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LA VIE EN ABONDANCE

Jean 10, 1 à 18  –  1 Jean 5, 9 à 12  –  Jean 5, 19 à 26

C'est un texte extrêmement riche que nous venons de lire. Un texte qui se situe, d'ailleurs, au centre de cet évangile selon Jean, à égale distance entre le chapitre 1er qui rappelle l'incarnation de la Parole en Jésus, et qu'en cette Parole était la vie (v. 4), et le chapitre 20 qui présente la résurrection du Christ, ou, autrement dit, la manifestation de la nouvelle vie.

Il n'est pas inintéressant de prendre conscience du thème général de cet évangile :

Au chapitre 2, Jésus anticipe sa mort et sa résurrection en changeant l'eau en vin (signe du sang) et en annonçant sa résurrection par cette parole : Détruisez ce temple et, en trois jours, je le relèverai (v. 19).

Au chapitre 3, Jésus parle à Nicodème de nouvelle naissance ; ou encore : de nouvelle vie.

Au chapitre 4, Jésus présente à la femme samaritaine une source d'eau vive qui jaillit en vie éternelle (v. 14).

Au chapitre 5, après avoir guéri le paralysé de la piscine de Béthesda, Jésus a l'occasion de dire aux témoins : En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m'a envoyé, a la vie éternelle ; il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. En vérité, en vérité, je vous le dis, l'heure vient — et maintenant elle est là — où les morts entendront la voix du Fils de Dieu et ceux qui l'auront entendue vivront. Car, comme le Père possède la vie en lui-même, ainsi a-t-il donné au Fils de posséder la vie en lui-même (v. 24-26).

Au chapitre 6, Jésus se présente comme le pain de vie (v. 35).

Au chapitre 7, Jésus participe à la fête des tentes ; et là, il s'exclame devant la foule : Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et que boive celui qui croit en moi. Comme l'a dit l'Ecriture : “De son sein couleront des fleuves d'eau vive.” (v. 38).

Au chapitre 8, Jésus sauve la vie de la femme adultère et proclame qu'il est la lumière qui conduit à la vie (v. 12).

Au chapitre 9, Jésus donne la vue à un aveugle de naissance. Le fait que cet aveugle soit né ainsi signifie que Jésus le recrée à cette occasion. D'ailleurs Jésus opère le miracle par le biais de la terre et de sa salive : signe de création (v. 6). Comme Dieu a créé Adam à partir de la terre et de son souffle (Gen 2, 7), Jésus donne la vie à cet aveugle.

Au chapitre 11, Jésus rend la vie à Lazare et proclame qu'il est la résurrection et la vie (v. 25).

Au chapitre 12, Jésus se compare au grain de blé en disant : En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance. Celui qui aime sa vie la perd, et celui qui cesse de s'y attacher en ce monde la gardera pour la vie éternelle. (v. 24-25).

Puis, à partir du chapitre 13, commence la passion proprement dite, où Jésus dit aux disciples qu'il est :

-   Le chemin, la vérité et la vie  (14, 6).

-   Le cep auquel il faut rester attaché pour porter du fruit (15, 5), et que le véritable amour consiste à se dessaisir de sa vie pour ceux que l'on aime (15, 13). C'est ce que Jésus fait dans les chapitres suivants.

Dans cet évangile selon Jean  il n'y a pas de chapitre qui ne fasse allusion à la vie. Et vous avez pu noter (à la lecture du début du chapitre 10) que ce chapitre central fait grand cas de la vie. Que dit Jésus dans ce passage, à ce sujet ?

Notons, tout d'abord, qu'il n'y a rien de plus important pour l'être humain que la vie.

Comme pour tout le règne animal et tout être vivant. Le vivant tient à la vie, sinon il n'est plus du vivant.

La différence de l'être humain par rapport aux animaux, c'est que l'homme ne défend pas sa vie que par instinct, mais il réfléchit, il élabore des idées, des notions pour survivre. La religion fait partie de ce que l'être humain imagine pour faciliter sa survie, faisant des forces naturelles qui le dominent des dieux auprès desquels il peut intercéder afin que ceux-ci lui soient favorables et bénissent son existence. Et cela jusqu'au refus de la mort et l'espérance en une survie au-delà de la mort ; et donc la croyance en une immortalité naturelle ou non.

Je parle ici de la religion telle que l'être humain l'a pensée, et que je différencie de la révélation, telle que celle de la Bible. Même si cette religion humaine est présente aussi dans les Ecritures, mélangée à la révélation, car ce sont des hommes qui ont écrit la Bible. On y trouve donc aussi leurs idées et expériences.

Je crois que Jésus est la plus parfaite révélation de Dieu. Or, que nous dit Jésus concernant la vie, dans ce chapitre 10 de l'évangile selon Jean ?

Jésus et la vie.

L'être humain n'a pas la vie en lui-même. Même s'il s'imagine que c'est le cas, parce qu'il est vivant et parce qu'il tient à la vie. Allant parfois jusqu'à prêcher une immortalité naturelle.

Que l’homme n’ait pas la vie en lui-même, c'est ce qui émane de quantité de textes des Ecritures, tels que :

-   Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle (Jean 3, 16).

-   En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas en vous la vie (Jean 6, 53).

S'il faut croire (ou manger) pour avoir la vie, cela signifie que nous ne l'avons pas naturellement.

Comment, alors, avoir la vie ?

C'est la raison de la venue du Christ. Il dit en effet au verset 10 : je suis venu pour que les hommes aient la vie.

Encore un texte qui enseigne que l'être humain ne détient pas la vie naturellement, puisqu'il faut que le Christ vienne pour que nous ayons la vie.

La vie, on la reçoit de Dieu. Elle nous est donnée, sinon on ne l'a pas. C'est pourquoi Jésus dit qu'il se dessaisit de sa vie. C'est la caractéristique du bon berger, par opposition au mercenaire qui ne s'intéresse pas au bien-être des brebis ; ou au voleur qui vole, tue et perd.

Jésus, lui, a accepté d'être tué et de perdre sa vie pour nous. C'est ce qu'il dit aux versets 17 et 18 : Le Père m'aime parce que je me dessaisis de ma vie pour la reprendre ensuite. Personne ne me l'enlève mais je m'en dessaisis de moi-même ; j'ai le pouvoir de m'en dessaisir et j'ai le pouvoir de la reprendre : tel est le commandement que j'ai reçu de mon Père. C'est l'un des principaux versets qui fondent le principe de la mort sacrificielle de Jésus.  Jésus a accepté de mourir par amour. Il s'est offert en sacrifice afin de nous révéler que la vie ne se garde pas, mais se donne. Nous avons encore besoin de ce message pour être libres. Car, si la vie est une chose merveilleuse, elle peut nous asservir si nous sacrifions tout à la survie. Martin Luther King le disait à sa manière, quelques jours avant d’être assassiné : La seule façon d’être libre, c’est d’apprivoiser la peur de mourir. Celui qui ne risquera jamais sa vie pour une cause n’est pas digne de vivre.

De quelle vie est-il question ?

Est-ce une vie éternelle ?Beaucoup de textes disent oui, notamment Jean 3, 16. Et je pense qu'en ce domaine les Ecritures répondent au désir profond de l'humanité. Encore que j'y vois plus un désir de communion que d'immortalité, car être immortel seul est une horreur. Tout ce que Dieu fait en Jésus a pour but de nous réunir avec lui et les uns avec les autres.

La vie éternelle n'a d'intérêt qu'en relation avec Dieu, tant il est vrai qu'il vaut mieux être dans la mort avec le Christ que dans la vie sans lui. Ce qui s'avèrerait de toutes manières impossible, parce que la vie, c'est lui.

Mais la vie n'est pas qu'éternelle. Sa qualité est rendue par un terme, qui est le mot d'ordre de cette année qui commence. Un terme présent dans cette parole de Jésus au verset 10 : je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu'ils l'aient en abondance

C'est une vie en abondance ! Qu'est-ce que ça veut dire ?

Si l'expression signifiait une vie qui ne finit pas ¾ la vie éternelle, quoi ! ¾ il suffisait de répéter ce qui est dit en Jean 3, 16 et parler de vie éternelle. S'il est mentionné la vie en abondance, c'est que l'expression signifie autre chose qu'éternelle.

Quelles sont les caractéristiques de la vie telle qu'elle est présentée dans ce chapitre 10 ?

C'est une vie de brebis. C'est-à-dire : une vie en relation. En relation avec le berger et entre elles ; car une brebis seule est perdue, dans tous les sens du terme. Une brebis que le berger va d'ailleurs chercher en Luc 15.

Cette relation est mentionnée dans ce chapitre, puisque Jésus dit qu'il connaît ses brebis et que ses brebis le connaissent (v. 14). Cette connaissance n'est pas passagère et livresque. C'est une connaissance comparable à celle qui existe entre Dieu et Jésus (v. 15). Cette connaissance est communion.

Autre caractéristique de la vie en abondance : c'est une vie de liberté et de sécurité. Liberté et sécurité imagées par la porte de la bergerie. Car, une porte, c'est ce qui permet de fermer et d'ouvrir, c'est-à-dire, à la fois, de protéger et de libérer.

Liberté et sécurité avec Jésus, car c'est lui, la porte (v. 7). Avec Jésus on est libre de rentrer ou de sortir, tout en étant en sécurité. L'Eglise (la bergerie) n'est pas une prison. Les brebis vont et viennent et trouvent de quoi se nourrir (v. 9). Il y a donc de la nourriture en dehors de la bergerie, comme à l'intérieur. Et lorsqu'elles sont dehors, elles ne sont pas seules, parce que c'est le berger qui les emmène dehors (v. 3). Lorsqu'il les a toutes fait sortir, il marche à leur tête, et elles le suivent parce qu'elles connaissent sa voix (v. 4).

N'est-elle pas merveilleuse, cette vie avec le Christ ? Une vie de relation et de communion avec Dieu et avec les autres. Une vie de liberté et de rencontres. Une vie de découvertes, car la vie du Christ n'est jamais monotone.

N'est-ce pas cela une vie en abondance ?

Quelle fut la vie de Jésus ?

Une vie en communion avec Dieu ! Communion dans laquelle mûrissent l'amour et la confiance.

Une vie de rencontres, parfois difficiles et tendues, mais toujours riches et palpitantes.

Une vie libre. Et quelle liberté fut la sienne ! Même si sa sécurité en a pâti. Mais qu'est-ce qui est le plus intéressant : la liberté où la sécurité ?

C'est cette vie là que Jésus nous donne. C'est cela, la vie en abondance.

Que cette nouvelle année nous donne de la vivre pleinement.