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QU'EST-CE QUE LA VERITE ?

Jean 18, 33 à 38 - 1 Pierre 1, 22 - Psaume 93

L’évangéliste Jean attache une importance particulière à cette rencontre entre Jésus et Pilate. Pour lui il s’agit d’un affrontement entre deux puissances, celle de ce monde et celle qui n’est pas de ce monde.
La scène se déroule dans le prétoire, résidence officielle du procurateur romain. Jésus vient d’être interrogé successivement par les Grands Prêtres Hanne et Caïphe durant la nuit et est conduit ligoté chez Pilate où il arrive au point du jour.
Pilate va et vient. La foule devient de plus en plus violente et Jésus domine son procès avec un calme souverain. Lui l’accusé conduit le procès. C’est tellement vrai que Jésus ne répond pas à la dernière question de Pilate mais reprend le début de l’interrogatoire.

La question de Pilate : qu’est-ce que la vérité a souvent été interprétée comme impertinente. Question d'un homme que l'expérience a désabusé. Mais pourtant, c'est la question que nous portons tous au plus intime de nous-mêmes.

Question qui nous fait vivre. Question qui nous caresse et nous blesse tout à la fois. Elle se trouve à l'origine de notre dynamisme. Nous la retrouvons aux sommets que nous gravissons. Or, il existe des milliers de vérités.

Le savant voit la vérité dans la nature des choses que lui font connaître ses expériences scientifiques. Le philosophe proteste en affirmant que la vérité ne se trouve pas dans les objets, mais dans les liens qui les rapprochent les uns des autres. L'artiste reconnaît la vérité dans la beauté.
Un autre la perçoit quand le dire et le faire sont ajustés l'un à l'autre, quand un homme ou une femme se tient debout, dans la transparence, sans duplicité. La vérité ne se possède pas; elle se cherche.
Nous ne pourrons jamais clôturer son domaine. La vérité est mystère. Elle se dit, mais les mots ne peuvent la contenir totalement. Vous croyez la tenir, mais elle s'échappe et appelle ailleurs. Vaste comme l'infini, elle se loge pourtant au plus intime de nous-mêmes. Inaccessible et pourtant si proche.

La théologie chrétienne a repris cette conviction que Jean nous rappelle : la Vérité n’est pas un discours abstrait, philosophique, mais cette affirmation simple qui est que Jésus de Nazareth est la Vérité et qu’avec lui cette affirmation, somme toute simple, s’est réalisée. En lui, par lui, le Royaume de Dieu s’est approché, s’est fait voir.

La différence entre le Christ et nous

Nous devons toujours mettre au centre de nos vies le fait que c’est le Christ qui est la Vérité.

Bien sûr le Christ ne nous est connu qu’à travers le témoignage des écritures. Nous ne pouvons pas mettre la main sur Lui.

Et même si nous devons nous approcher de ce qui nous vient de Lui à travers le texte, nous devons fuir l’idée que le texte biblique serait la Parole de Dieu. La Parole de Dieu, comme le dit Jean dans son prologue, c’est le Christ dont témoignent les Écritures. Et le danger du christianisme, dans ses variantes catholique ou évangélique, c’est de substituer d’autres éléments parasites. au fait que c’est le Christ qui est la Vérité
Et au risque de paraître irrévérencieux, il vaut mieux suivre le chemin de Pilate qui pose la bonne question , plutôt que de dire ce qu’est la Vérité. Les Églises ont la double tâche de présenter le Christ et de rappeler en même temps que c’est Lui qui est le centre de ce qui fonde leur existence.

La démarche religieuse est, souvent, de substituer au christ la tradition, les doctrines, les dogmes. Ceux que Jean appelle les Juifs, les représentants religieux. Ce sont eux que Jésus combat.
Ils font appel à leur tradition qui remonte à Abraham, d’autres font référence aux apôtres, aux conciles ou aux Réformateurs… Ils ont ainsi la Vérité et n’ont pas besoin de se soucier des avancées, des questionnements. Le danger qui guette ceux qui s’appuient sur la tradition est de ne permettre aucune liberté et de faire de la Vérité une chose qu’on doit asséner. Et cela, c’est finalement vouloir mettre la main sur Dieu lui-même.

La démarche évangélique présente dans toutes les Églises, est de faire de l’Évangile un faire. On confond ici le message et la personne. Pour être fidèle au christ, il faut accomplir ce que nous dicte l’évangile. On fait appel à la Bible, aux écritures, pour justifier des comportements. Bien sûr, l’Évangile nous mobilise pour être des hommes et des femmes qui annoncent et vivent de l’Évangile. Mais pas pour en faire l’accès normatif au salut. Le salut ne vient que de Jésus le christ et non de ce que nous accomplissons.

Il y a aussi, à l’extérieur des Églises une autre démarche qui est sans doute aujourd’hui très répandue et qu’on peut résumer sous le terme de l’indifférence. Beaucoup de personnes suivent ce chemin et prennent par rapport à la question de la vérité un style de vie qui n’a pas besoin de se poser cette question. Ils vivent comme des êtres qui n’ont pas cette préoccupation. Et c’est seulement dans des circonstances existentielles (la mort d’un proche par exemple) qu’ils peuvent penser et se poser cette question.

Que nous dit Jésus quand il dit qu’Il est la Vérité ?

Jésus revendique qu’il est, Lui, et pas d’autres qui pourraient parler en son nom, la Vérité : c’est-à-dire que Dieu est présent en lui, dans sa profondeur et son mystère.
Par là, il dit non pas qu’il est la Vérité parce que son message, sa prédication, son enseignement sont vrais mais l’inverse, que son enseignement est vrai parce qu’il exprime la Vérité qu’il est lui-même.

Et c’est un danger qui nous guette tous, dans les tâches de catéchètes que nous endossons, de faire de l’enseignement de Jésus La Vérité. Les Églises font souvent de l’enseignement de Jésus une nouvelle Loi et on leur demande souvent de dire ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. Jésus n’est pas un professeur de morale.

Les pasteurs, les théologiens ne doivent pas présenter Jésus comme la nouvelle Loi. On ne peut pas et on ne doit pas faire des paroles de Jésus des préceptes infaillibles qui enseigneraient comment nous pouvons calquer nos vies sur la sienne. L’histoire nous apprend que bien souvent les Églises se sont servies des paroles de Jésus pour en faire des doctrines qui finalement n’éveillent pas à la liberté mais à la soumission.

Où et comment rencontrons-nous la Vérité ?

La réponse ne nous est pas donnée dans ce passage, mais elle parcourt l’évangile de Jean. Comment l’atteindre ? En étant de la vérité, nous dit Jésus. Être de la vérité cela ne signifie pas forcément devoir obéir à des commandements, ou les pratiquer Alors, comment pouvons-nous être certains d’appartenir à la vérité ?

Il n’y a pas de réponse possible à cette question. Personne ne pourra vous dire que vous appartenez à la Vérité. Mais si vous vous posez cette question qui met en jeu toute votre existence, alors vous appartenez à la Vérité.

Elle peut vous conduire sur des chemins inattendus, hors des formules à apprendre par cœur, hors des conventions. Elle sera présente dans un morceau de musique, dans une parole que quelqu’un prononcera un jour pour vous, dans une rencontre. Elle peut se glisser dans une prédication.

Ces paroles entendues ne seront pas la Vérité elle-même, un fragment seulement, mais elles pourront vous emmener vers la Vérité.