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DE LA CHAIR A L'ESPRIT

Actes 2, 1 à 13 − Romains 8, 8 à 17  − Jean 14, 15 à 26

Ce fut une révolution. Alors que, l'instant d'avant, les disciples (et autres amis de Jésus) étaient réunis dans la chambre haute, sans doute en secret ; voilà que ces premiers chrétiens osent se montrer au peuple et prêcher la résurrection du Christ. Que s'est-il passé ? Un bruit est venu du ciel et a rempli la maison. Des langues de feu sont apparues et se sont posées sur chacun des disciples. Tient, des langues ! Serait-ce la "forme" de l'Esprit ? Si forme il y a. Ce n'est pas ce qui est important.

Ce qui est capital, c’est que l’on a ici le signe de la révolution qui s'opère. Car il sera question de langues ; de langues nouvelles dans lesquelles les disciples peuvent s'exprimer. Ce qui leur permet de communiquer, de dire leur foi et leur joie.

C'est une révolution dans la communication, par le fait que les disciples sortent de chez eux, s'ouvrent aux autres et à la société en général. Ce changement ne se limite donc pas au fait que les disciples sont capables d'aligner des mots et des phrases ; ils savaient le faire avant, même si ce n'était pas dans toutes ces langues. Communiquer ce n'est pas que parler. D'ailleurs les gens qui se rassemblent se doutent bien que ce qui se passe n'est pas un simple tour de foire. Sinon ils s'en seraient amusés, sans plus. Certains le font, et se moquent. Mais la majorité pose la question de fond : Qu'est-ce que cela veut dire ? Car ce n'est pas seulement un fait, c'est un signe. Et ça veut donc dire quelque chose.

La Pentecôte signifie que le Saint-Esprit renverse des barrières.

En ce sens, il continu l'œuvre du Christ. Jésus avait travaillé à abaisser les privilèges religieux et moraux, pour mettre les publicains et les prostituées sur les mêmes rangs que les prêtres et les docteurs, dans l'espoir qu'ils puissent s'entendre, communiquer les uns avec les autres, parler le même langage.

Parler la langue de l'autre implique l'utilisation de certaines de ses valeurs, et donc le respect de sa culture, de son point de vue. C'est déjà cela l'ouverture de l'Esprit. Et l'Esprit a encore quelque chose à nous dire, en ce sens, aujourd'hui, car, depuis 2000 ans que ces événements se sont passés, nous sommes encore tellement fermés à ceux qui ne pensent pas comme nous.

Par l'Esprit, Dieu montre et ouvre la voie, car mettre son Esprit en l'être humain, c'est s'impliquer et participer à certaines capacités, options et valeurs humaines. La Pentecôte, c'est encore l'incarnation, sous une autre forme, car en se faisant homme, en Jésus, Dieu a renversé les barrières qui nous séparaient de lui. Il a adopté et fait siennes la nature et des habitudes de vie humaines.

Le Saint-Esprit renverse les barrières dans deux directions à la fois.

La communication devient nouvelle entre les personnes touchées par l'Esprit. Conscientes de ne pas détenir la vérité, elles écoutent l’autre.

La relation devient différente aussi, plus profonde, entre Dieu et l'humanité. C'est pourquoi Jésus disait : Il vous est avantageux que je m'en aille. Quelle est la teneur de cette nouvelle relation ?

C’est le passage de la chair à l'esprit.

………………………………… , tout à l'heure, vous allez confesser, devant l'Eglise, que Jésus-Christ est le Seigneur. Ce témoignage implique que vous le reconnaissez comme étant votre maître, et que vous êtes donc ses serviteurs et ses servantes. Mais il y a plusieurs façons d'être serviteurs. L'apôtre Paul emploie deux expressions pour parler de la relation que le chrétien peut avoir avec Dieu : la chair et l'esprit. Que veut-il dire par ces mots ?

Ces termes n'expriment pas des choses, des actions faites ou non faites. Malgré les tentatives de l’apôtre de dresser une liste des éléments charnels et spirituels, il n'y a pas vraiment de catalogues d'actions charnelles ou spirituelles. Dans bien des cas, il est possible d'accomplir le même service selon la chair ou selon l'esprit. Tout est justement question d'état d'esprit.

Une obéissance selon la chair est mécanique, extérieure. Et surtout, une fois le service rendu, le serviteur selon la chair attend la récompense. La chair entretient le calcul, l'intérêt, elle ne fait rien gratuitement. Elle n'implique pas de relation personnelle. Ce qui importe, pour elle, c'est la chose faite et rendue, les personnes sont secondaires. Il n'y a pas d'amour dans la chair. Or l'amour, c'est le fruit de l'Esprit.

Servir selon l'Esprit, ce n'est pas obéir à un ordre. La relation se passe à un autre niveau, celui de l'amour, de la confiance, de l'amitié. Le serviteur selon l'Esprit n'a pas besoin d'une parole précise pour servir, il sait ce qu'il doit être et faire, non parce qu'il a, quelque part, une liste de choses à faire et à ne pas faire  ¾  c’est le serviteur selon la chair qui aime bien disposer de ce genre de catalogue  ¾  Le serviteur selon l'Esprit sait comment agir, non parce qu'il connaît la volonté du maître, mais parce qu'il connaît le maître, et il sait ce que le Seigneur aime.

On peut établir un parallèle entre ce passage de la chair à l'esprit et celui de l'enfance à l'âge adulte. De même, en effet, l'adulte n'agit plus par obligation, mais par attachement à quelqu'un et à une vérité, à des valeurs partagées.

Servir selon l'Esprit, c'est voir les choses comme Dieu les voit ; c'est être sur la même longueur d'onde que lui, c'est avoir la même pensée, le même esprit. C'est ce niveau de communion que Jésus-Christ nous propose. C'est plus que de la communication, par l'Esprit, la communication devient communion. C'est ce que Jésus veut dire en parlant de sa volonté d'habiter en nous (Jean 14, 20). C'est par l'Esprit qu'il le fait.

Vous n'avez pas reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte, dit Paul aux chrétiens de Rome (8, 15).

Le serviteur selon la chair a toujours peur de ne pas avoir fait ce qu'il fallait, et donc d'être puni.

Mais vous avez reçu un Esprit d'adoption, par lequel nous crions : Papa !

Voilà la relation nouvelle que Dieu veut établir avec vous, …………………………………,

et avec nous tous, peuple chrétien.

C'est l'alliance de notre Dieu et Père, pour vivre pleinement la gratuité, l'amour et la liberté de l'Esprit.