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UNE SEULE CHAIR AVEC LE SEIGNEUR

Exode 20, 14 − 1 Corinthiens 6, 15 à 17 − 2 Corinthiens 11, 1 à 3 − Matthieu 19, 1 à 12   

Vous avez reconnu le 7ème commandement qui ordonne de ne pas commettre l’adultère.

Le mot adultère vient du latin adulterare qui signifie : altérer, falsifier. Commettre l’adultère, c’est falsifier une situation établie, c’est tromper.

Le dictionnaire (Petit Robert) définit l’adultère comme étant un rapport sexuel volontaire d’une personne mariée avec une personne autre que son conjoint. Et là, j’avoue que je ne sais plus trop de quoi on parle, bibliquement.

Qu’en est-il des personnes non mariées qui ont des relations avec des personnes mariées ? Les mariés seuls sont-ils coupables d’adultère ? Il semble que non, car en Deut 22, 22,  la loi prévoit qu’un homme non marié qui couche avec une femme mariée soit puni de mort.

Mais qu’en est-il, justement, des hommes ? Car la Bible, dans son entier, non seulement tolère, mais reconnaît sans difficulté la polygamie. Or, que peut bien être l’adultère d’un homme qui a le droit d’avoir plusieurs femmes ?  Ne peut-il commettre l’adultère qu’avec des femmes  mariées ? N’y aurait-il donc, en fin de compte, que les femmes mariées à pouvoir commettre l’adultère ?

Entre la reconnaissance de la polygamie et la sévérité de la loi à l’égard du célibataire qui commet l’adultère avec une femme mariée, on est un peu perdu.

Que veut donc dire ce commandement ?

Pourquoi a-t-il été écrit ?

Quelle est la portée spirituelle du 7ème commandement ?  (lire la suite)

Pourquoi ce commandement ?

Parce qu’il répond à la préoccupation majeure de l’homme (du mâle) en matière de procréation. Toute la démarche sexuelle de la Bible est motivée par cette question ; à savoir : comment être sûr que les enfants de ma femme sont mes descendants et non ceux du voisin ? C’est la question que l’homme (en tant que mâle, géniteur) se pose depuis qu’il a inventé l’agriculture et l’élevage. Car il est possesseur d’un patrimoine maintenant, et il n’est pas question que quelqu’un qui ne serait pas son descendant puisse être propriétaire de ce patrimoine.

Il fut un temps où le mâle ne savait pas qu’il y était pour quelque chose dans la procréation des enfants. Il existe encore des peuples qui vivent selon ces critères. Les enfants y sont, la plupart du temps, considérés comme des enfants du clan.

On croyait alors que les femmes avaient des enfants parce que c’était dans leur nature, parce qu’elles étaient bénies par une divinité quelconque, parce qu’elles s’étaient baignées dans telle rivière, qu’elles s’étaient assises sur tel rocher … etc. Des femmes en mal d’enfants accrochent encore des prières à certains arbres en Bretagne ou ailleurs. Ou bien, on croyait que les femmes avaient des enfants parce qu’elles s’étaient promenées au clair de lune. On connaît les correspondances des cycles de la lune et de la femme.

Mais depuis que le mâle veut transmettre son patrimoine à sa descendance, il « surveille » sa femme pour s’assurer de sa descendance. C’est ainsi que naît le mariage. Il est dépendant de la notion de possession.

Le 7ème commandement interdit l’adultère, car celui-ci brouille les données patrimoniales. Le père ne sait plus s’il est père (or, la Bible émane d’une société patriarcale), il ne sait pas pour qui il travaille, il ne sait pas si ses héritiers sont ses enfants (c’était le problème d’Abram. Gen 15, 3-4), son nom va s’éteindre au sein du peuple d’Israël. C’est pour éviter ce drame que la loi du lévirat est pratiquée en Israël (Deut 25, 5-6). Si le nom d’un homme est oublié en Israël, c’est son salut qui est en jeu, car, dans l’ancien Israël, le salut est mémoire. L’important est qu’on se souvienne de l’individu, d’où la valeur du nom. Or c’est par la descendance que le nom est propagé et connu. Dans l’ancien Israël, il n’y a pas de salut sans descendance.

Voilà où conduit un régime légaliste. Une loi masculine, qui plus est, qui rejoint la préoccupation initiale de la survie de l’espèce (en ayant le maximum d’enfants) et la sauvegarde du patrimoine personnel, en faisant en sorte que mes possessions restent dans ma famille. Car, à aucun moment dans ce système, on ne se préoccupe des intérêts de la femme, ni même de son salut. On considère, sans doute, qu’elle a le beau rôle, car elle, elle sait quels sont ses enfants. Et comme, de toutes manières, elle n’est pas propriétaire, la question du partage de son patrimoine ne se pose pas. Par contre, sa responsabilité reste entière en ce qui concerne la procréation, car, croit-on, le rôle de la femme est de mettre des enfants au monde, d’où le drame des femmes stériles dans la Bible.

Ce rôle transparait dans la question des Pharisiens à Jésus en Matthieu 19 : Est-il permis de répudier sa femme pour n’importe quel motif ? Et parmi ces motifs, celui de la stérilité est relativement courant ; car pour toutes les raisons évoquées plus haut, l’homme tient à sa descendance.

Quelle sera la réponse de Jésus ?

Jésus et le mariage.

Les Pharisiens demandent donc à Jésus s’il est permis de répudier sa femme. Et ils invoquent l’autorité de la loi de Moïse pour se donner le droit de répudier leurs femmes. C'est de ce désir toujours actuel de se protéger quoi qu'on fasse que naît le système législatif. L'homme se fait des lois qui lui donnent la possibilité de satisfaire légalement ses passions. C'est ce que répond Jésus aux Pharisiens : C'est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a donné le droit de répudier vos femmes (Marc 10, 5).

C'est l'intérêt personnel qui commande, et non la loi. En fait, la loi vient du cœur de l'homme, ou à cause de lui. La loi de Moïse n'a pas échappé à ce processus. Jésus enseigne que son origine est humaine et non divine.

Pour répondre aux Pharisiens, Jésus remonte au texte de la création, cite et approuve Adam. Car c'est Adam qui s'exprime en Gen 2, 23 et 24 et qui dit : Voici, cette fois, celle qui est os de mes os et chair de ma chair ! On l'appellera isha (femme) parce qu'elle a été prise de ish (homme). C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair.

Ensuite Jésus donne sa conclusion, sa loi : Que l'homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni ! (Mat 19, 6). Qu’est-ce que Dieu a uni ? Et qu’est-ce qu’être une seule chair ?

Adam a déclaré : L'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme. Le but c'est l'union, la communion, le fait d'être une seule chair. Jésus insiste sur ce point

C'est la raison du récit de la Genèse (au chap. 2) qui présente la création de la femme à partir de la côte de l'homme. On a voulu utiliser ce texte pour dire que l'homme était supérieur à la femme (1 Cor 11, 7 à 10), parce que celle-ci était issue de l'homme. C'est prêcher la division et non l'union, et donc s'opposer au sens fondamental du texte qui en tire une notion d'identité de chair et de nature.

Cette vision du texte s’oppose à l'interprétation que le Christ fait de ce passage. Pour lui, l'essentiel du texte de la Genèse réside dans le fait que Dieu a fait l'homme et la femme (Matthieu 19, 4). Ils ont donc une origine commune et ils doivent se retrouver dans la communion du mariage. Celui-ci est donc une institution dans laquelle les deux partenaires sont à égalité. Parce qu'ils sont déjà égaux en tant que créatures de Dieu.

Jésus évoque le mariage en termes de communion, d’amour, et non d’autorité.

Les disciples (et d’autres avec eux) en tirent la conclusion qu’il n’y a pas d’intérêt à se marier (Mat 19, 10). Le mariage selon Jésus implique trop de concessions, sans doute. Jésus dit alors que tous ne comprennent pas ce langage, mais seulement ceux à qui cela est donné. Nous ne sommes pas à égalité dans ce domaine.

Tous ne comprennent pas ce langage, car les hommes peuvent avoir différentes raisons pour ne pas se marier : une répulsion naturelle, une impossibilité physique ou le désir de se consacrer exclusivement à Dieu. Mais ce ne doit pas être parce qu’il n’y a pas d’avantages à être marié. Car, contrairement à l’origine historique du mariage, qui est issu d’un calcul avantageux pour le genre masculin (l’homme créant le mariage à partir de la volonté de contrôler la fécondité des femmes), Jésus considère qu’il n’y a pas d’avantage à rechercher dans le mariage, comme il n’y a pas d’intérêts (ou d’avantages) à rechercher d’être en communion avec Dieu. Ainsi la communion avec le conjoint et avec Dieu sont liées. Les deux doivent être sans intérêt Voilà pourquoi, l’homme naturel a de la peine à comprendre cette parole.

Le mariage est un lieu de communion et de service à l’image de la communion avec Dieu.

Paul dit aux Corinthiens que celui qui s’unit au Seigneur est avec lui un seul esprit (1 Cor 6, 17). Une union qui, dit-il, est dans l’esprit de l’union d’une seule chair entre mari et femme (v. 16). Dieu a fait de nous une seule chair et un seul esprit avec lui.

Le mariage est un lieu de communion et de service à l’image de l’amour du Christ pourson Eglise. Un amour qui ne demande rien, et qui ne fait que donner, se donner.

Nous sommes la fiancée du Christ. Cette relation est unique (2 Cor 11, 1-2) et ne disparaîtra pas (en tous cas de par la volonté divine), car Dieu nous aime et ne nous répudiera jamais. C’est pourquoi, Jésus est si opposé à la lettre de répudiation. Il est opposé à tout ce que l’être humain peut inventer pour créer des barrières entre Dieu et lui.

C’est la dimension spirituelle du 7ème commandement : un attachement à Dieu, sans calcul, sans intérêt ni avantage ; mais tout simplement par amour, parce que c’est lui et pas un autre.

Le 7ème commandement n’est pas réservé qu’aux personnes mariées, parce que, dans l’Esprit, il ne parle pas que du mariage. Ce que Dieu a uni, ce ne sont pas seulement les couples, mais lui-même avec l’humanité tout entière.

Le commandement parle de tous les liens que Dieu tisse, chaque jour, entre lui et nous. Il signifie que Dieu nous veut un avec lui comme l’homme et la femme ne sont qu’un dans le mariage. C’est cela l’aboutissement du développement spirituel. Tout ce que Dieu fait est dans ce but. Et il ne veut, à aucun prix, divorcer avec nous.