ES-TU CELUI QUI DOIT VENIR ?

Matthieu 11, 2 à 19  −  Esaïe 35, 1 à 7 −  Malachie 3, 1 à 5. 23. 24

C'est une question d'identité que pose ce texte. Une question posée noir sur blanc par Jean-Baptiste : Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?

Cette question est donc celle-ci : Qui est Jésus ?

Comment ? Jean ne le sait pas ! Il est prophète ! Oui ou non ?

On peut citer au moins trois raisons pour lesquelles Jean a besoin d'être rassuré :

Premièrement, Jean est en prison. Or la prison émousse les certitudes et l'espérance. Comment penser encore au Royaume de Dieu dans ce milieu ?

Deuxièmement : l'attitude de Jésus ne correspond pas à celle que Jean-Baptiste annonçait. Je vous rappelle ses mots lorsqu'il parlait du Messie à venir : Moi, je vous baptise dans l’eau en vue de la conversion ; mais celui qui vient après moi est plus fort que moi : je ne suis pas digne de lui ôter ses sandales ; lui, il vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il a sa pelle à vanner à la main, il va nettoyer son aire et recueillir son blé dans le grenier ; mais la balle, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas (Mat 3, 11. 12)

Alors, ce Jésus, est-il bien le Messie que lui, Jean, a annoncé ?

Enfin, l'Esprit de Dieu qui accorde le don de prophétie ne donne pas de certitudes. Il donne la foi, c'est-à-dire la confiance. Jean ne peut avoir de certitudes concernant la nature de Jésus. De même qu'il ne peut même pas savoir par démonstration mathématique qu'il est prophète. Il ne peut que faire confiance à ce Dieu auquel il croit comme nous y croyons. Il ne faut pas imaginer que les prophètes savent et n'ont donc pas besoin de croire. Même Jésus croit qu'il est le Messie annoncé par les prophètes comme nous croyons en lui ; c'est-à-dire sans preuve.

Jésus a foi, confiance en Dieu. C'est là le fondement de sa mission.

La réponse de Jésus à la question de Jean ne va pas donner des certitudes au prophète. Par contre, il pourra y appliquer sa foi. Bien plus que d'une réponse se voulant évidente, du genre : évidemment, c'est moi. Réponse que n'importe qui pourrait dire à sa place et qui ne prouverait rien.

Mais quelle est la réponse de Jésus ?

La réponse de Jésus.

Elle se trouve au verset 5 de ce chapitre 11 de Matthieu : Les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.

Jésus cite des thèmes évoqués en Esaïe 35 : guérison de malades, Bonne Nouvelle … etc. Il aurait pu reprendre d'autres citations d'Esaïe ou d'autres prophètes, et parler avec et comme eux de jugement, de catastrophes et de punition de Dieu. Mais, s'il lui arrive d'évoquer ces soubresauts de l'histoire, ce n'est pas ce que Jésus manifeste de la part de Dieu. Il a choisi de prêcher l'amour et le pardon de Dieu.

Est-ce le message qu'attend le Baptiste ? Est-ce cette parole et ces actes qui lui feront croire que Jésus est celui qui devait venir ? Le texte ne répond pas à cette question. De même la question reste posée pour nous : Jésus est-il celui qui devait venir ? Pour nous aider à répondre, Jésus aborde la question par un autre biais.

Jésus se met à parler de Jean-Baptiste.

En posant une question à ses auditeurs : Qu'êtes-vous allés voir au désert ? Ou, autrement dit : Qui est Jean-Baptiste, pour vous ?

Pourquoi Jésus parle-t-il de Jean ? Parce que c’est par ce moyen que Jésus parle de lui-même. En effet, il présente Jean-Baptiste comme le messager annoncé par le prophète Malachie, le nouvel Elie dont le message précède la venue du Seigneur. Or, présenter Jean de cette manière revient à attirer les regards vers Jésus. Car si Jean est le précurseur du Messie, Jésus est le Messie. Et on a ainsi, indirectement, la réponse à la question du baptiste : Es-tu celui qui doit venir ?  Jésus est le Messie annoncé par les prophètes. Celui qui l’atteste, c’est Jean-Baptiste lui-même, puisqu’il est le précurseur du Messie ; et, par là même, plus qu’un prophète.

Ainsi donc, Jean est le plus grand des prophètes. Jésus va même jusqu’à dire que parmi ceux qui sont nés de femmes, il ne s'en est pas levé de plus grand que Jean le Baptiste. C’est encore une façon pour Jésus d’enseigner à ses contemporains que ce qu’ils sont en train de vivre est déterminant, capital. Le Messie est là ! Que celui qui a des oreilles, qu’il entende ! (v. 15) ; comme on dit : à bon entendeur, salut !

Cela signifie-t-il que le message de Jean est semblable à celui de Jésus, du Messie qui vient ?

Et bien non ! dit Jésus. Si c’était le cas, que viendrait faire le Messie ?Il suffirait d’écouter son précurseur.

Tout de suite après avoir magnifié le rôle du Baptiste (v. 11), dans ce même verset, Jésus dit que le plus petit dans le Royaume est plus grand que lui. Ce qui revient à dire que Jean-Baptiste ne fait pas partie du Royaume.

Ne vous méprenez pas sur l’expression « royaume des cieux » utilisée par Matthieu dans son évangile. Matthieu est trop attaché à la culture juive pour utiliser (comme le fait Luc, qui est grec) l’expression « royaume de Dieu ». En effet, un Juif répugne à trop citer le nom de Dieu.

Ce n’est donc pas parce que Matthieu emploie l’expression « royaume des cieux » qu’il faut voir dans ce royaume une patrie céleste. Tout l’Ancien Testament présente un royaume de Dieu terrestre, inscrit dans l’histoire des hommes. Et la présentation que Jésus fait du Royaume  —  par ses paraboles notamment où Jésus prend des images très concrètes de la vie courante (semence, levain, accueil du père …)  —  rend bien compte du fait que Jésus envisage un Royaume terrestre qui se vit au présent.

La déclaration de Jésus ne signifie pas que Jean n’a aucune espérance en Dieu et auprès de lui, mais que son message est humain, très humain, et ne fait pas partie du Royaume instauré par Jésus.

Cette parole est l’un des principaux témoins de la rupture que le Christ vient inaugurer. Rupture par rapport au message de la loi, et même des prophètes (v. 13). Un message que Jésus qualifie de « violent » (v. 12), et qui veut « arracher » le Royaume.

Pourquoi Jésus emploie-t-il ces mots ?

Le message de Jésus occasionne une rupture.

Rupture entre ce qui a été prêché jusque là — jusqu’à Jean, dit Jésus (v. 12) — et son Evangile.

La loi, et même les prophètes, annoncent un jugement, des temps de punition et de châtiments. Dans ces écrits s’exerce donc une certaine violence qui essaie d’arracher le Royaume. C’est par l’obéissance à la loi, par l’implication personnelle et par une sorte de perfection que le croyant tente de parvenir jusqu’à Dieu pour faire partie de son royaume.

Nous retrouvons, ici, la prédication du Baptiste. Une prédication qui, comme nous l’avons vu, tente de motiver ses auditeurs par la peur du jugement et de la punition.

La prédication de Jésus est différente. Elle apparaît dans ce résumé que Jésus fait de son action et où il est question de guérison et de Bonne Nouvelle. Et cette Bonne Nouvelle, c’est celle de l’amour de Dieu qui n’attend pas notre obéissance, notre perfection, ni notre engagement pour nous aimer. L’amour de Dieu est premier ; et c’est parce que Dieu nous aime, qu’il a donné son Fils.

Cela signifie-t-il que nous n’avons plus besoin de nous engager ?

C’est le reproche que les tenants d’une religion confessante et favorable à l’esprit de la loi font à celles et ceux qui se confient uniquement en l’amour et en la grâce de Dieu.

Et bien non !C’est même exactement l’inverse qui se produit. Car celui qui se fie à son obéissance et à son interprétation des textes a plutôt tendance à se reposer sur son observance et sur sa fidélité ; et donc à s’endormir sur ses mérites. Alors que celles et ceux qui font reposer leur espérance sur l’amour de Dieu restent attentifs aux manifestations de la grâce divine.

C’est la raison pour laquelle Jésus parle d’engagement à la suite de cette présentation, et cite le cas d’enfants amorphes qui ne chantent ni ne dansent au son de la musique. Les disciples du Christ chantent et dansent car ils sont émerveillés par l’amour de Dieu. Ils ne sont pas retenus par un certain légalisme qui fait des comptes et juge entre des notions de bien et de mal ; se demandant s’il est bien de se réjouir ou de se lamenter.

L’enfant de Dieu vit et manifeste cette vie dans la confiance et la paix.

Jean-Baptiste pose une question au début de ce texte : Es-tu celui qui doit venir ?

Comme à son habitude, Jésus ne répond pas directement. Il profite de la question pour faire réfléchir celui qui la pose, en demandant, d’une façon détournée, sur quels critères on va juger pour accepter ou non celui qui est là et qui prêche. Allons-nous n’accepter qu’un message qui corresponde à nos critères, ou acceptons-nous d’être bousculés ?

En quelque sorte, à la question « qui es-tu ? » posée par ses interlocuteurs, Jésus répond : Et vous, qui êtes-vous ? Comme il a demandé à ses auditeurs : Pour vous, qui est Jean-Baptiste ?

Jésus me demande qui je suis, car mon identité dépend de ma vision du Christ. S’il n’est pour moi qu’un modèle que je dois reproduire sous peine du jugement, alors je connais la peur de la punition. S’il est pour moi la manifestation de l’amour du Père et mon Sauveur indépendamment de ma fidélité, alors je vis dans la paix et la joie.

C’est parce que Jésus est le Fils de Dieu venu manifester l’amour et le pardon du Père que nous sommes ses enfants.