CELUI QUI N'EST PAS CONTRE NOUS EST POUR NOUS

Marc 9, 33 à 41 − Esaïe 57, 14 à 19  −  1 Corinthiens 1, 1 à 17

Décidément, les disciples sont impossibles. Déjà, en chemin, ils discutaient entre eux pour savoir lequel était le plus grand. Enfin, c'est Jésus qui leur demande de quoi ils discutaient. Par amour pour eux, Jésus a toujours tendance à diminuer leur faute ; car, au verset suivant, Marc dit qu'ils s'étaient "querellés". Expression qui révèle bien les tensions existant entre les disciples quant à la place de chacun dans le groupe.

A eux qui veulent être grands, Jésus leur dit d'être prêts à accueillir un enfant. C'est-à-dire à être en compagnie de ceux qu'ils rejettent, des petits auxquels ils ne veulent pas ressembler.

Mais, visiblement, ce message ne suffit pas, car … Jean intervient, non pour poser une question, mais pour raconter ce qu'il a fait. Jean a pris une initiative sans demander à Jésus ce qu'il en pensait. Il a vu un homme qui chassait les démons au nom de Jésus, et il l'en a empêché, parce qu'il ne les suivait pas. Jean ne dit pas : parce qu'il ne te suivait pas, mais : parce qu'il ne nous suit pas. Il veut qu'on le suive Jean ; il se met, un peu, à la place de Jésus ; et si on ne le suit pas, on n'a pas le droit d'agir au nom de Jésus. Jean se veut propriétaire du nom de Jésus. A croire qu'il s'agit d'une marque déposée. Jean a des droits d'auteurs !

Voilà l'esprit sectaire dans toute sa splendeur. Esprit présent dans l'Eglise de Corinthe, née de la prédication de l'apôtre Paul.

L'Eglise de Corinthe est divisée. Paul nous apprend que la communauté est partagée en clans. Chaque clan étant, dans l'esprit des disciples, conduit par un leader : Paul, Apollos, Céphas ou le Christ. Cloisonnement presque inévitable de la part de personnes particulièrement impressionnées par les prédicateurs qui leur ont fait connaître l'Evangile.

Paul pose alors la question fondamentale : Christ est-il divisé ?

Question qui nous pousse à faire la différence entre le message et le prédicateur. C'est humain de s'arrêter à l'individu, … au moyen …Mais l'apôtre veut conduire les chrétiens de Corinthe à approfondir le message du Christ pour aller au-delà du moyen utilisé pour annoncer l'Evangile.

Et nous, alors, divisons-nous le corps du Christ ?Nous arrêtant à Pierre, Paul, St. Augustin, Thomas d'Aquin, Luther ou Calvin ?

Que nous dit Jésus, ce matin ?Que répond-il à Jean qui veut empêcher quelqu'un de chasser les démons au nom du Christ ?

Jésus enseigne la tolérance.

Ne l'en empêchez pas, dit Jésus.

Au nom de quoi empêcherait-on quelqu'un d'agir au nom de Jésus ? Parce qu'il ne fait  pas  partie  d'un certain groupe de disciples  ?! D'une assemblée donnée ?! En l'occurrence la mienne ?!

Pour Jésus, l'argument n'est pas suffisant ; parce que si cet individu agit au nom de Jésus, il n'est donc pas un opposant.

On aurait envie de dire à Jésus : Agir en ton nom ne signifie pas forcément agir selon ton Esprit. Jésus le sait, bien sûr. Mais, tant pis, il prend le risque, il ne fait pas de procès d'intention. Si la personne incriminée par Jean ne se déclare pas ouvertement opposée à Jésus, on n'a pas le droit de la juger. Il y a, ici, la volonté formulée par le Christ de n'exercer aucun pouvoir sur autrui. C'est la leçon primordiale qu'il donne aux disciples ; leçon déjà formulée au verset 35, lorsqu'il dit : Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous.

C'est alors qu'il prononce la phrase clef de ce passage :

Qui n'est pas contre nous est pour nous.

C'est le contre-pied du sectarisme. Celui-ci dit plutôt : Qui n'est pas pour nous est contre nous. Le sectaire juge tout en fonction d'une appartenance à un groupe. Groupe au centre duquel se trouve celui qui juge. En matière religieuse, la formule Qui n'est pas pour nous est contre nous signifie que le salut passe par l'appartenance à ce groupe. Hors de nous, pas de salut !

Jésus, lui, accepte parmi les siens tous ceux qui ne le rejettent pas ouvertement. Y compris les neutres, ceux qui n'ont pas pris position. Parce qu'ils ne sont pas contre le Christ, Jésus considère qu'ils sont pour lui. Etant entendu que même sur ceux qui s'opposent à lui, Jésus a manifesté qu'il n'a pas l'intention d'exercer un quelconque pouvoir. Tout au plus espère-t-il une influence par sa parole.

C'est une approche nouvelle des rapports humains, une ouverture extraordinaire qui n'est pas du tout naturelle aux disciples, ni à l'être humain en général. C'est la raison pour laquelle Jésus insiste dans la suite du texte, en renversant les situations, et pour produire cette interrogation : et si le vrai disciple n'était pas moi ?

Où est le disciple ?

Le verset 41 fait sauter les barrières en inversant les rôles du disciple et de celui qui ne l'est pas. Quiconque vous donnera à boire, dit Jésus. C'est une façon de dire que le disciple n'est pas le maître. Il a aussi besoin des autres, y compris de celui qui ne croit pas, car Jésus dit : Quiconque. N’importe qui, donc, et qui, cependant, peut être utile au disciple, lui apporter quelque chose. Ne serait ce qu'un verre d'eau.

Jésus est l'illustration parfaite de la théologie d'Esaïe.

Le prophète prêche Dieu qui demeure élevé et saint (57, 15), mais qui, bien que Seigneur et maître, est avec celui qui est broyé.

En Jésus, Dieu s'est rabaissé pour rendre vie à l'esprit des gens rabaissés, pour rendre vie au cœur des gens broyés.

Puisque notre Dieu s'est fait serviteur et accompagne les malheureux dans leur détresse, comment pourrions-nous, si nous sommes ses disciples, vouloir imposer notre volonté et notre façon de voir et de faire ?