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PAQUES = CREATION D'UNE VIE NOUVELLE

Marc 16, 1 à 8, Actes 10, 34 à 43, 1 Corinthiens 15, 1 à 11, 35 à 38

Quel changement, quel bouleversement en ce matin de Pâques ! Il faut dire que les surprises avaient déjà commencé le vendredi. Car aucune des femmes, aucun des disciples et des amis de Jésus ne s'attendait à le voir ainsi malmené par le Sanhédrin et les soldats. Tout s'est passé tellement vite qu'ils n'ont rien pu prévoir. On a juste eu le temps de le descendre de la croix et de le mettre dans un tombeau prêté. Et puis le sabbat est venu et il a fallu cesser toute activité. Mais dans les têtes, il s'en passait des choses ; car on ne pouvait pas le laisser comme ça, il fallait s'organiser maintenant, il fallait faire quelque chose. Alors que le signe du sabbat était là pour leur dire qu'il n'y avait rien à faire et qu'il fallait goûter le repos. Car tout ce qui a été projeté n'a servi à rien.

Ces initiatives humaines sont le fait des femmes. Ce sont elles qui achètent des aromates pour embaumer Jésus. Pourquoi l'embaumer ? Qu'est-ce que ça veut dire embaumer ? C'est préparer un corps pour l'état de mort dans lequel il se trouve. Certes, c'est un dernier hommage qu'on lui rend, mais c'est reconnaître une situation, un état de fait : la mort.
Embaume, c'est s'accommoder de la mort, faire avec, accepter la mort. De toutes façons, que faire d'autre face à la mort ?
Embaumer, c'est aussi tâcher d'améliorer la mort, mais sans la changer. A défaut de retrouver la vie on arrange le mort, et la mort pour qu'elle soit plus présentable. Embaumer pourrait donner une impression de vie, mais en fait on entretient la mort, l'idée de mort et de désespoir. Si les femmes veulent embaumer Jésus, c'est parce qu'elles ne s'attendent pas et ne croient pas qu'il puisse ressusciter. L'être humain veut enfermer, tenir Dieu dans ses propres valeurs, dans sa propre mort.

Ces femmes se font du souci à cause de la pierre qui ferme le tombeau et qui les empêche de s'approcher de leur Seigneur. Si seulement quelqu'un pouvait les aider à la rouler ; sous-entendu un voisin, un passant, un homme quoi !
Car, dans leur esprit, c'est encore à elles, aux hommes de se frayer un chemin pour parvenir à Christ. A plus forte raison maintenant qu'il est mort et que tout est fini. C'est ce que serait la religion si Jésus n'était pas ressuscité : une affaire humaine. Une tentative humaine d'atteindre Dieu.

Or tout n'est pas fini. Ou plutôt si, mais tout recommence. Car les femmes ignorent encore que l'obstacle qui séparait les hommes de Dieu a été levé lors de la crucifixion. Dieu a agi.

Les initiatives divines.

Dieu roule la pierre qui le sépare des hommes.
L'être humain ne peut s'approcher de Dieu si Dieu ne vient premièrement vers nous. C'est lui, Jésus, qui est le chemin. C'est lui qui enlève les murs et les obstacles de séparation.
La pierre qui ferme le tombeau, c'est notre péché, notre volonté d'être seul ; et qu'elle est grande et lourde cette pierre ! Seul Christ peut la rouler loin du sépulcre.
Alors le tombeau, le chemin, est ouvert et il n'y a plus de mort. Et les femmes (et les hommes !) sont épouvantés. Car il manque quelque chose maintenant au programme. Le scénario ne correspond plus au planning. On s'y était habitué finalement à la mort, surtout sur le plan spirituel. Mais maintenant tout a changé ; Dieu a tout changé. Au lieu de la mort attendue, c'est la vie nouvelle qui apparaît en ce matin de Pâques.

Dieu crée la vie nouvelle.

Comme le grain de blé qui, mort, fait place à une nouvelle plante.
Pâques, ce n'est pas la vie qui continue, mais la création d'une vie nouvelle. De même l'Ecriture ne nous dit pas qu'il y a une vie après la mort, comme si la vie que nous connaissons devait durer, mais qu'il y a résurrection, vie nouvelle après la mort.
Jésus ne dit pas : Préservez votre vie car vous n'en avez qu'une, mais : Celui qui trouvera sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi, la retrouvera (Mat 10, 39).

C'est là le fondement même du message de Pâques et de l'Evangile. De même que le grain de blé ne peut donner du fruit sans mourir ; de même qu'il n'y a pas de résurrection sans mort ; de même que Christ est passé par la mort et la résurrection, il n'y a pas de vie nouvelle sans la mort du moi.

Comme le soleil se levait alors que les femmes allaient au tombeau ; à l'image de la lumière du premier jour de la création ; le Seigneur commençait une nouvelle création par la lumière de la résurrection.

Que sont devenues les aromates des femmes ? Le texte ne le dit pas.
Ces aromates n'ont plus aucun intérêt après la résurrection ; comme toutes nos initiatives pour améliorer notre mort devant Dieu. Car c'est ce que nous sommes : morts, et nous nous embaumons.
Tant que nous nous imaginerons que l'embaumement est la vie, il n'y aura pas d'espérance, pas de Pâques pour nous.

La vie a été plus forte que le péché et la mort. Et cette vie nous est donnée pour faire de nous de nouvelles créatures, et nous faire vivre la joie de Pâques.