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CONFIANCE, C'EST MOI, N'AYEZ PAS PEUR !

Matthieu 14, 22 à 33   −  Ecclésiaste 4, 7 à 12  −  Marc 4, 35 à 41    

Dans quelle barque vous êtes-vous embarqués ?

On pourrait poser la question à Jésus et aux disciples, car chaque fois qu'ils veulent traverser la mer de Galilée, le voyage devient périlleux. Que ce soit en Marc 4 ou en Matthieu 14.

Ne feraient-ils pas mieux de rester au bord et de ne pas tenter la traversée ?

Et vous, et nous, dans quelle barque sommes-nous embarqués ?

La question se pose à chaque instant de la vie. Que l'on ait embarqué depuis plus ou moins longtemps. La durée ne change pas grand-chose. On n'a même pas forcément plus d'assurance avec l'âge et l'expérience. A mesure que le temps passe, les projets deviennent des regrets ; et ce n'est pas un avantage.

Y aurait-il, dans les textes que nous venons d'entendre, une recette qui permette de faire de nos vies une croisière plutôt qu'une galère ? Car, même si la foi n'est pas une assurance tous risques, Jésus se préoccupe de notre bonheur, ici et maintenant.

Il faut passer de l'autre côté de la mer.

C'est Jésus qui demande aux disciples de le faire, en Marc 4 comme en Matthieu 14.

En Matthieu 14, 22, il est même dit que Jésus obligea les disciples à le précéder sur l'autre rive. Ce qui signifie que Dieu ne nous veut pas à quai indéfiniment.

Or, passer de l'autre côté de la mer comporte des risques. Ce n'est pas par hasard que la vie est présentée ici par cette image de la traversée de la mer. Car, pour un Hébreu, la mer fait figure d'épouvante. Les Israélites n'ont jamais été des marins. Ce sont des gens de la terre, du terroir, attachés au sol. Leurs histoires de monstres et de fantômes se passent sur la mer (cf. Jonas). Et encore, dans les évangiles, il n'est question que de la mer de Galilée, qui n'est, en fait,  qu'un grand lac. Alors l'océan, vous pensez … !

Dieu nous pousse dans la vie. D'ailleurs, c'est lui qui nous donne la vie. Il nous pousse à oser la traversée, peut-être même à prendre des risques. C'est pourquoi, si votre vie n'a pas été un long fleuve tranquille, mais a été jalonnée de soucis et de difficultés, ne vous culpabilisez pas. Je ne peux pas dire que Dieu l'a voulu ; car qui suis-je pour désigner la volonté divine d'une façon évidente ? Et puis, nous avons notre volonté propre aussi, qui nous fait parfois faire bien des bêtises. La vie, la vraie, ne se passe pas sans heurts ; et c'est ce qui fait qu'elle est intéressante à vivre.

C'est ce qui se passe dans nos deux récits :

Les difficultés surgissent, sous la forme d'une tempête ; et pas une petite, en Marc 4, les disciples ont vraiment peur de mourir.

Ce qui m'intéresse particulièrement, c'est que dans ces deux récits la tempête vient indépendamment de la présence de Jésus. En effet, en Matthieu 14 Jésus est absent ; alors qu'en Marc 4 il est là, dans la barque. Qu'est-ce que ça veut dire ? Cela signifie qu'il ne faut pas tirer la conclusion que les difficultés sont incompatibles avec la présence de Dieu dans nos vies. Les disciples sont dans la tempête, que Jésus soit avec eux ou pas. Autrement dit : lorsque nous connaissons des drames et des problèmes, ce n'est pas parce que nous avons rejeté Dieu, non ! La présence du Christ n’élimine pas les difficultés, mais Dieu est là avec nous dans les épreuves, pour les vivre avec nous. Il ne nous regarde pas de loin. Il s'incarne vraiment en Jésus. Jésus est homme et il est venu vivre la condition humaine, avec toutes les épreuves qu'elle implique, jusqu'à son terme, c'est-à-dire jusqu'à la mort.

Là encore, ne vous sentez pas coupables si vous êtes accablés. Vous n'avez pas lâché le Seigneur pour autant, et celui-ci ne vous a pas abandonné. Il est là, avec vous, dans l'épreuve. Et que fait-il dans notre barque battue par les flots ?

Quelle est l'attitude de Jésus dans les difficultés ?

Jésus dort (Marc 4, 38).

Je ne sais pas si vous avez parfois connu des tempêtes en mer, mais cela fait beaucoup de bruit. Et pour dormir dans ce vacarme, il faut soit être très fatigué, soit avoir vraiment l'esprit en paix. En fait il faut l'un et l'autre. On peut imaginer que Jésus cumule les deux états.

Marc mentionne même le fait que Jésus dort sur un coussin. Il est complètement incongru ce coussin dans cette barque. Dans une barque, au milieu d'une tempête ! Que vient faire ce coussin, qui doit être tout trempé ?

Cette scène est irréelle, impensable. Jésus dort alors que sa vie est en jeu. Je ne connais pas d'épisode de la vie de Jésus qui dénote plus la paix et la confiance. Mais cette confiance gène les disciples. Et nous aussi, peut-être. Les disciples réveillent Jésus et lui demandent d'intervenir pour les sauver. Ce qui signifie que les disciples, eux, n'ont pas confiance ; comme en Matthieu 14.

En Matthieu 14, Jésus n'est pas avec les disciples dans la tempête. Il les rejoint plus tard en marchant sur l'eau. Marcher sur l'eau, c'est comme dormir dans la tempête : Jésus est au-dessus des problèmes, la tempête ne le touche pas. Marcher sur l'eau, c'est une façon de montrer aux disciples qu'il ne sert à rien de s'affoler. C'est un appel à la confiance. Mais les disciples s'affolent quand même. Davantage encore en voyant Jésus marcher sur l'eau. C'est là que les histoires de fantômes resurgissent ; alors que cet exemple de paix et de maîtrise aurait dû les rassurer, comme le sommeil de Jésus dans la tempête. Mais quand on n'est pas en confiance, même les faits positifs peuvent être interprétés négativement. Ainsi, quand le Seigneur nous invite à la confiance, ce n'est pas seulement en vue d'un salut éternel, c'est parce que, ici et maintenant, nous avons besoin d'être en confiance pour être heureux et équilibrés, en n'interprétant pas négativement tout ce qui arrive, mais en prenant la distance et le recul nécessaires à l'analyse des faits tels qu'ils sont.

Dans l'affolement, les disciples, eux, prennent Jésus pour un fantôme. Ils font la preuve que la peur peut brouiller les informations. C'est pourquoi Jésus parle, il se révèle.

Dans les difficultés, Jésus se révèle.

Il n'y a aucune condamnation dans cette parole de Jésus. Car ce processus de brouillage des informations par l'épreuve est connu de Jésus. Sur la croix, Jésus aura bien le sentiment d'être abandonné de Dieu, puisqu'il s'écriera : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? (Mat 27, 46). Et pourtant Dieu était là, en Jésus, réconciliant le monde avec lui-même, comme le dit l'apôtre Paul en 2 Cor 5, 19.

Aux disciples qui ne reconnaissent plus Jésus, le Seigneur déclare : Confiance, c'est moi, n'ayez pas peur ! (Mat 14, 27). Alors nous pouvons éprouver la confiance et la paix, car nous ne sommes pas seuls. Vous le savez bien : affronter les difficultés en étant accompagnés n'a rien à voir avec le fait de les affronter seul. C'est l'intérêt de la famille, du mariage, de l'amour, de l'amitié, … de l'Evangile. Car là est le message fondamental de l'Evangile : nous ne sommes pas seuls face aux épreuves : Dieu est avec nous. Nous ne sommes pas seuls face aux épreuves, car Dieu s'est fait homme et il a habité parmi nous. Et cet accompagnement est total. En effet, dans notre récit, Jésus fait plus que parler.

Pierre prend Jésus au mot : Si c'est bien toi, dit-il, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux (v. 28). Et sur l’ordre de Jésus, il sort de la barque et marche sur l’eau. Il démarre bien Pierre, il place bien sa confiance, en Jésus et non en lui-même, puisqu’il veut un ordre du Seigneur pour oser s’aventurer sur la mer. Mais la peur prend, peu à peu, la place de la confiance. Personnellement, je ne le lui reproche pas ; les épreuves sont parfois si lourdes à porter. C’est comme une tempête dans nos vies. Alors on appelle au secours : Seigneur, sauve-moi ! dit Pierre.

Jésus saisit Pierre.

C’est ainsi qu’il le sauve. C’est comme cela qu’il nous sauve : il nous saisit.

Ce geste implique la présence de Jésus. On ne peut pas saisir si on n’est pas là. C’est la pleine révélation de la présence de Dieu.

La vie n’est pas toujours facile à vivre.

Les écueils et les tempêtes ne manquent pas. Et l’on pourrait se décourager, si on était tout seul. Mais ce n’est pas le cas, car Dieu est là, avec nous, vivant ce que l’on vit, les joies comme les peines, espérant ce qu’on espère, luttant, attendant, souffrant, aimant avec nous.

La vie n’est pas toujours facile à vivre, mais, en Jésus, Dieu la vit avec nous. Sa présence nous comble, et nous fait voir cette vie autrement, comme une bénédiction. Car Jésus se révèle comme le Fils de Dieu, non seulement parce qu’il calme la tempête, mais parce qu’au cœur de l’épreuve, il nous accompagne.