JESUS NOUS REND RESPONSABLES

Matthieu 24, 36 à 44  − Genèse 6, 11 à 14. 17. 18  −  Luc 3, 1 à 9

Ce texte de l'Evangile apparaît comme une conclusion au chapitre 24 de Matthieu, où il est question des signes de la fin de Jérusalem et des temps : guerres, famines, tremblements de terre, faux prophètes ... etc.

Les disciples avaient introduit ce sujet par la question du verset 3 : Quand cela arrivera-t-il ?

Après avoir énuméré les signes de la fin, Jésus dit, au verset 36, que seul le Père connaît la date de cette fin. Puis il fait une comparaison avec l'époque du déluge, et présente une nouvelle approche, tout à fait différente du début du chapitre. En effet, alors que les 35 premiers versets mentionnent des signes de la fin, ici Jésus dit qu'il n'y a pas de signes.

C’est la conclusion à laquelle Jésus arrive en comparant les temps de la fin avec les jours qui précédèrent le déluge. Jours au cours desquels rien n'a annoncé la venue du déluge. En ce sens Jésus est conforme au texte de la Genèse. Il n'est même pas dit que Noé ait prêché à ses contemporains. A moins de considérer que la construction de l'arche soit, en elle-même, une prédication. Noé n'a pas forcément impliqué ses voisins dans la construction de l'arche ; lesquels mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche (v. 38).

Deux éléments ressortent de la façon dont Jésus exploite les textes relatifs au déluge :

  • Le secret de l'événement à venir.

Il n'y a eu aucun signe précurseur de la catastrophe. Jésus résume cette notion par l'expression : Ils ne se doutèrent de rien. Non parce qu'ils n'ont pas remarqué les signes, mais parce qu'il n'y avait pas de signes.

  • La dimension collective du laisser-aller.

Elle est rendue par l'expression : les hommes mangeaient et buvaient. Jésus cite ces deux actions (que tout le monde pratique par nature et par nécessité) pour bien indiquer que tous les antédiluviens sont impliqués dans le laisser-aller général. Jésus termine d'ailleurs la phrase en disant : jusqu'à ce que le déluge vienne et les emporte tous (v. 39).

Il en sera de même à l'avènement du Fils de l'homme, dit Jésus.

Les gens ne se douteront de rien, parce que rien de particulier ne se sera produit pour annoncer la fin. Ils continueront donc à vivre comme d'habitude ; ils vaqueront à leurs occupations : les hommes aux champs (v. 40), les femmes à la meule (v. 41).

Les êtres humains seront toujours des moutons, tenus par les traditions, les habitudes et les modes, ne réalisant certaines choses que parce que d'autres les font. C'est la société que Jésus critique dans ce texte. Comment fait-il cette critique ? Ou, comment remédier à cet état de fait ? C'est par une suite d'images et de paraboles que Jésus tente de rendre l'individu plus responsable.

Jésus tente de responsabiliser l'individu.

Il part du principe de l'absence de signes annonciateurs. Tout le monde est surpris, personne n'a donc pu se préparer. Et cela est sans doute plus juste, car la préparation risque fort d'être hypocrite, telle un replâtrage rapide sur un mur qui tombe en ruine, pour se donner bonne conscience au dernier moment. C'est le travers des signes annonciateurs.

Le jugement tiendra compte de la situation véritable. Et ce n'est pas la collectivité, la nation, l'Eglise ou la famille qui sera jugée, mais l'individu. De deux hommes qui seront dans un champ, l'un sera pris et l'autre laissé (v. 40). Chacun est donc responsable, et personne ne peut s'appuyer sur la direction prise par les pères, les chefs ou la foule. En ce sens Jésus poursuit et renouvelle la prédication des prophètes jusqu'à Jean-Baptiste. Prédication qui avait pour but d'amener les Israélites à ne pas se contenter d'être les fils d'Abraham.

Le Fils de l'homme vient donc comme un voleur. Personne ne sait quand il viendra. C'est pourquoi Jésus invite ses auditeurs à veiller. Il est, en effet, logique de veiller si l'on ne sait pas à quel moment le voleur viendra. C'est ce que disent clairement les versets 42 : Veillez donc puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra, et 44 : Vous aussi, tenez-vous prêts, car le Fils de l'homme viendra à l'heure où vous n'y penserez pas.

La démonstration est claire : aucun signe n'annonce la fin des temps, c'est pourquoi il faut veiller.

Mais, curieusement, le verset 43 dit le contraire : il cite le cas d'un maître de maison qui veille parce qu'il sait à quel moment le voleur va venir. Si le maître de la maison savait à quelle veille de la nuit le voleur doit venir, il veillerait. Ce qui est totalement illogique. Si on connaît l'heure à laquelle le voleur vient, il suffit d'être présent au bon moment ; il n'est pas nécessaire de veiller. La nécessité de la vigilance est directement dépendante de l'absence de signes annonciateurs et donc de l'ignorance du maître de maison en ce qui concerne l'heure de la venue du voleur.

Pourquoi le verset 43 maintient-il ensemble la vigilance et la connaissance du maître de maison ? Parce que Matthieu est conscient qu'il y a une contradiction dans ce chapitre 24 :

Les 35 premiers versets présentent des signes annonciateurs de la fin des temps ; ce qui sous-entend qu'il n'est pas nécessaire de veiller, puisque ces signes nous réveilleront au moment opportun.

Les versets 36 à 51 disent qu'ils n'y a pas de signes, et que, par conséquent, il faut veiller.

Les versets 43 et 44 tentent d'harmoniser les deux points de vue en disant : Si le maître de maison connaissait l'heure à laquelle le voleur doit venir, il veillerait. Alors, vous aussi, veillez. Mais ce rapprochement entre nous et le maître de la parabole est impossible, parce que ce maître est placé dans l'hypothèse de la connaissance de l'heure de la venue du voleur, alors que nous ignorons la date de la venue du Fils de l'homme.

Les 39 premiers versets sont dépendants de la volonté humaine de toujours savoir ; comme les disciples qui, au verset 3, demandent à Jésus : Quand cela arrivera-t-il ? L'Eglise primitive a voulu des signes annonciateurs du retour du Christ. L'énoncé de ces signes serait donc plus parole de l'Eglise que Parole de Jésus.

J'ai le sentiment que la fin du chapitre, elle, est fidèle à la pensée du Christ, selon laquelle, conformément à la Genèse, on ne sait pas. D'où l'appel à la vigilance.

C'est responsabiliser l'individu que de l'appeler à veiller.

Si l'histoire est faite de signes annonçant les événements importants, nous n'avons plus qu'à nous soumettre à ce qui est déjà tout tracé et rendu visible par les signes en question. Or l'histoire est ouverte, et c'est, en grande partie, à nous de la faire.

Veiller, c'est être responsable de ses choix et de ses actes. La vigilance sous-entend la liberté, car Dieu nous laisse libre de veiller ou de dormir.

Nous sommes libres de prendre et d'assumer des options personnelles, ou de nous laisser entraîner par les courants qui passent ; comme les antédiluviens qui mangeaient et buvaient.

Est-ce mal de manger, de boire, de se marier et de marier ses enfants ? Non, bien sûr ! Jésus ne porte pas un jugement moral sur l'attitude des contemporains de Noé, mais nous interroge sur le fondement de nos motivations et sur notre capacité à nous remettre en cause. Autrement dit : Pourquoi agissons-nous et vivons-nous comme nous le faisons ? A une époque de l'année où le poids des traditions se fait lourdement sentir, et où des millions de gens vont fêter Noël selon des principes et des règles bien établis, sans savoir pourquoi ils le font, et pourquoi de cette façon là, il est bon et juste d'assumer nos pensées et nos actes.

Par son amour et sa parole, Dieu a fait de nous des êtres responsables. Vous aussi, tenez-vous prêts à assumer cette responsabilité.