TOUCHES PAR DIEU

Marc 10, 13 à 16 - Jérémie 1, 4 à 10

Jésus était un homme populaire ; dans le sens qu'il était aimé du peuple. A plusieurs reprises, les évangiles nous parlent des foules qui suivaient Jésus.

On peut critiquer l'engouement populaire pour une personne. Les médias nous en rappellent régulièrement les dérives. Dans le cas de Jésus, la critique est d'autant plus facile que c'est le même peuple qui louait ses miracles et qui, quelques temps plus tard, criera : Crucifie-le !

Quelle est donc la valeur d'une telle popularité ? Le Christ ne s'y méprenait pas. L'évangile de Jean l'atteste, puisqu’il est écrit au chapitre 2, 23-25 : Pendant que Jésus était à Jérusalem … plusieurs crurent en son nom, voyant les miracles qu'il faisait. Mais Jésus ne se fiait pas à eux, parce qu'il les connaissait tous, et parce qu'il n'avait pas besoin qu'on lui rende témoignage d'aucun homme ; car il savait lui-même ce qui était dans l'homme.

Autrement dit, le succès n’est pas monté à la tête du Christ. Pourtant il s'est rarement dérobé à la foule qui le suivait, si ce n'est pour prier seul. La plupart du temps, ému de compassion pour elle, il a répondu à son attente ; en sacrifiant aux trois sens que privilégie la ferveur populaire.

Car la popularité est dépendante de trois moyens d'approche :

La vue.

On veut voir la personne aimée. A l'heure actuelle, la photo accentue le pouvoir de l'image. Nul doute que si Jésus vivait à notre époque, il aurait aussi ses paparazzi. Du temps de Jésus, il n'y avait que les yeux pour voir ; alors on le cherchait.

Autre moyen d’approche : l'ouïe.

Les fans apprécient particulièrement la voix de leurs vedettes préférées. Les interviews sont presque aussi prisées que les photos. Il est vrai qu'il se dégage beaucoup de choses de la parole, sans doute plus que de l'image. Nous n'avons pas la voix du Christ, mais ses paroles ont été conservées. C'est l'essentiel. Le judaïsme a toujours privilégié l’ouïe à la vue, la parole à l’image.

Enfin, la popularité  est dépendante du toucher.

Ah ! pouvoir dire : Je l'ai touché ! C'est le sommet de la rencontre, car le toucher implique la vue et l'ouïe. Il n'y a pas d'approche plus poussée.

Nous avons tous à l'esprit ces images de foule tendant les mains vers des personnalités importantes de la politique, du show business, ou de la religion, afin de les toucher. On a aussi voulu toucher Jésus.

Dans les évangiles, la notion du toucher a beaucoup de valeur.

En Marc 10, 1, Jésus est en train d'enseigner.  C'est alors qu'on lui amène des petits enfants. Qui les lui amène ? On ne le sait pas. Il est seulement parlé de ceux qui les amenaient. On sait donc que les enfants ne sont pas venus seuls.

Dans quel but, amène-t-on des enfants à Jésus ? Afin qu'il les touche. Le texte ne dit pas que les enfants voulaient toucher Jésus, mais que les personnes qui les amenaient souhaitaient que Jésus les touche. La nuance est importante, nous y reviendrons.

Mais les disciples s'interposent ; ils jouent le rôle de gardes du corps. Non qu'ils craignent pour la sécurité de Jésus, mais parce qu'à leurs yeux, le Christ a mieux à faire qu'à s'occuper des enfants. Comme si l'Evangile n'était que pour les adultes ! Jésus s'oppose à cette compréhension de son message en disant que le Royaume de Dieu est pour ceux qui ressemblent aux enfants.

Jésus accepte de toucher les enfants.

Il les prend dans ses bras et les bénit en leur imposant les mains. Les formules montrent l'importance que Jésus accorde au fait de toucher.

On sait que Jésus n'a pas touché que les enfants. Les évangiles racontent comment il a touché les lépreux, les aveugles … et toutes les personnes qui voulaient bien être touchées par lui. Car il y a là un trait essentiel de l'Evangile. C'est pourquoi Jésus est indigné que l'on veuille l'empêcher de toucher les enfants. C'est s'opposer au plan de Dieu et à son œuvre de salut.

Car, en Jésus-Christ, Dieu a touché l'humanité.

C'est l'œuvre de l'incarnation.

Dieu n'est pas resté éloigné de l'être humain ; il est venu le visiter ; il est venu le toucher, en Jésus-Christ, et, par là même, il fait corps avec lui. Depuis lors, l'Eglise est son corps ; et tous ceux qui sont touchés par le Christ font partie de son corps, comme …………………………., ce matin.

Toucher l’humanité, c'est l'œuvre de Dieu.

C'est Jésus qui touche les enfants et ..., le monde entier. Ce ne sont pas les enfants qui le touchent. Si l'on veut que cette relation, cette communion existe, il vaut mieux qu'il la réalise lui-même, car si Dieu n'avait pas fait le premier pas, en Jésus, nous ne l'aurions pas fait nous-mêmes. Car, naturellement, notre relation à Dieu est perturbée. Soit par notre peur : les gens croient tellement que Dieu est dur, méchant, en colère contre nous. Soit par notre intérêt : lorsque l'on vient à Dieu, c'est souvent pour obtenir quelque chose. La plupart du temps, l’homme naturel ne vient que pour ça, jamais par amour. Or c'est l'amour qui permet la vraie relation.

Dieu est amour. C'est pourquoi les évangiles nous disent que c'est lui qui vient nous toucher et partager notre existence.

Il y a plusieurs façons de toucher :

Frapper c'est aussi toucher. Mais ce n'est pas la façon de faire du Christ. La seule chose que le Christ frappe, c’est notre porte.

Lorsque Jésus nous touche, il nous prend dans ses bras. Il est le protecteur, le consolateur, celui qui rétablit la paix et la confiance. Il est, à la fois, le père et la mère.

Quand Jésus touche, il bénit en imposant les mains.

Il n’y a rien de magique dans ce geste. Bénir, c'est dire du bien. C'est déjà tellement plus positif que de maudire : dire du mal. Si l'humanité s'engageait dans cette voie, le monde en serait changé.

Mais en plus, Jésus bénit en imposant les mains. Qu'est-ce que ça veut dire ? Cela signifie qu'il s'engage physiquement, il s'implique dans le bien qui est prononcé. Toucher signifie qu'il fera tout ce qui est en son pouvoir pour que ce bien se réalise. Au besoin, il payera de sa personne. Il l'a d'ailleurs fait, sur la croix.

C'est aussi cela le baptême : l'engagement de Dieu pour le bonheur et l'épanouissement du baptisé.

Avons-nous été touchés par Dieu ?

Oui, parce que, en Jésus, Dieu a touché toute l'humanité. Mais nous n'en sommes pas forcément conscients. Pour cela, il faut se reconnaître enfant. C'est l'expérience de Jérémie : Je suis un enfant, dit-il à Dieu. Alors Dieu le touche et fait de lui un messager, un porte-parole de Dieu ; afin d'être de ceux qui touchent les autres, de celles qui établissent la communion entre les êtres, et entre les hommes et Dieu.

C'est dans ce but que Dieu a touché ...  Et nous tous.