QU'AVEZ-VOUS REÇU A NOËL ?

Matthieu 2, 1 à 12 − Actes 8, 14 à 24

Je me souviens que pour Noël 1996, le slogan était : Vous n'avez pas le droit à l'erreur ! De quelle erreur était-il question ? L'erreur qui consistait à offrir le mauvais cadeau, celui qui ne plairait pas, celui qui n'était pas désiré.

Eh bien, les temps changent. A moins que l'on se soit aperçu que l'on offrait souvent le mauvais cadeau ; parce qu'on a tendance à offrir davantage ce qui nous plairait à nous qu'à la personne à laquelle on est sensé faire plaisir. C'est pourquoi, voyez-vous, depuis quelques années, c'est un autre mot d'ordre qui est à la mode. L'idée est de se débarrasser des cadeaux qui ne nous ont pas plu, si possible en les revendant (il n'y a pas de petits profits !). Et l'on voit fleurir sur Internet une foule de sites permettant d'échanger ou de revendre le bibelot inutile, le vêtement qui n'est pas à la bonne taille, ou la casserole de la belle-mère. En espérant que la dite belle-mère ne saura pas qu'on a revendu sa batterie de cuisine.

Je ne vous demanderai pas ce que vous avez reçu à Noël. A moins que, … tout à l'heure, peut-être. Mais je m'interroge concernant cette focalisation sur les cadeaux de Noël. D'où vient cette habitude d'offrir des cadeaux à l'occasion de Noël ?

L'origine des cadeaux de Noël.

Les historiens et sociologues s'interrogent, et ils arrivent à la conclusion que la coutume d'offrir des cadeaux en cette saison est très ancienne. Elle précèderait l'ère chrétienne, et date du temps où c'était le solstice d'hiver qui était fêté à cette époque de l'année où les jours sont très courts et l'obscurité d'autant plus présente. A la faveur de cette obscurité, les gens s'imaginaient que les morts remontaient des ténèbres et pouvaient apporter le malheur. Pour éviter cela, il fallait faire des cadeaux aux habitants des ténèbres. Mais comment offrir quelque chose aux morts ? Certaines personnes se grimaient en fantômes pour représenter les morts. Mais c'était surtout les enfants qui, ainsi déguisés, faisaient du porte à porte pour recevoir des friandises et autres dons. Vous reconnaissez là, aussi, l'origine de la fête d'Halloween.

Il apparaît que les fêtes hivernales sont marquées par la crainte de l'obscurité et de la mort, et comportent des rites propices au rachat et à la compensation, afin que l'obscurité laisse la place à la lumière. Alors que les fêtes estivales, au temps des récoltes, reflètent une atmosphère de joie et de vie ; avec l'agnelage à Pâques et la moisson à Pentecôte.

N'y a-t-il pas d'autres traditions pour fonder la coutume des cadeaux ? Ne trouve-t-on rien, dans les Ecritures, qui soit de l'ordre des dons offerts ? Notamment dans le cadre de la naissance de Jésus ?

Jésus, lui-même, n'a-t-il pas reçu des cadeaux, à sa naissance ?

Mais si, bien sûr, ce sont les mages qui lui offrent des présents. A lui, et à Joseph et Marie.

Il ne semble pas que l'on puisse faire reposer sur ce récit des mages la coutume des cadeaux de Noël. On ne peut même pas proposer l'hypothèse que Matthieu ait parlé des cadeaux des mages avec l'idée de les faire correspondre aux cadeaux offerts aux fantômes à l'occasion du solstice d'hiver, car lorsque Matthieu écrit son évangile, les chrétiens ne fêtent pas encore la naissance de Jésus, et encore moins au cœur de l'hiver. Ce n'est qu'en 336 que le pape Sylvestre 1er fixe au 25 décembre la fête de la naissance de Jésus. La coutume des cadeaux en cette saison a donc précédé la naissance de Jésus.

Alors quel est le sens de ces cadeaux offerts par les mages ?

Les cadeaux des mages.

Ils sont de trois sortes. Ils offrent de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

Ce ne sont pas des cadeaux habituels. Si l'on se réfère, en tous cas, à nos coutumes occidentales. Les dons des mages sont plutôt des cadeaux symboliques, c'est-à-dire, porteurs d'un message :

L'or symbolise la richesse, bien sûr. C'est un cadeau de riche, et pour des riches ; en effet, il faut en posséder pour en offrir. L'or symbolise aussi tout ce qui accompagne la richesse : la puissance, le pouvoir. C'est pourquoi, l'or était le cadeau des rois, et pour les rois. En plaçant de l'or dans les mains des mages, pour Jésus, Matthieu proclame la royauté du Christ. Dès sa naissance, Jésus est roi. Toute l'histoire des mages est, d'ailleurs, bâtie sur le thème de la royauté de Jésus : les mages ont posé la question dans tout Jérusalem : Où est né le roi des Juifs ?

L'encens est un parfum, en fait une résine végétale (Cant 4, 14). Mais pas n'importe quel parfum. Le Cantique des cantiques (3, 6) parle bien des femmes parfumées à l'encens, mais l'encens est essentiellement réservé au culte, rites et sacrifices. Dans le rituel lévitique, en Israël, seuls les sacrifices d'expiation ne s'accompagnaient pas d'encens, car ils faisaient référence à une faute, un péché (Lév 5, 11  Nom 5, 15), à quelque chose d’humain donc. Ce qui révèle que l'encens, lui, est le signe du divin, du céleste. Il symbolise la prière : dans le psaume 141, 2, David écrit : Que ma prière soit devant ta face comme l'encens. La présence de l'encens dans les cadeaux des mages exprime quelque chose de religieux. Par le biais des rites, l'encens est le signe de la prêtrise : c'est aux prêtres qu'on l'offre. En plaçant de l'encens dans les cadeaux des mages, Matthieu dit que Jésus est prêtre.

La myrrhe est aussi un parfum. C'est la résine du balsamier. Le Cantique des cantiques (3, 6) parle aussi des femmes parfumées à la myrrhe. Mais c'est aussi un parfum utilisé pour embaumer les morts. L'évangile selon Jean rapporte (19, 39) que Nicodème a apporté de la myrrhe pour envelopper Jésus lors de son ensevelissement.  La myrrhe apportée par les mages présage la future mort de Jésus. Jésus est venu pour aller jusqu'au sacrifice.

Les cadeaux des mages proclament les qualités de Jésus, et révèlent ce qui se passe vraiment en cette nuit de Noël ; à savoir que l'enfant qui vient de naître n'est pas n'importe quel enfant, mais le roi, le prêtre et la victime sacrificielle qui vient de Dieu pour le salut de l'humanité.

Il apparaît donc clairement que ce ne sont pas les êtres humains qui offrent des cadeaux à Jésus et à Dieu. D'ailleurs que peuvent-ils offrir qu'ils n'aient reçu de Dieu ? Non, c'est Dieu qui offre le cadeau aux hommes. C'est lui, Dieu, qui s'offre à l'humanité en s'incarnant et en venant comme un enfant.

Alors, quelle est l'origine des cadeaux de Noël ?

La pratique païenne qui consistait à faire des offrandes aux morts ?

Historiquement, sans doute ; mais ce n'est pas celle qui nous parle, car elle repose sur la peur et constitue un marchandage afin de recevoir la protection en retour. Or un cadeau fait dans l'espoir de recevoir n'est pas un cadeau, c'est un calcul.

Les cadeaux que les mages ont offerts à Jésus ?

Si l'on veut. C'est, en tous cas, une origine qui se retrouve dans les Ecritures et qui, comme on l'a vu, est chargée de sens. Le récit des mages montre que le vrai cadeau est lié au destinataire et non au donateur. Donner, c'est penser à la personne qui reçoit et non à soi-même.

L'origine des cadeaux de Noël, c'est le cadeau que Dieu fait à l'humanité tout entière.

A savoir lui-même.

Ce cadeau est l'archétype des cadeaux de Noël, car il nous pousse à penser aux autres et à nous montrer généreux. Comme Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, il nous invite à aimer et à donner.

Allez ! Je vous la pose quand même la question : Qu'avez-vous reçu à Noël ?

Je ne pense pas que vous ayez reçu beaucoup d'or, encore moins de l'encens ou de la myrrhe, car vous n'êtes ni roi, ni prêtre, ni victime sacrificielle. Nous n'avons plus à jouer ces rôles. Jésus est roi, prêtre et victime pour nous.

Le cadeau que nous avons tous reçu, c'est Jésus lui-même.

Une question se pose, maintenant : que faisons-nous de ce cadeau ?

Jésus est-il un cadeau apprécié ou non ?

Vous est-il arrivé de refuser un cadeau ? Sauf exception, ça ne se fait pas. Dans certains cas, c'est nécessaire, lorsque le cadeau est, dit-on, "empoisonné", c'est-à-dire, lorsqu'il cache une clause secrète qui se retourne contre celui qui reçoit le cadeau.

Le cadeau de Dieu est-il empoisonné ?

Qu'est-ce qui pourrait nous amener à ne pas l'accepter ? A le revendre sur Internet ?

L'histoire des religions nous apprend que la raison majeure que les hommes ont invoquée pour ne pas accepter le don de Dieu est justement le fait que c'est un don, un cadeau. Alors, comme ça, le salut, la vie éternelle, c'est gratuit ! Ce serait trop facile ! Cela paraît louche. L'être humain, méfiant par nature et par principe, craint que le don de Dieu le contraigne à accomplir la volonté divine ; ce qu'il n'a pas forcément envie de faire.

Et puis, cette gratuité ne correspond pas à la réalité ! Dans la vie tout se paie, tout se calcule, rien n'est gratuit ! C'est vrai, et ceci nous montre à quel point l'être humain s'est enfoncé dans le péché, au point de considérer le marchandage et la lutte pour la vie comme la situation normale, parce que générale. Toute cette lutte pour l'intérêt personnel, c'est le royaume de l'homme. Ça n'a rien à voir avec celui de Dieu.

Il y a plusieurs façons de refuser un cadeau :

     –   Déclarer clairement ce refus au donateur. Certains tiennent ce discours en rejetant l'Evangile, et en choisissant l'idéologie qui leur convient.

     –   Accepter dans les formes, mais refuser dans le fond. C'est-à-dire : ne pas adhérer à la démarche de la grâce, de la gratuité et refuser de faire confiance à celui qui donne. Et cela peut déboucher sur la 3ème façon de refuser.

    –    Chercher à se débarrasser du cadeau en niant l'aspect gratuit du don de Dieu, et en proclamant que ce que Dieu donne nous coûte très cher en privations, obéissance, mérites et bonnes œuvres. C'est une démarche religieuse quasi universelle qui revient à refuser le cadeau. On peut aussi chercher à se débarrasser du cadeau en le revendant très cher à d'autres, et en accompagnant cette attitude de la prédication d'un pseudo-évangile, dans lequel Dieu fait payer son salut. Des indulgences aux gurus profiteurs, il s'agit d'un détournement de la grâce.

Heureusement, Noël est là pour déchirer les ténèbres qui nous enveloppent.

Dieu a donné son Fils !

Vous entendez bien : il a donné son Fils. Il l’a fait, afin que nous apprenions enfin ce qu'est la Vérité qui dépasse la réalité quotidienne. Cette vérité, c'est la gratuité du royaume de Dieu. C'est-à-dire, ne rien attendre de ce que nous sommes et de ce que nous faisons. L'absence d'intérêt, et donc la fin de la peur.

Dieu ne nous piège pas par son cadeau. Il nous aime, tout simplement ; et, en s'offrant lui-même à travers son Fils, il veut rétablir le contact entre nous. C'est cette relation qui nous fera évoluer, changer, tranquillement, sans pression, comme dans le cadre de n'importe quelle amitié. Le maître mot est "l'amour".

Je ne veux pas savoir si vous voulez vous débarrasser de certains des cadeaux que vous avez reçus à Noël, mais il en est un que je vous invite à accepter : c'est le cadeau de Dieu, le don de son Fils pour l'humanité tout entière et dans votre vie.

Acceptez-le, ce cadeau, c'est celui de l'amour.