux, épanouis. Or l'épanouissement est dépendant de l'harmonie entre ce que nous faisons et ce que nous aimons. Se forcer à faire ce que l'on n'aime pas ne peut durer qu'un temps.

Mais aimer ce que Dieu aime implique la connaissance de cette volonté. Or, même s'il peut nous arriver de nous tromper quelque peu à ce sujet, et comme Balaam de confondre sa volonté avec la nôtre, la volonté divine ne nous est pas inconnue, si nous aimons lire les Ecritures et méditer les enseignements de Jésus.

Il ne faut pas tomber dans le piège d'une liste de choses à faire et à ne pas faire. Pardon ! De choses à aimer ou à ne pas aimer. Car dès qu’il y a liste, le principe reste le même. Il suffit de se souvenir que Dieu est amour, que celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et que Dieu demeure en lui (1 Jean 4, 16).

Comme tout homme religieux, Balaam croyait que Dieu demandait et jugeait l'apparence, des gestes, une façon de faire. Se contentant d'une attitude extérieure ne correspondant pas à ce qu'il aimait, il était malheureux. Il n'avait pas compris que la loi de Dieu est une loi d'amour, et qu'elle propose donc un choix d'amour.

S'il avait cru que Dieu aimait tout être humain, il n'aurait jamais accepté de maudire quiconque. Que dis-je, il n'aurait jamais aimé maudire quiconque. C'est au stade de l'amour que tout se passe. Jésus dit bien : Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole (Jean 14, 23) ; tout naturellement ! Il est si facile de faire ce que l'on aime, alors qu'il faut tant d'efforts pour faire ce qu'on déteste.

Puisque Dieu est amour, comment imaginer qu'il puisse se contenter de gestes, d'actions, d'attitudes non voulus, non aimés ?

Aime et fais ce que tu voudras, disait Saint Augustin. Phrase qui me conduit à me poser la question : Qu'est-ce que j'aime ? Dieu ou moi ? Sa volonté ou la mienne ? Tout est là, au niveau de l’amour et non du faire.

Que Dieu nous donne d'aimer ce qu'il aime ; et nous ferons naturellement ce qu'il fait.