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LE REPOS DE DIEU

Jean 5, 10 à 19 – Esaïe 28, 9 à 13  – Hébreux 3, 12  à  4, 11 

Exode 20 8-11

C'est le commandement relatif au jour du repos. Il ordonne de mettre à part le 7ème jour de la semaine, en ne faisant aucune œuvre ce jour-là. Ce commandement ordonne le repos en référence à Dieu qui s'est reposé le 7ème jour de la création. Autrement dit, la raison invoquée pour demander aux Israélites l'absence de toute activité le 7ème jour, c'est l'exemple de Dieu.

Ce détail est important. En fait, ce n'est pas un détail, mais la clef de la compréhension du commandement. Le 4ème commandement invite à agir comme Dieu agit. C'est la démarche de Jésus.

Jésus agit comme le Père.

En Jean 5, 17 et 19, Jésus dit ceci : Mon Père est à l'œuvre jusqu'à présent, et moi aussi je suis à l'œuvre … Le Fils ne peut rien faire de lui-même, sinon ce qu'il voit faire au Père ; ce que celui-là fait, en effet, le Fils aussi le fait pareillement.

C'est ce qui constitue la qualité de Fils. Le Fils agit comme son Père, sinon il n'est pas Fils.

Or Dieu travaille (Jean 5, 17). Le verbe grec employé est « ergadzomai », qui signifie travailler, œuvrer. C'est exactement ce que le commandement interdit de faire le 7ème jour.

Je ne pense pas qu'il faille entrer dans le débat qui consiste à savoir si guérir quelqu'un est une œuvre ou non. Cette question nous conduirait à faire une liste de choses à faire ou à ne pas faire le 7ème jour, comme l'ont fait les Juifs, ce que Jésus, lui, n'a pas fait. Il nous faut, au contraire, sortir de ce carcan pour entrer dans la démarche du Christ.

Jésus prononce ces mots un jour de sabbat —  et le verbe est au présent  —  après avoir guéri le paralysé de Béthesda ; c'est-à-dire d'avoir fait une œuvre, travaillé, transgressé le 4ème commandement tel que le comprenaient les Juifs. C'est pourquoi ces derniers veulent lapider Jésus.

Jésus est, en fait, en train de dire : le commandement ordonne d'agir comme Dieu, c'est ce que j'ai fait en guérissant cet homme ; ce qui sous-entend que Dieu travaille le 7ème jour.

Ce qu’il faut retenir, c’est que Dieu travaille le 7ème jour, et Jésus aussi travaille en agissant comme Dieu. Il s'oppose donc à la lettre de la loi qui dit que Dieu se repose ce jour-là.

Qu'est-ce donc  que  le repos de Dieu, s'il s'accompagne d'un travail ?

Le repos de Dieu.

Est-ce un lieu particulier ?

L'auteur de l'épître aux Hébreux parle des Israélites qui ne sont pas entrés dans le repos (Héb 3, 16-19). D’après ce texte, le repos de Dieu semble être un lieu.

Dans l'Ancien Testament, la terre promise est synonyme de repos. C'est dans ce contexte que l'épître aux Hébreux emploie le verbe entrer. Elle rappelle qu'une 1ère génération d'Israélites sortis d'Egypte n'est pas entrée en Canaan, et qu'elle est morte au désert, parce qu'elle n'avait pas eu confiance en Dieu.

Par extension, le repos a pris le sens de paradis, et la notion grecque d'immortalité de l'âme a amené certains à considérer la mort comme l'entrée dans le repos. Mais cela n'a rien à voir avec l'Evangile. Notamment avec cette épître aux Hébreux qui dit que les Israélites ne sont pas entrés dans le repos parce que, justement, ils sont morts.

Alors, le repos de Dieu, est-ce un lieu particulier ? Non ! L'épître aux Hébreux rejette finalement la notion de lieu pour s'intéresser au moment du repos.

Alors, le repos de Dieu, est-ce un moment particulier ?

Première remarque : Dieu n'est pas tributaire du temps. Jésus dit : Mon Père travaille jusqu'à présent(Jean 5, 17). Dieu n'a pas arrêté de travailler. Heureusement pour nous, car c'est au salut de l'humanité qu'il travaille.

Deuxième remarque : Le commandement et la Genèse feraient supposer que Dieu a créé le rythme de la semaine, en mettant à part le 7ème jour. En effet, il n'y a pas de rythme s'il n'y a pas de jour particulier. En fait la semaine tire son origine des phases de la lune. La démarche religieuse a fait du 7ème jour un moment sacré, parce qu'institué par Dieu. Mais Jésus fait tomber tout cet édifice en disant que Dieu travaille le 7ème jour.

Le repos de Dieu n'est pas le repos hebdomadaire.

Les Juifs ne sont pas entrés dans le repos, dit l'auteur de l'épître aux Hébreux (3, 16-19) ; or ce sont de scrupuleux observateurs du sabbat.

Il est donc possible de mettre à part le 7ème jour comme un temps sacré pendant lequel on ne fait aucune œuvre et, cependant, de ne pas entrer dans le repos. C'était le cas de l'homme riche qui observait toute la loi et qui n'était pas en repos, car il se faisait du souci pour son salut. Alors, qu'est-ce que le repos de Dieu, si ce n'est ni un lieu, ni un moment particuliers ? Le repos de Dieu, c'est une attitude, un état d'esprit.

Le repos de Dieu, c'est agir comme Dieu.

C'est ce que dit le commandement, et ce que faisait Jésus.

Or que dit le commandement concernant l'action de Dieu au 7ème jour ? Le Seigneur s'est reposé le 7ème jour (Ex 20, 11). Dieu s'est reposé de ses œuvres (Héb 4, 9. 10). Le commandement et l'épître aux Hébreux nous invitent à nous reposer de nos œuvres comme Dieu s'est reposé des siennes (Héb 4, 10). Se reposer de nos œuvres, et non sur nos œuvres. C'est-à-dire que le commandement nous invite à ne pas nous fier à nos œuvres, à ne pas nous appuyer sur elles, notamment pour obtenir le salut.

S'appuyer sur les œuvres, les préceptes et les règles, c'est le contraire du repos de Dieu. Esaïe disait aux Israélites : Dieu leur avait dit : Voici le repos ! … Mais ils n'ont pas voulu écouter. Et pour eux la parole du Seigneur sera : b.a. - ba, b.a. - ba, d.a.- da, d.a. – da, un peu par-ci, un peu par-là, afin qu'en marchant ils trébuchent à la renverse et se brisent (28, 12. 13) (Traduction Nouvelle Bible Segond).

Louis Segond, dans sa traduction, interprétait b.a. – ba par précepte sur précepte, règle sur règle. L'idée est que le refus d'entrer dans le repos de Dieu s'accompagne d'une attitude et d'une religion qui ne fait que parler de commandements et de préceptes. Une religion de petit enfant qui ne fait qu'ânonner des règles sans les comprendre. Ce n'est pas le repos, dit Esaïe.

S'appuyer sur les œuvres pour obtenir le repos, le salut, c'est fatiguant, pénible. On est constamment en souci, on a peur de ne pas être en règle, et on ne l'est jamais.

C'est là que la religion humaine s'est fourvoyée. Ne comprenant pas cette démarche profonde et spirituelle du commandement, elle a fait du signe du 7ème jour une œuvre de salut. Elle a ainsi remplacé la bonne nouvelle du salut par grâce par la prédication de l'obéissance aux œuvres de la loi. Alors que l'épître aux Hébreux dit que c'est par la foi que l'on entre dans le repos de Dieu (4, 3).

Entrer dans le repos, c'est agir comme Dieu. Or Dieu travaille, dit Jésus. Il travaille à la guérison, au salut de l'humanité. Il ne travaille pas pour lui. C'est cela le repos. Travailler pour son propre salut est angoissant, parce que stérile.

On ne peut travailler au salut des autres que lorsque son salut personnel est acquis par la grâce de Dieu, sinon la nature humaine ne manque pas d'établir un lien entre ce travail et l'obtention de quelques mérites. Le piège dans lequel certains tombent parfois, c'est de penser qu'il faille travailler au salut des autres pour mériter le sien.

Le repos de Dieu, c'est la rencontre avec Dieu.

Le premier sabbat fut la première rencontre entre Dieu et l'être humain, lorsque l'homme et la femme sortirent des mains du créateur au dernier jour de la création. Tout était calme, tranquille, en repos ; car Dieu était là.

Parce que l'enfant seul, abandonné, ne connaît pas le repos, le péché, qui est séparation, a détruit ce repos. Le travail de Dieu consiste à redonner ce repos à l'humanité. C'est pourquoi il est venu, à nouveau, la rencontrer en Jésus-Christ. Avant l'incarnation, le repos était attendu, espéré, signifié, à l'avance, par le repos du 7ème jour. Depuis la venue de Jésus, le signe du 7ème jour a fait place à la réalité constante de la présence du Christ. C'est pourquoi, persister à mettre à part un jour particulier revient à enseigner que Christ n'est pas présent, qu'il n'est là qu'à l'occasion de ces temps spéciaux, choisis par nous, et qu'en dehors de ces moments, nous sommes abandonnés à nous-mêmes. L'épître aux Hébreux dit autre chose : Dieu institue encore un jour — aujourd'hui— en disant …"Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, ne vous obstinez pas" (Héb 4, 7).

Le repos de Dieu, c'est aujourd'hui.

Car Jésus est venu et tout notre temps lui appartient. Le repos de Dieu se vit tous les jours. C'est aujourd'hui le nouveau jour fixé par Dieu.

De même que Jésus disait à la femme samaritaine : Ce n'est ni sur le Mont Garizim, ni à Jérusalem, qu'il faut adorer Dieu, mais en esprit et en vérité (Jean 4, 21-24), il pourrait dire : Ce n'est ni le samedi, ni le dimanche, ni à Pâques ou à Pentecôte qu'il faut adorer Dieu, mais en esprit et en vérité. C'est-à-dire aujourd'hui, maintenant.

L'entrée dans le repos de Dieu est toujours ouverte.

Efforçons-nous d'entrer dans ce repos (Héb 4, 11), en ne nous confiant pas dans notre observance ; nous ne serions pas en repos.

Reposons-nous en Christ, il a parfaitement accompli son œuvre de salut.

C'est aujourd'hui qu'il faut accepter ce repos de Dieu. Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, ne vous obstinez pas.