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QUI EST L'EPOUX ?

Luc 14, 1 et 7 à 14   -   Proverbes 25, 6 à 7   -    Jean 3, 25 à 30

Peut-être vous êtes-vous trouvés dans la situation évoquée par la parabole, où, lors d'un banquet, il y a des places d'honneur et d'autres … de remplissage. Et il n'est pas nécessaire que les noms soient inscrits devant les assiettes pour savoir où il convient de s'asseoir. Il y a des choses que l'on ressent.

Et pourtant, il se trouve toujours des personnes pour ne pas occuper la place prévue pour elles. Par orgueil ou par excès d'humilité.

Savons-nous  toujours où est notre place ? Ce n'est pas facile, car cette place ne correspond pas forcément à une fonction où à un diplôme. Elle est souvent dépendante d'une relation. Une relation entre nous et la personne qui nous invite.

Pourquoi Jésus raconte-t-il cette parabole ? Parce qu'il est invité ! Du moins le suppose-t-on, car le terme "invité" n'est pas employé en ce qui concerne Jésus. Alors que Jésus va l’employer quatre fois dans sa parabole.

Jésus est venu manger chez quelqu'un. Et par chez n'importe qui. Il mange chez un chef des Pharisiens. C'est-à-dire un responsable religieux, un chef des docteurs de la loi. De ceux qui sont toujours prêts à relever, dans le comportement des autres, une faute, un manquement quelconque. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les Pharisiens invitent quelquefois Jésus : ils cherchent à le prendre en défaut. Le verset 1 dit que les Pharisiens observent Jésus. C'est le milieu par excellence où il faut être à la juste place.

Jésus raconte cette parabole parce que (nous dit le verset 7) Jésus remarquait que ces Pharisiens choisissaient les premières places. La situation est donc particulière. C'est un jeu d'influence et d'observation. Chacun étudie la position des autres tout en essayant de se placer au mieux. Les Pharisiens scrutent l'attitude de Jésus, et Jésus est témoin de cette rivalité non déclarée, mais bien palpable. Je ne sais pas si vous avez vécu ce genre de réunion, mais c'est plutôt lourd à vivre. En racontant sa parabole, Jésus met les pieds dans le plat.

Les caractéristiques de la parabole.

Je mettrai en exergue deux éléments de cette parabole :

Jésus la situe dans le contexte d'un mariage. Alors que le cadre dans lequel il se trouve n'est pas celui-là. C'est donc bien de volonté délibérée que Jésus prend cet exemple.

Deuxièmement, Jésus ne cite qu'une place parmi celles qui sont recherchées : la première. Alors que Luc nous dit que les Pharisiens choisissaient les premières places. Là encore, Jésus simplifie le débat ; mais dans un but précis. Car qu'elle  est la  première place lors d'un mariage ? De nos jours on aurait tendance à répondre : la place de la mariée. Mais, à l'époque de Jésus, c'est le marié, l'époux qui est à la première place. Et, dans le contexte du Nouveau Testament, l'époux, c'est le Christ.

Jésus ne raconte pas cette parabole pour donner une leçon d'humilité aux Pharisiens présents. Encore qu'ils aient bien besoin de cette leçon ! Mais Jésus va au delà de la morale. Il pose la question fondamentale : Qui est à la première place ? Qui est l'époux ? Et cette question sous-tend et implique tout le message chrétien.

Quel est le message de la parabole ?

La parabole pose la question du mérite.

C'est une notion obligatoirement mentionnée lorsque plusieurs personnes s'opposent pour prendre la première place. Chacun se dit qu'il la mérite, alors que les autres ne la méritent pas.

Les Pharisiens recherchent la première place parce qu'ils sont persuadés qu'ils y ont droit, qu'ils la méritent. Or, on connaît les conséquences de cette pensée :

Soit on prend de force la première place à laquelle on pense avoir droit. Et la salle de réception devient un ring.

Soit on manœuvre, on influence, on essaie de donner le change, en essayant d'enfoncer les autres, pour être reconnu et obtenir la première place. Et c’est la porte ouverte à l’hypocrisie et à l’accusation.

Dès que l'on parle, ou que l'on pense, mérites, on dresse les individus les uns contre les autres. C'est la principale conséquence de cette erreur. Raison pour laquelle l'Evangile parle de grâce.

En évoquant la première place d'un mariage, Jésus pose donc les questions suivantes :

Qui mérite quoi ?

Quelle est la valeur de chacun ?

Qui est le Maître ?

Qui est l'Epoux ?

Qui va répondre à la question ?

Les hommes ? Alors tous les pouvoirs, toutes les magouilles, tous les calculs sont permis. Depuis la loi du plus fort jusqu'à la domination des consciences par le chantage à la faiblesse, à l'humilité ou à la sainteté. Et il n'y a plus un époux, mais des époux qui se font la guerre ou qui se congratulent sur le dos des faibles.

Jésus ne répond pas vraiment. Il ne dit pas, ici, que c'est lui l'époux. Alors que cette vérité est le fondement de l'Evangile. Quand Jésus parle de lui-même, c'est souvent en termes cachés, tels que : il y a ici plus que Salomon (Luc 11, 31) ou avant qu'Abraham fut, je suis (Jean 8, 58).

Jésus ne répond pas vraiment à la question, mais il énonce une vérité fondamentale :

Les êtres humains n'ont pas à choisir la 1ère place. Sinon il y a tout simplement erreur, et ils doivent être remis à leur place.

Les hommes sont choisis pour la 1ère place. Ils ne sont pas sujets, mais objets. C'est la conclusion de la parabole : Quiconque s'élève sera abaissé et quiconque s'abaisse sera élevé. Les notions d'élévation et d'abaissement n'ont pas lieu d'être dans la pensée et le comportement humain. Seul Dieu est sujet.

L'attitude normale du chrétien est d'accepter la 1ère place comme un don et non de la revendiquer comme un dû. Or vous savez qu'il existe des personnes qui refusent les cadeaux qu'elles n'ont pas gagnés. C'est surtout vrai dans le cadre religieux, puisque, de tous temps, la religion a voulu faire croire qu'il fallait gagner, mériter le salut, la protection, le bonheur, le ciel ou la vie éternelle. L'honneur, la gloire, ne viennent pas de l'être humain et de ce qu'il fait. La gloire de l'homme n'est pas celle de Dieu. Elle vient de Dieu qui donne la 1ère place et sa gloire à l’être humain. Cette gloire, c'est celle du Christ ; celle de l'époux qui prend la dernière place pour nous laisser la première. C'est cela sa gloire.

Sommes-nous heureux de la place qui nous a été donnée ?

Car ce que nous sommes et ce que nous vivons nous a été donné ; et c'est par la joie que l'on manifeste l'acceptation du don.

Sommes-nous heureux de la place qui nous a été donnée, ou bien sommes-nous toujours en train de revendiquer quelque chose qui n'est pas pour nous ? Au quel cas, nous sommes constamment frustrés. Il y a tant de gens qui ne se satisfont pas de leur place, et qui sont donc malheureux.

Sur le plan matériel, sachons contrôler nos besoins, et nous satisfaire de ce que nous avons. Ce qui ne nous prive pas de tout progrès ou amélioration, mais sans rattacher à ceux-ci une quelconque notion de valeur ou d'honneur.

Sur le plan spirituel, il n'y a pas d'ambition à laquelle Dieu ne puisse répondre, car il nous a donné la première place. C'est celle de l'époux que je ne mérite pas, car il n'y a qu'un seul époux : Jésus-Christ qui me fait asseoir sur son trône avec lui (Apoc 3, 21). Attestant par là que la première place est consécutive à une relation. Sans amour et don de Dieu, il n'y a pas de 1ère place.