CHOISIS LA VIE, AFIN QUE TU VIVES !

Matthieu 15, 1 à 9 − Deutéronome 30, 15 à 20  −  Ephésiens 6, 1 à 3 

Exode 20, 12

Il s'agit du 5ème des dix commandements. Il engage à honorer son père et sa mère.

Ce commandement est rappelé par d'autres textes, notamment Ephésiens 6, 1-3, où il est souligné que c'est le seul commandement à comporter une promesse. La promesse d'une longue vie. Pourquoi cette promesse ? Y a-t-il un lien entre une vie prolongée et l'honneur donné aux parents ? Et que veut dire "honorer ses parents" ?

Honore ton père et ta mère

Le verbe hébreu employé dans le texte est : cabèd, que l'on peut rendre par : Etre ou rendre lourd, fort, grand d’où : Respecter, glorifier, honorer.

L'idée est que les enfants doivent considérer leurs parents comme des personnes importantes dans leur vie ; lourdes, dit le texte. La langue hébraïque manie souvent des images de ce type. A l'heure actuelle, le terme est devenu négatif : Ce que tu peux être lourd, dit-on à quelqu'un qui nous ennuie. En hébreu ancien, l'expression est positive. Honorer les parents, c'est leur donner du poids dans la vie. Ce ne doit pas être une excuse pour, aujourd'hui, être lourd dans nos rapports humains.

Pourquoi honorer particulièrement les parents ? Ne devons-nous pas avoir de la considération et du respect pour tout le monde ? Certes, tout individu mérite le respect. Ce qui n'est pas le cas de toutes les idées. C'est pourquoi il ne faut pas confondre l'idéologie et la personne qui la véhicule.

Pourquoi honorer particulièrement les parents ? Parce que les parents sont les signes de notions importantes :

La mémoire, l'histoire, la tradition. Honorer ses parents c'est prendre conscience que l'on n'écrit pas son histoire tout seul. On est porté par une culture, une somme d'expériences vécues par celles et ceux qui nous ont précédés. On n'a pas à tout réinventer à chaque génération. Cette valeur des parents était facile à conserver dans les temps anciens, l'évolution des connaissances et des techniques était suffisamment lente pour que les conseils des anciens soient toujours valables. A l'heure actuelle, les choses changent tellement rapidement que les parents sont vite dépassés, inadaptés ; au point que leurs enfants les trouvent stupides, et ne les honorent donc plus. Plus le temps passe et plus ce commandement sera difficile à mettre en pratique.

Les parents sont aussi le signe de l'origine, de la création.

Tant que l'individu sera le résultat de la rencontre d'un ovule et d'un spermatozoïde, cette valeur parentale ne disparaîtra pas. Respecter ses parents, c'est donner du poids, de la valeur à la vie qui nous a été donnée. Or, le véritable créateur, c'est Dieu. Dans le livre du Deutéronome (32, 6), il est écrit : Dieu n'est-il pas ton Père, celui qui t'a produit ? N'est-ce pas lui qui t'a fait ? Les parents ne font que participer au don de la vie, mais ils ne sont pas à l'origine de la Vie. Le vrai Père, c'est Dieu, c'est lui qui donne la vie. C'est pourquoi, honorer ses parents, c'est honorer Dieu. Le livre du Lévitique (19, 3) met en parallèle le respect dû aux parents et la reconnaissance de la seigneurie de Dieu, en disant : Chacun de vous respectera sa mère et son père … Je suis le Seigneur, votre Dieu.

Enfin, les parents représentent la vie elle-même.

Socialement et pratiquement, on se rend compte que ceux qui n'honorent pas leurs parents ont des difficultés à accepter la vie. C'est ce qui nous permet de comprendre la promesse, contenue dans le commandement, de voir sa vie prolongée si l'on honore ses parents. Il ne faut pas y voir une punition de la désobéissance ou une récompense de l'obéissance. Celui qui honore ses parents n'a pas une vie plus longue parce qu'il obéit au commandement, mais parce qu'il aime la vie. Et c'est pourquoi il honore son père et sa mère.

Les parents sont le signe de la vie ; mais de quelle vie ? Personne n'a choisi ses parents. Personne n'a mis en œuvre sa propre vie. La vie est un don. L'honneur donné aux parents le manifeste ; il nous permet de nous souvenir que nous n'avons pas la vie en nous-mêmes, que nous sommes dépendants.

Au contraire, ne pas honorer ses parents, c'est vouloir l'autonomie vis-à-vis de la vie même, c'est rejeter la vie donnée et se battre pour la vie qui se gagne ; parce qu'accepter le don implique reconnaître l'autorité de celui qui donne, et, au nom de la liberté, on ne le supporte plus. Gagner sa vie ! semble être de la liberté.

Vouloir gagner sa vie ! C’est devenu une expression courante. Mais la vie ne se gagne pas, elle nous est donnée. On est, ici, au cœur des débats et conflits sociaux économiques de notre temps. En effet, toutes ces rivalités sont perverties par le fait que chacun veut « gagner » sa vie. Dans ce contexte, le don est exclu, impossible, malsain, immoral …  Comment aimer le prochain, lorsque la vie doit être gagnée ? Les bénéfices étant limités, ils reviennent à celui qui « gagne », au détriment de celui qui perd. La portée du commandement est économique.

C'était vrai aussi pour les Pharisiens.

Le don de Dieu et la loi des hommes  (Matthieu 15, 1-9).

Les Pharisiens critiquent Jésus au nom de leur tradition. Ils font remarquer à Jésus que ses disciples ne se lavent pas les mains avant de manger. Il ne faut pas prendre cette remarque comme un manque d'hygiène de la part des disciples ; car il faut savoir que les Pharisiens avaient une façon très rituelle de se laver les mains. Il ne s'agit pas, ici, de mesure d'hygiène, mais de rites religieux ; or les disciples ne sont pas initiés à ces rites. Il y a là, sans doute, un reproche fait à Jésus, car, pour les Pharisiens, si Jésus était un vrai maître, il aurait enseigné la tradition à ses disciples.

Jésus n'abonde pas dans ce sens, mais répond en montrant que la tradition s'oppose aux commandements de Dieu. Et, pour ce faire, il mentionne le commandement relatif à l'honneur dû aux parents, et le stratagème que les docteurs ont mis au point pour ne pas respecter ce commandement.

Les Pharisiens dissocient Dieu des parents. C'est vrai qu'il faut le faire, dans une certaine mesure. Dieu est le Père par excellence, les parents pas toujours. C'est aux parents de ressembler à Dieu.

Les Pharisiens dissocient Dieu des parents. Non pour abandonner Dieu au profit de leurs parents. Ce que notre société laïque aurait plutôt tendance à faire. Nos lois ne sont plus, maintenant, religieuses (en tous cas, en occident), mais politiques, économiques et sociales.

Les Pharisiens dissocient Dieu des parents, pour délaisser leurs parents sous prétexte de règles religieuses. A l'époque de Jésus, c'est encore la religion qui donne le ton en matière sociale et économique. Jésus est d’accord, il rappelle que la religion ne doit pas être dissociée de la préoccupation sociale, mais il privilégie l’individu à la loi ; son commandement est l'amour du prochain.

Les Pharisiens pratiquent et enseignent que le soutien financier que l'on doit verser à ses vieux parents (la retraite n'existait pas, à l'époque) peut faire l'objet d'une offrande à Dieu. Ce qui revient à laisser les parents dans la misère, si l’on préfère verser une offrande au temple que veiller au bien-être de ses parents.

Pourquoi détourner ainsi le commandement, comme le leur reproche Jésus ?

     –   Parce qu'ils considèrent que Dieu est plus important que l'être humain, et que l'on peut donc sacrifier ce dernier pour la religion. C'est l'un des travers de l'intégrisme. Par l'incarnation, Jésus montre qu'il ne dissocie pas, lui, l'individu de Dieu. Aimer le prochain, c'est aimer Dieu. Et vice-versa.

     –   Pourquoi les Pharisiens détournent-ils le commandement ? Parce que les parents âgés ne peuvent plus rien donner à leurs enfants ; alors que ceux-ci espèrent des bénédictions de Dieu en récompense de leurs offrandes. Leur calcul est donc égoïste.

     –   Enfin, les Pharisiens détournent le commandement, parce que s'occuper des parents leur rappelle qu'ils ont eu la vie gratuitement ; que la vie est un don, une grâce. En vrais religieux, les Pharisiens préfèrent la gagner cette vie, la payer par leurs offrandes ; ainsi ils ne sont plus dépendants de Dieu, ils se sont fait dieux.

Il existe plusieurs niveaux de compréhension du 5ème commandement ; comme de l'ensemble de la loi.

On peut l'observer à la lettre, parce que c'est écrit. Peut-être par intérêt : pour obtenir des bénédictions, voire le salut. Mais si j'obéis à contre cœur, je ne suis qu'un transgresseur refoulé.

On peut l'observer parce que c'est un bon commandement. Parce qu'on a reconnu qu'il est juste d'honorer ses parents, et que la société s'en porte mieux. Mon obéissance est alors morale.

On peut vivre ce commandement en esprit. C'est-à-dire en prenant conscience que l'honneur porté aux parents est un signe du don de la vie ; qu'elle ne se gagne pas ; que nul ne la possède ; et que l'être humain est et sera toujours dépendant de quelqu'un d'autre.

On peut vivre le commandement en esprit, en reconnaissant que l'Evangile ne sacrifie pas les individus sur l'autel de la religion ; la foi chrétienne étant indissociable de l'amour pour le prochain. L'intégrisme qui place la loi au-dessus des personnes est donc inadmissible.

On peut vivre le commandement en esprit en sachant que Dieu est notre Père ; que l'honorer consiste à accepter la vie qu'il donne, en tant que Créateur et en tant que Sauveur.

Honorer Dieu, c’est lui faire confiance. C'est la foi. Vivre le 5ème commandement est un signe de cette foi.