JESUS : DIEU EST NÉ AVEC NOUS

Matthieu 1, 18 à 25 − Esaïe 8, 7b à 10 − Romains 1, 1 à 7  

Quand un enfant vient de naître, on lui donne un nom. Quand il est baptisé aussi ; c'est souvent le même nom, mais ce n'est pas obligatoire. J'ai connu des personnes qui avaient changé de nom lors de leur baptême. Il s'agissait évidemment de baptêmes d'adultes ; notamment en Afrique. Pour ces personnes le baptême était vécu comme une nouvelle naissance (ce qu'il est, en vérité), et alors, tout naturellement, cette nouvelle naissance s'accompagnait d'un nouveau nom. Ce nom nouveau était tout un programme : il révélait une relation nouvelle avec le Dieu qui les avait connues et auquel, désormais, elles se référaient. Ce nom nouveau impliquait de nouveaux objectifs, une nouvelle façon de voir. Nous avons perdu cette dimension du nom. Chez nous les prénoms sont donnés en fonction des goûts et des modes.

Dans la Bible, le nom d'une personne relate souvent un épisode de sa vie, une circonstance de sa naissance, ou un message que l'on veut donner par ce moyen. C'est ainsi qu'un certain Ikabod (Où est la gloire ?) a été appelé ainsi parce qu'il est né lors d'une catastrophe nationale (1 Sam 4, 21. 22). L'un des fils du prophète Osée s'appelait Lo-Ammi (pas mon peuple) parce que Dieu menaçait de rejeter Israël à ce moment là.

Le nom signifie donc quelque chose, il est porteur d'un message, surtout lorsqu'il est donné avant la naissance. C'est le cas de Jésus. Il a trois noms, et tout les trois lui ont été donnés avant qu'il naisse. Tous les trois signifient quelque chose.

Les noms de Jésus :

Jésus.

C'est la traduction du nom hébreu Yeshouah (Josué) qui signifie : Yahvé (Dieu) sauve. D'autres personnes que lui ont porté ce nom en Israël, avant et après Jésus. On n'en trouve pas dans le Nouveau Testament ; les chrétiens avaient peut-être quelques scrupules à porter ce nom. Dans l'Ancien Testament, une quinzaine de personnes portent le nom de Josué.  Le plus célèbre est le successeur de Moïse. Josué, puis Jésus (ièsous, en grec), était un nom assez commun en Israël.

Jésus est sans doute le nom par lequel le Nazaréen était connu de son vivant. C'est son nom d'homme. Un nom qui souligne sa participation à l'humanité. D'ailleurs on dit : Jésus de Nazareth.

C'est surtout après sa mort que l'on s'est attaché au sens de ce nom, quand la notion de salut par et en Jésus s'est développée dans l'Eglise.

Christ.

Ce nom vient du grec Christos qui est la traduction de l'hébreu Massiah, de massah = oindre. Le Massiah, c'est le Messie (l'oint), bien sûr. En français, on emploie ce nom pour désigner celui que l'on attend avec foi et impatience : on l'attend comme le Messie. En hébreu, le Massiah est celui qui reçoit l'onction, c'est-à-dire celui qui est élu, choisi par Dieu.

D'autres que Jésus de Nazareth ont été oints, et donc Messies. Des rois, des prêtres et des prophètes ont été choisis par Dieu. Tout baptisé est choisi par Dieu. Mais le nom de Christ est, dans le langage courant, réservé à Jésus.

Dire que Jésus de Nazareth est le Christ, c'est reconnaître qu'il est le Messie annoncé par les prophètes, et qu'il a été envoyé par Dieu pour accomplir son ministère.

Emmanuel.

Le 3ème nom de Jésus est moins connu. Il n'est employé que 3 fois dans la Bible. Deux fois par le prophète Esaïe :

Esaïe 7, 14. Dans le cadre de l'annonce d'une naissance apportant le salut. Le Seigneur lui-même vous donnera un signe ; voici la jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, et elle lui donnera le nom d'Emmanuel.

Esaïe 8, 8. (Nous avons lu ce texte). Dans le contexte de la violence arrêtée par la présence de Dieu. L'envahisseur remplira ... ton pays, ô Emmanuel ! Poussez des cris de guerre, peuples ! et vous serez brisés ; ... Car Dieu est avec nous. Le voilà ce 3ème nom, et sa signification : Emma-nu-El = Avec nous Dieu.

Ce nom est encore employé une fois dans l'annonciation de l'ange à Marie, dans l'Evangile selon Matthieu. L'ange cite Esaïe 7, 14 pour annoncer la naissance de Jésus. Emmanuel a donc un rapport avec la naissance. C'est normal, puisqu'il signifie la présence parmi nous, et que c'est par la naissance qu'une nouvelle personne est inclue à la société.

Tout Noël est dans ce nom : Dieu avec nous.

Il signifie l'aboutissement de la quête de Dieu depuis que l'être humain s'est séparé de lui. Dieu n'est pas solitaire, pur esprit dans un ciel vide, coupé de tout ce qui l'entoure. Parce qu'il nous aime, il est venu nous rencontrer. Il veut vivre avec l'humanité. Il veut nous accompagner. Cet accompagnement, il le veut sans limite, en toutes circonstances, de la naissance à la mort. C'est pourquoi Dieu vient, en Jésus-Christ, naître avec nous. Il vient nous con-naître.

La connaissance biblique ne correspond pas au savoir. Connaître, c'est naître avec (con-naître). Ce qui implique une nouvelle naissance pour chaque participant de cette relation.

Dieu naît avec nous, en Jésus-Christ. C'est ce que nous fêtons à Noël. Et nous, nous renaissons avec Dieu.

Con-naître, c'est accompagner quelqu'un, dans une relation étroite, intime ; à l'image de cette expression biblique : Adam connut sa femme et elle enfanta. Certes, au cours de cet accompagnement, un savoir passe (Jésus enseigne aussi), mais l'essentiel de l'Evangile est la présence de Dieu parmi nous.

L'enseignement catéchétique, ou autre, auquel tout baptisé est convié dans l'Eglise, n'est pas seulement la transmission d'un savoir ; c'est naître avec Jésus qui est venu naître avec nous. C'est vivre de la vie de celui qui nous accompagne à chaque instant de notre vie.