JESUS, CRITERE DE L'AMOUR

Jean 13, 31 à 35 −  Exode 21, 22 à 25 − 1 Jean 4, 7 à 11  

Jean 13, 1

C’est ainsi que commencent ces 5 chapitres où Jésus essaie de préparer ses disciples à sa mort. Cinq chapitres où Jésus va parler d’amour. Il va encourager les disciples (et donc l’Eglise) à l’amour fraternel (Jean 13, 35). Il va leur donner son commandement nouveau. Un commandement d’amour nouveau (Jean 13, 34). Nous reviendrons sur le fait qu’il s’agit d’un commandement nouveau.

C’est un épisode de la vie du Christ où il va manifester son amour pour ceux qu’il appelle désormais amis et non plus serviteurs (Jean 15, 15). Il va leur laver les pieds. Il mourra pour eux, finalement.

Ce verset 13, 1 (que nous venons de lire) dit que Jésus a aimé les siens jusqu’à l’extrême. Peut-on ne pas aimer totalement ? Y a-t-il des degrés dans l’amour ? Oui ! L’amour a une histoire, des origines au Christ.

 

Jésus a aimé les siens jusqu’à l’extrême. Et alors tout change, notamment les mesures, les points de repère, les critères sur lesquels l'homme se basait pour agir. Tout particulièrement pour ce qui est d'aimer. C'est là que Jésus a donné une autre mesure. C'est pourquoi Jésus donne un commandement nouveau, parachevant, par là, l’histoire de l’amour. Une histoire qui commence dans l’Ancien Testament.

Le commandement d'amour a évolué.

Il y a, tout d'abord, la loi du talion.

Tu donneras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure (Ex 21, 24).

Vous me direz que cette loi n'est pas un commandement d'amour, mais un principe de vengeance. Elle fait partie d'un ensemble de lois sociales qui ont pour but de maintenir l'ordre dans la société. Dans ce contexte, on ne peut pas envisager le pardon systématique et l'absence de poursuites à l'encontre des délits et des coupables ; sinon la société deviendrait rapidement invivable. Pour protéger les faibles, la justice, il est vrai, constitue un système légal de vengeance. Mais si on la compare à la vengeance naturelle, la loi du talion présente une mesure dans la vengeance. Car qu'est-ce que la vengeance naturelle ? Elle est formulée par Lémec en Genèse 4, 23-24. Ce descendant de Caïn déclare : J'ai tué un homme pour ma blessure et un enfant pour ma meurtrissure. Si Caïn doit être vengé 7 fois, Lémec le sera 77 fois ! Lémec dépasse, dans la vengeance, le mal qu'on lui a fait : pour une blessure, il tue. C'est pratiquement toujours le cas, lorsqu'on se venge. C'est ce qui fait que la vengeance ne s'arrête jamais et s'amplifie.

La loi du talion met une limite à la vengeance. Il est interdit de se venger au delà du mal commis. Elle limite donc les dégâts et établit une certaine forme de justice. Elle n'est pas, à proprement parlé, une loi d'amour ; il y a, en effet une différence entre la justice et l'amour. L'amour va plus loin que la justice, au point, parfois, de ne plus être juste. C'est pourquoi l'amour est vraiment devenu un commandement.

L'amour pour Dieu et pour le prochain.

Ce commandement existe déjà dans l'Ancien Testament. Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force (Deut 6, 5) et Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Lév 19, 18).

Jésus le reprend tout simplement en Mat 22, 37-40 ; en remplaçant la force par la pensée, ou l'intelligence. Pour Jésus, l'amour est plus affaire de pensée, d'intelligence que de force. On ne peut pas se forcer à aimer ; l'amour serait faux. Par contre, on peut comprendre qu'il est juste d'aimer.

C'est une évolution du commandement, mais cette évolution ne supprime pas complètement le problème de l'identification à soi-même. Car, même s'il n'est plus question de force, aimer Dieu de tout « son » cœur, de toute « son » âme et de toute « sa » pensée, et aimer son prochain « comme soi-même », c'est être dépendant de soi, de ses propres sensations. C'est regarder à soi pour aimer. Mon cœur, mon âme, ma pensée sont le résultat de ma culture, de mon cadre de vie, de mon éducation, de ma façon de voir les choses … etc. Et tout ceci ne me donne pas forcément une notion juste de l'amour ; notamment si je suis issu d'un milieu où l'amour n'est ni connu, ni vécu, et passe pour de la faiblesse. Si mon amour pour le prochain est calqué sur mon amour pour moi, quel sera cet amour ? Il ne sera certainement pas si mauvais car, d'une manière générale, on s'aime toujours plus et mieux soi-même que l'on aime les autres ; c'est pourquoi ce commandement est un progrès. Mais certaines personnes se détestent ou s'aiment mal ; comment peuvent-elles alors aimer les autres ? C'est pourquoi le commandement nous encourage à nous aimer nous-mêmes. D’autre part, si ces personnes s'aiment mal, c'est souvent parce qu'elles ont été mal aimées ; et elles ne peuvent pas alors donner un amour qu'elles n'ont pas connu. C’est ce phénomène qui occasionne, parfois, des chaînes d'éducations ratées. C'est ce qui fait aussi que des personnes méchantes ne sont pas toujours fautives. Pour s'aimer soi-même, il faut être aimé. C'est pourquoi Dieu aime le premier (1 Jean 4, 10) afin de faire naître l'amour là où il n'existe pas. L'amour ne naît pas spontanément dans l'individu ; il doit d'abord être reçu. Il est donné par Dieu en Jésus-Christ, comme le fruit de l'Esprit. C'est pourquoi le commandement évolue encore.

Le commandement nouveau.

L'être humain n'est plus le point de repère. C'est un commandement nouveau, parce que le critère est nouveau. La mesure de l'amour n'est plus le cœur, l'âme ou la pensée humaine ; ou l'amour de soi. Cette mesure là est trop changeante.

La mesure de l'amour, c'est l'amour de Jésus : Aimez-vous, comme je vous ai aimés, dit Jésus aux disciples (Jean 13, 34). C'est le sommet de l'amour.

En Jean 15, 13, Jésus dit : Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. C'est l'amour que Jésus a manifesté. Quand les soldats sont venus arrêter Jésus dans le jardin de Gethsémané, Jésus leur a demandé : Qui cherchez-vous ? (Jean 18, 7-8). Les soldats répondirent : Jésus le Nazoréen. Et Jésus dit alors : Si c'est moi que vous cherchez, laissez-les s'en aller. Il parlait des disciples. Ne serait-ce que dans cet épisode, Jésus a donné sa vie pour ses disciples. Mais il l'a donnée pour l'humanité tout entière.

On le connaît maintenant l'amour : ce n'est pas une théorie, une idée ; on ne peut plus dire : Je ne sais pas ce qu'est l'amour. L'amour, le commandement nouveau, la loi nouvelle, c'est Jésus-Christ.

Qu'est-ce que ça veut dire : aimer ?

Il est si facile de confondre l'amour avec les émotions ou le plaisir ; avec la satisfaction de soi. Certes, il y a de l'émotion et du plaisir dans l'amour, mais l'amour se manifeste plus dans le don du bonheur, du plaisir et de l'émotion, que dans la recherche de cette satisfaction pour soi. Aimer, c'est être heureux du bonheur de l'autre ; c'est pourquoi l'apôtre Paul écrit aux Corinthiens (1ère épitre 13, 5) que l'amour ne cherche pas son intérêt.

Mais cette définition de l'amour, on ne l'a pas inventée. L'amour est un don, le don de Dieu en Jésus-Christ. Si nous voulons connaître et vivre l'amour, ce n'est pas à nous-mêmes qu'il faut regarder. C'est Jésus qu'il faut regarder vivre et aimer. C'est lui le seul critère de l'amour.