JE SAIS QUE MON REDEMPTEUR EST VIVANT

Job 19, 23 à 27 −  Romains 6, 6 à 14  −  Jean 5, 24 à 29

Oh ! Je voudrais que mes paroles soient écrites,

Qu'elles soient écrites dans un livre ;

Je voudrais qu'avec un burin de fer et avec du plomb

Elles soient pour toujours gravées dans le roc ...

Job est accablé. Il a perdu tous ses enfants, tous ses biens et il est très malade. Et il cherche à comprendre, il veut des explications, il réclame justice.

C'est le combat de sa vie, au point que rien d'autre n'existe. Bildad lui dit (18, 4) : Faut-il, à cause de toi, que la terre devienne déserte ? Faut-il que les rochers disparaissent de leur place ?

Job veut conserver la trace de ce combat. Il veut que cette épreuve fasse date. C'est pourquoi il veut fixer ses paroles par écrit. Il veut graver son cri dans la pierre, avec un burin et du plomb.

Cela me fait penser aux noms inscrits sur les pierres tombales. Tombes que les gens vont fleurir en cette période de l'année.

Que se cache-t-il derrière cette volonté de graver sa détresse, et de visiter les cimetières ?

D’où vient cet attrait pour le malheur et la mort ?

Pourquoi Job parle-t-il toujours du malheur ?

Parce que c'est son expérience, et son malheur le domine. Dans certains cas (et celui de Job est extrême), il n'est pas possible de parler et de penser à autre chose. Certaines personnes sont écrasées par le malheur et ne peuvent plus réagir contre lui. Elles finissent parfois par s'y complaire, au point d'entretenir le malheur, car elles ne connaissent que ça ; c'est leur vie. Il leur faudra une aide extérieure pour en sortir.

Job parle toujours du malheur, parce qu'il n'a plus d'espoir. Il dit :

Voici, je crie à la violence, et nul ne répond ;

J'implore justice, et point de justice ! (19, 7)

Il m'a fermé toute issue, et je ne puis passer ; (19, 8)

Il a arraché mon espérance comme un arbre. (19, 10)

Et quand on n'a plus d'espoir, on ne fait plus de projets, il n'y a plus de vie. Il ne reste que l'existence monotone ; ou le souvenir ... de jours meilleurs, peut-être, ... ou tous semblables. Mais tout ceci nous entraîne à la mort. C'est déjà la mort ; la mort gravée, figée dans la pierre, l'immobilité. Sans espérance, c'est la mort.

Pourquoi les gens vont-ils au cimetière ?

Parce que c'est la tradition ! Que diront les voisins si on ne va pas visiter nos morts ?

Les gens vont au cimetière parce qu'ils ont peur.

Ils ont peur de la vie, parce qu'elle est changeante, en mouvement, toujours en devenir. Or l'avenir fait peur, parce qu'incontrôlable et inconnu.

Ils ont peur de la mort, parce qu'ils croient qu'elle est encore la vie. Ailleurs ou autrement, inconnue en tous cas. S'ils croyaient, comme l'enseignent les Ecritures, qu'elle est sommeil, ils n'en auraient plus aussi peur.

Les gens vont au cimetière pour deux raisons apparemment contradictoires :

Parce qu'ils ont peur de la vie changeante, ils vont chercher une certaine stabilité. En parlant avec les défunts, ils s'imaginent être en contact avec un monde inconnu certes, mais immobile, statique, où les surprises n'existent plus. Au cimetière, les gens ont le sentiment d'entrer dans l'éternité.

Parce qu'ils ont peur de la mort, les gens vont au cimetière pour y chercher un frisson. C'est étrange, les cimetières ont toujours fait peur, et pourtant les gens y vont. Quoi qu'on dise, l'être humain aime se faire peur, car il a, alors, le sentiment de vivre. C'est une façon, comme une autre, de lutter contre la sensation de mort, en se créant des émotions.

Et c'est de plus en plus vrai. Plus le monde est stéréotypé, plus on veut des sensations nouvelles. D'où l'attrait pour le mode fantastique, où se côtoient l'inconnu et les monstres d'Halloween. Parler aux morts, c'est encore participer au monde de l'étrange.

Bien sûr, les gens vont au cimetière en souvenir d'une personne aimée et disparue. Parce que la mort est oubli et séparation.

Il est bon de se souvenir. La mémoire construit la vie. Le souvenir produit l'expérience qui nous aide à vivre le moment présent, et futur. Il devrait, en tous cas, en être ainsi, mais la mémoire peut se nourrir d'elle-même, et s'en contenter. Dans ce cas, la personne vit dans le passé et devient de plus en plus inadaptée au présent. Il n'est pas nécessaire d'être âgée pour connaître cette situation ; même si l'on remarque que ce sont surtout les personnes âgées qui vont au cimetière.

Une question se pose : Sommes-nous du passé ou du présent ?

Sommes-nous morts ou vivants ?

Job dépasse le malheur et la mort.

Il dit : Mais je sais que mon rédempteur est vivant, et qu'il se lèvera le dernier sur la terre  (19, 25). Il le dit, en opposition à ses paroles figées sur la pierre.

Job évite deux conséquences classiques du malheur : Sombrer dans le désespoir, ou croire qu'il aura toujours la solution en lui-même pour se sortir des pires situations.

Ce n'est pas en lui-même que Job espère, comme s'il était naturellement porteur d'une vie éternelle, mais en son rédempteur. C'est lui qui est vivant. Job se sait déjà mort ; ses paroles à lui sont figées, pas celles de son rédempteur. C'est ainsi que l'on peut être mort à soi-même et vivant en Christ, comme le dit l'apôtre Paul (Rom 6, 11). C’est ainsi que l’on peut être conscient de ses faiblesses, et placer donc son espérance en Christ.

Job dépasse le malheur et la mort par l'espérance.

Job vit, parce qu'il attend quelque chose de nouveau. En fait, il attend quelqu'un :

Mes yeux le verront, et non ceux d'un autre ;

Mon âme languit d'attente au-dedans de moi.  (19, 27)

Job est sauvé parce qu'il attend. Languir, il n'y a rien de tel pour vivre.

Sommes-nous morts ou vivants ?

La question se pose au présent.

Job ne vivra pas seulement quand il verra son Seigneur. Il vit déjà maintenant, parce qu'il espère et attend. Dans Jean 5, Jésus dit : Celui qui croit ... a la vie éternelle ..., il est passé de la mort à la vie (v. 24). Et il ajoute : L'heure est déjà venue, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu ; et ceux qui l'auront entendue vivront.

Ce ne sont pas les morts du cimetière qui entendent « aujourd'hui » la voix du Fils de Dieu. Aujourd'hui ! Parce que l'heure est déjà venue. Mais ce sont bien les vivants, physiquement parlant qui entendent aujourd'hui la voix du Fils de Dieu. Les vivants physiquement, mais qui sont spirituellement morts, parce qu'ils n'espèrent et n'attendent plus rien. Et parce qu'ils se cherchent des sensations de vie par des moyens humains.

La vie est encore possible pour eux, s'ils entendent la voix de Dieu et lui font confiance.

En allant au cimetière, les gens pensent entrer, pour un temps, dans une sorte d'éternité immuable et statique. C'est souvent l'idée que l'on se fait de l'éternité.

Mais la vie éternelle, apportée par le Christ, c'est avant tout la vie ; avec ses surprises, ses nouveautés, ses attentes. Cette vie éternelle n'est pas limitée à l'avenir. Elle commence aujourd'hui pour ceux qui placent leur confiance en Dieu.