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JESUS : DIEU AVEC NOUS DANS LA MORT

Daniel 3, 1.2.4 à 6, Colossiens 3, 1 à 4, Jean 11, 17 à 27

Le roi Nabuchodonosor ordonne que l’on adore sa statue sous peine de mort. Trois Hébreux refusent. Et ils annoncent que Dieu peut les délivrer de la fournaise. Or, la fournaise c’est l’enfer ; au sens propre comme au sens figuré. Au sens figuré, car cette histoire est signifiante, elle veut dire quelque chose. Tout exprime la globalité dans ce récit : le verset 7 dit que tous les peuples de la terre se prosternent devant la statue du roi de Babylone. On est témoin, ici, du combat que se livrent la vérité et l’erreur ; et cette dernière promet l’enfer à ceux qui ne veulent pas se soumettre à sa volonté.

Le Fils de Dieu est dans la fournaise avec les hommes. Et, par sa présence, il les sauve. C’est le fondement même de l’Evangile, et cette vérité change toute la perception que l’être humain peut avoir de la mort.

Jésus est passé par la mort, par l’enfer.

L’Evangile tout entier est dans cette vérité toute simple. Et le christianisme s’oppose alors à la pensée religieuse. Car que dit la religion ? Elle dit : les pécheurs vont en enfer et les justes au paradis. L’Evangile dit exactement le contraire. A savoir : Le Juste a connu l'enfer et les pécheurs vont au paradis. C’est la vérité de base du christianisme, et ça fait toute la différence. Ne pas le comprendre peut nous conduire à dénaturer l’Evangile et à en faire une religion.

Pourquoi Jésus est-il mort ? On a écrit des bibliothèques entières pour tenter de répondre à cette question. Et on a expliqué la mort du Christ en termes de compensation d'une faute, d'expiation du péché … Commentaires qui ont tendance à présenter le Père comme un Dieu dur qui a besoin d'être calmé par un sacrifice. La réponse est plus simple. Pourquoi Jésus est-il mort ? Parce que nous mourrons !

Dire que Jésus est passé par la mort, c'est enseigner que Jésus s’est pleinement identifié à l’humanité, jusque dans la pire situation qu’elle puisse connaître : la mort. Il n’a pas voulu qu’une barrière le sépare des hommes, pas même la mort. Il a réduit à néant le pouvoir du péché qui sépare de Dieu. Jésus est plus fort que mon péché, car il est venu me chercher dans mon exil.
Oui, Jésus est allé jusqu’au bout de l’humanité, car la finalité de l’être humain, c’est la mort, l’enfer. C’est ce que dit le credo des Eglises chrétiennes : Il est descendu aux enfers. Phrase qui peut être mal comprise et qui ne veut pas dire qu’il y a quelque part un royaume où le diable fait rôtir les méchants. Ce lieu là n’existe pas. En fait, l'enfer, c'est la croix, la séparation d’avec Dieu qui conduit Jésus à crier : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Le Christ l’a subi parce qu'il nous arrive de le vivre. Là encore, Jésus est mort parce que nous mourrons.
Et si Jésus s'est identifié à l'humanité, alors l’humanité peut s’identifier à lui. Parce qu’aucun domaine de l’homme n’est étranger au Christ.

Jésus est passé par la mort. La mort n’est donc pas le néant, Jésus s’y trouve. Christ n’a laissé aucune situation humaine libre de sa présence. Il n’y a plus de lieu où Dieu n’est pas. Si l’homme a cru longtemps être séparé de Dieu par la mort, ce n’est plus vrai. Si je crois me cacher loin de lui en allant dans l’enfer de la misère humaine, je l’y trouve.
Par là même, la communion avec le Christ n’est pas rompue avec la mort physique. C’est la mort spirituelle qui rompt cette relation : vous savez, cette séparation voulue qui nous fait nier Dieu et le prochain, au point d’être mort pour eux et eux pour nous. C’est cette séparation là que Jésus appelle mort, quand il dit : Laisse les morts ensevelir leurs morts (Mat 8, 22), Celui qui croit est passé de la mort à la vie (Jean 5, 24), ou encore : Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort (Jean 8, 51). Pour Jésus, la mort physique n’est qu’un sommeil. C’est ainsi qu’il dit aux disciples, au sujet de la mort de Lazare : Lazare dort, mais je vais le réveiller (Jean 11, 11). La mort physique n’est pas la vraie mort, pour Dieu, car le lien de la foi n’est pas détruit par cette mort. Jésus dit bien à Marthe : Celui qui vit et croit en moi, ne mourra jamais.

Jésus est passé par la mort. La mort n’est donc plus une fin, puisque Jésus est ressuscité. En Jésus, la vie a anéanti la mort en l’investissant, comme il a détruit la puissance des flammes en entrant dans la fournaise. Et si nous sommes en communion avec lui, nous ressuscitons avec lui et en lui, dit Paul aux Colossiens (3, 3.4). En entrant dans la mort, le Christ en fait le royaume de Dieu, comme il a fait du monde des vivants, par son incarnation, une histoire habitée par Dieu. Ainsi, ceux qui croient en Jésus et qui meurent sont vivants pour Dieu. C’est ce que signifie cette parole de Jésus à Marthe : Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s’il meurt.

Jésus domine la mort. Il a la clef de la mort et du séjour des morts (Apoc 1, 18). En mourant, nous allons chez lui. C’est la vérité, même si ce n’est pas la réalité.
Il n’y a plus de domaines séparés : un royaume céleste où nous serions invités à monter, un enfer à redouter, une terre en balance entre les deux. Tout est sous l’autorité du Christ.

Jésus est passé par la mort. La mort n’est donc plus une épouvante, puisque Jésus y est. Et être avec Jésus, c’est le paradis, le royaume de Dieu. Peu importe l’endroit, même si c’est une fournaise. J'aime à penser que le meilleur moment des 3 Hébreux a sans doute été ce contact avec le Fils de Dieu dans la fournaise. Tant il est vrai qu’il vaut mieux être en enfer avec Jésus qu’au paradis sans lui.

Croire à cet Evangile peut nous aider à avoir moins peur de la mort, car ... nous devons passer par la mort.

Nous devons passer par la mort.

Pour ce qui est de la mort physique, nous le savons tous. Mais nous devons passer aussi par une autre mort : la mort de notre moi que nous voulons tout-puissant, la mort à nous-mêmes.

Nous devons passer par la mort afin d’être en pleine communion avec le Christ. Car c’est dans la mort qu’on le rencontre. Nous ne le trouverons pas dans la gloire et les honneurs, mais au plus bas de la faiblesse, dans la mort ; car il est venu dans l’échec, la faiblesse et le mépris pour nous y rencontrer sans la barrière du calcul. Il nous aide ainsi par sa faiblesse, et non par sa puissance. Nous avons déjà trop de puissance nous-mêmes.
Ne croyons pas rencontrer le Christ dans la puissance, la gloire et le pouvoir ; nous n’y trou-verons que nous-mêmes.

Le Christ nous invite à faire la même démarche que lui, lorsqu’il dit (en Mat 16, 24. 25) : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera.
Jésus ne prêche ni le suicide, ni le martyre. Cette parole est à comprendre en esprit.
Jésus ne nous invite pas à disparaître, car on peut retirer une gloire du martyre ou, tout simplement, de l’acte d’humilité.
Jésus nous propose de ne pas jouer la référence, le critère de vérité. C’est cela mourir en esprit :

  • Accepter l’échec. Surtout en ce qui concerne la capacité de parvenir au salut par nos propres moyens.
  • Accepter d’être oublié.
  • Accepter d’être inutile.
  • C’est aussi accepter que la considération des autres ne change rien à la considération de soi. Car mourir c’est accepter de n’être rien pour soi tout en étant quelque chose pour Dieu et les hommes. Et c’est peut-être le plus difficile.
  • Mourir en esprit, c'est accepter d'être aimé gratuitement.

Les trois Hébreux ont accepté de mourir ; et ils ont connu la présence, la communion du Sei-gneur.

Dieu nous invite à mourir ; car c’est dans la mort, quand on a tout lâché (y compris soi-même), que l’on rencontre le Christ qui est lui-même dans la mort, ayant aussi tout lâché. Le plus important, c’est cette communion avec le Seigneur, quand tout le reste a disparu et qu’il ne reste que deux êtres : lui et moi, libres et sans calcul. C’est cela le salut, la vérité, la vie. Et peu importe où cela se passe, puisque le Christ a tout connu de la condition humaine.