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ELLES ONT PARLE !

Esther 1, 15 à 22 – Luc 1, 46 à 55 –  Philippiens 4, 6 à 9  

CE QUE NOUS DISENT LES MAGAZINES

J'ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer !

Vous ne ressemblerez jamais à une cover-girl !

(En mains un magazine féminin avec, en couverture, une jeune fille habillée de roses et arborant un fard à paupières jaune, assorti aux roses).

Vous, mesdames ici présentes, vous n'êtes pas assez jeunes, ou pas assez minces, ou pas assez grandes pour ressembler à cette image.

J'ai un numéro de ce magazine à la maison. Il contient un article qui présente trois femmes remarquables. L'une s'occupe fait faire du basketball à des handicapés, l'autre promeut une association en faveur des enfants hospitalisés, la dernière va dans les écoles pour aider les enfants en difficulté d'apprentissage. Ces femmes ont reçu des prix distribués par le magazine pour récompenser ce genre d'action d'aide aux personnes.

Ce qui m'étonne, c'est qu'aucune de ces trois femmes n'apparait en couverture du magazine. Au lieu de cela on y trouve un mannequin, anonyme. Une très jeune fille, très mince qui ne dit rien et dont nous ne saurons jamais rien. Pourquoi ne pas mettre une femme remarquable sur la couverture du magazine ? Sont-elles laides ? Absolument pas. Et quand même elles le seraient, laides ou vieilles, ne serions-nous pas heureuses d'avoir comme modèles des femmes qui parlent, qui agissent et qui promeuvent des valeurs humanitaires ?

Comme vous et moi, ces femmes ne sont pas assez belles pour figurer en couverture. Et pourtant, quand vous ouvrez le magazine, vous trouvez quantité de conseils et de produits qui vous aideront à ressembler au modèle que les fabricants de produits de beauté et les couturiers vous proposent. Chaque numéro vous présente, en publicité ou dans les articles, une trentaine de produits, pour le teint, le contour des yeux, le contour de la bouche, le contour des lèvres, le corps, les coudes, les genoux, les talons, les cheveux, shampoing, avant shampoing, après shampoing et autres baumes…

Ne pensez pas que je vais parler contre les produits de beauté. Ils sont légitimes, et j'en consomme. Mais le problème de ces magazines c'est qu'il leur manque quelque chose… et qu'ils ont quelque chose en trop.

Ce qui leur manque ? Beaucoup d'esprit critique et un peu d'impertinence. J'aimerais qu'ils guident vraiment les femmes dans la jungle des produits de beauté, avec des phrases dans le genre :

 - N'achetez pas ce produit, c'est le même qu'avant, mais les fabricants ont juste changé l'emballage et le vendent trois fois plus cher.

 - Cette crème est tellement grasse que vous aurez l'impression d'avoir une peau de poulet accrochée à la figure.

Ou bien :

 - Si vous portez ce parfum vos collègues de travail garderont la fenêtre grande ouverte même en hiver !

Au lieu de ça, on dirait que les produits de beauté sont un territoire sacré, mystérieux, utilisant un jargon pseudo-scientifique et demandant soumission et respect… collagène, acide hyaluronique et autres mitochondries !

Maintenant, je vais vous parler de la chose qui est en trop dans ce genre de magazine.

(En mains le numéro qui titre  sur l'astrologie).

L'astrologie ! Ce numéro y est spécialement dédié, mais il y a une page "astrologie" dans chaque numéro ! Quelle  insulte à l'intelligence des femmes!! Je ne ferai aucun autre commentaire sur cette pseudoscience dispensée par des gourous charlatans, sinon je dépasserai largement le temps qui m'est imparti.

Etre belle ! Tout au fond de nous-mêmes, nous le désirons. C'est légitime. Mais être belle, ou faire des efforts dans ce sens est-il compatible avec le fait d'avoir du discernement, de l'esprit critique, de l'humour, et surtout de s'exprimer, haut et fort ? Doit-on se taire pour être belle ?

Cette question est-elle exclusivement moderne ?

Nous allons laisser là les magazines et nous pencher sur la Bible.

Nous y trouvons les histoires de deux femmes particulièrement belles. Nous verrons si elles gardaient le silence ou si elles exprimaient leur opinion au moment opportun.

VASTI

La première histoire est celle de Vasti, qui se trouve au début du livre d'Esther. Vasti était reine de Perse et elle était d'une beauté remarquable.

Quand j'étais petite, à l'école biblique, les monitrices disaient que Vasti était une méchante reine, car elle a désobéi à son mari. Quand j'ai préparé ce culte j'ai trouvé des dessins d'enfant représentant la reine Vasti comme une femme très laide, le visage couvert de boutons. Apparemment elle est toujours la méchante reine, comme celle des contes de fées.

Je ne suis pas d'accord avec cette interprétation et vous invite à juger par vous-mêmes.

Voilà ce qui s'est passé à la cour de Perse.

Le roi donne un grand banquet, auquel  il invite tous les habitants de la ville de Suse. Comme de coutume à l'époque, les hommes et les femmes festoient séparément, les messieurs avec le roi, dans les jardins, les dames avec la reine, à l'intérieur du palais.

Quand la gent masculine était déjà bien imbibée, le roi appelle un eunuque pour aller chercher la reine. Le texte dit qu'il souhaitait montrer aux hommes combien la reine était belle… La reine refuse et le roi est furieux.

La reine a-t-elle eu tort de désobéir ? Notez bien que l'auteur ne porte pas de jugement. C'est le conseiller du roi qui trouve ce comportement inadmissible.

Essayons d'apprécier les faits selon les coutumes de l'époque : cela ne se faisait pas. Un homme de bien n'exhibait pas son épouse devant d'autres hommes, qu'elle soit belle ou laide, surtout devant des hommes oisifs et éméchés.

Jugez vous-mêmes : imaginez les regards chargés de convoitise et les plaisanteries grasses qu'une telle situation engendrerait. Laquelle d'entre nous accepterait de s'y soumettre ?

Bref, le comportement de Vasti est jugé inacceptable par les conseillers et la reine est répudiée. Fin de l'histoire de Vasti.

Commence l'histoire d'Esther.

LE PEUPLE JUIF

C'est le moment de se demander en quoi ce récit, qui se passe en Perse, concerne le peuple juif.

Nous avons eu l'occasion d'évoquer l'Exil et ses prophètes, ainsi que le retour d'Exil. Historiquement, seule une minorité de Juifs est retournée en Juda, après leur libération. Une grande partie est restée en Babylonie et en Perse. C'est la Diaspora juive.

Les Juifs ont prospéré et se sont mêlés à la population locale. Cependant, beaucoup ont gardé leur foi et leurs coutumes. C'est le cas de Mardochée et de sa parente Esther, alias Hadassa.

LE RECRUTEMENT

Mais voilà le roi sans reine. Cela ne peut continuer. On recrute donc les plus belles filles du Royaume et on les achemine vers les harems royaux. Qui est parmi elles ? Hadassa, la jeune et belle juive, notre héroïne.

Etre recrutée pour le harem n'avait rien d'un mariage romantique, bien sûr, mais c'était une réussite sociale, qui mettait la jeune fille et sa famille à l'abri du besoin.

Les demoiselles sont introduites dans la maison royale et prises en charge par les eunuques. Et là, pendant une année entière, vous savez ce qu'elles font ?

Eh bien, pendant une année entière elles vont être enduites de cosmétiques !

Pendant six mois elles seront massées avec de l'huile de myrrhe et les six mois restants avec toutes sortes d'autres cosmétiques.

Curieux, non ? Il s'agit là des jeunes filles les plus belles du royaume et on va les enduire d'huile antirides !  Car l'huile de myrrhe a des propriétés antirides et anti-vergetures. Hadassa sera-t-elle plus belle quand on l'aura trempée dans l'huile ? J'en doute.

Mais le traitement à l'huile et autres cosmétiques n'a pas pour but d'assouplir seulement leur peau.

D'après le livre de Michel de Grèce, "La nuit du sérail", les responsables des harems se devaient d'assouplir surtout le caractère des femmes confiées à leur garde. Les préparer pour être de bonnes épouses ou concubines, très gentilles envers leur seigneur et maître…

Quoi de plus efficace que le luxe ? Passer tout sont temps à soigner sa beauté, à essayer des robes de princesse, à porter des bijoux et des fourrures, à être louées pour leur beauté ! Qui peut résister à ça ? Elles avaient vite fait d'oublier leur famille et leur campagne ou ville natale. C'était une existence de rêve, se faire belle pour être présentée au roi !

Après l'année de préparation la jeune fille avait droit à une dot et allait passer une nuit avec le roi. Ensuite elle était… j'allais dire parquée… logée dans la maison des épouses et concubines où elle passait le reste de son existence dans l'attente d'être rappelée par le souverain.

ESTHER DEVIENT REINE

C'est donc là la destinée proposée à la jeune Hadassa, de son nom perse Esther…

Mais elle ne passera pas ses jours dans la pénombre du harem. Elle suscite l'amour du roi et devient reine, avec tous les honneurs dus à son rang.

La voilà vouée à une existence agréable, dans le luxe, servie par de nombreuses servantes. Cette existence confortable va-t-elle lui faire perdre de vue les valeurs que sa famille lui a inculquées ?

ESTHER SAUVE SON PEUPLE

Mais tout n'est pas rose dans le royaume de Perse.

Suite à une sombre histoire de susceptibilité du premier ministre, le peuple juif est menacé d'extermination !

Le décret est déjà signé par le roi. Et la loi des Mèdes et de Perses ne peut être révoquée… Le peuple juif disparaîtra donc du royaume, à une date précise. Hommes, femmes et enfants seront tués, et leurs biens confisqués.

Mardochée fait passer le message à Esther : fais quelque chose ! Il n'y a que toi qui puisses sauver ton peuple, si tu ne fais rien, nous allons tous périr !

Mais le mariage d'Esther n'obéit pas aux mêmes règles que le nôtre. Elle ne peut pas se présenter devant son mari sans y être invitée. Quiconque entre en présence du roi comme un intrus est passible de la peine de mort, même la reine, sauf si le roi lui fait grâce.

Après avoir jeûné et prié avec ses servantes, Esther prend le risque. Elle se présente devant le roi sans y être invitée… Et le roi accepte sa présence !

Pour sauver son peuple, Esther va utiliser les armes qu'elle a forgées dans le harem. Elle va se servir des enseignements qu'on lui a prodigués pour devenir épouse royale.

Ces arguments sont typiquement féminins : préparer un bon repas, ouvrir une bonne bouteille, s'apprêter pour être belle, avec maquillage, robe, bijoux.

Avec son ministre, le roi passe une merveilleuse soirée en compagnie d'Esther. Et il comprend qu'elle a quelque chose à lui demander.

De son côté, elle enfonce le clou : encore une soirée, repas, vin, charme…

Et finalement elle dit ce qu'elle a sur le cœur : ce mauvais premier ministre prépare l'extermination de son peuple !

Le roi, séduit par les attentions de son épouse, maudit le mauvais courtisan. Mais, hélas, le décret ne peut être abrogé…

Qu'à cela ne tienne, le roi signe un autre décret, permettant aux Juifs de prendre l'offensive contre quiconque viendrait à les attaquer. Les ennemis des Juifs sont exterminés. Esther a sauvé son peuple.

ALIENATION

Frères et sœurs, nous ne sommes pas ici pour faire l'apologie des valeurs féministes. Nous sommes ici pour réfléchir au pouvoir aliénant des choses faciles et agréables.

Aliénant : ce qui nous fait perdre de vue les valeurs essentielles.

Ces deux femmes, Vasti et Esther, ne les ont pas perdues de vue. Elles ne se sont pas soumises au dicton "sois belle et tais-toi". Bien que ravissantes, elles ont su parler au moment opportun.

Vasti a défendu sa dignité et celle des femmes de son royaume, en refusant de s'exhiber devant des hommes ivres.

Esther s'est souvenue de son appartenance au peuple élu et a risqué sa vie pour sauver les siens.

Quelquefois, ce sont les dures épreuves de la vie qui nous font oublier les choses essentielles, telles que notre honnêteté, notre loyauté, notre appartenance au Christ.

D'autres fois, et de façon bien plus sournoise, ce sont les bonnes choses de la vie : l'aisance matérielle, le confort, le bonheur en famille, les vacances, les distractions, les soins de beauté…

Il n'y a pas de raison pour ne pas en profiter. Mais ne nous laissons pas endormir.

Les menaces contre la liberté et la dignité humaine ne sont jamais bien loin. Sachons les discerner et les combattre.