• Imprimer

JUGES SELON NOS ŒUVRES ?

Ecclésiaste 12, 11 à 14 - Apocalypse 20, 11 à 13 - Matthieu 16, 24 à 27

La fin d’une année peut parfois faire surgir des réflexes religieux vieux comme le monde.
Par exemple : le besoin de faire le point, un bilan de l’année écoulée. Que faut-il retenir ? Que peut-on oublier ? C’est une sorte de jugement.

L’être humain s’est toujours fixé des échéances. Des sortes de butoirs qui l’obligent à faire des comptes. Il les fixe, ces échéances, aux occasions des rites de passage, par exemple. Mais surtout à l’approche de la mort.
La croyance en un jugement au moment de la mort est très ancienne, et se retrouve partout. Elle fait partie de la volonté de donner un sens à sa vie ; car si aucun bilan n’est fait, si tout se vaut, si aucun jugement n’est porté sur ce qui a été fait, cru et dit, si on ne peut faire le tri entre le positif et le négatif, le bien et le mal, a quoi cela a-t-il servi de vivre ?

Le jugement donne un sens à la vie. En croyant en un jugement, l’être humain se déclare supérieur à l’animal. Il élabore des règles et des lois qui constituent une base légale du jugement. Et comme l’homme ne peut juger des intentions, le jugement qu’il porte est basé sur les œuvres. On en trouve des traces dans la Bible.

Le jugement selon les œuvres dans la Bible.

La fin du livre de l’Ecclésiaste le rappelle. Nous l’avons lu au chapitre 12, verset 14 : Dieu fera venir toute œuvre en jugement sur tout ce qu’elle recèle de bon ou de mauvais.

Ce livre relativise pourtant les notions de bien et de mal : déclarant que tout est vanité et qu’il n’y a aucun avantage à tirer de ce qu’on fait sous le soleil (8, 11).

Comment concilier un jugement selon les œuvres avec le fait que l’homme ne tire aucun avantage de ce qu’il fait ? Peut-être en comprenant, selon Ecclésiaste 12, 14 que ce sont les œuvres qui sont jugées, et non les personnes, d’après leurs œuvres.
L’humanité serait amenée à comprendre des choses cachées, à tirer des conclusions, sans que cela soit un jugement sur les êtres humains, les condamne ou les sauve.
Cette idée rejoint 1 Corinthiens 3, 11 à 15, où le salut existe, au travers du feu qui juge les œuvres de chacun. Ce texte dit, en effet, ceci : Quant au fondement, nul ne peut en poser un autre que celui qui est en place : Jésus Christ. Que l’on bâtisse sur ce fondement avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin ou de la paille, l’œuvre de chacun sera mise en évidence. Le jour du jugement la fera connaître, car il se manifeste par le feu, et le feu éprouvera ce que vaut l’œuvre de chacun. Celui dont l’œuvre subsistera recevra un salaire. Celui dont l’œuvre sera consumée en sera privé ; lui-même sera sauvé, mais comme on l’est à travers le feu. La notion de jugement est donc beaucoup plus subtile, dans la Bible, qu’on ne le croit d’ordinaire.

Mais on ne peut passer sous silence toute l’histoire biblique, depuis Adam, Eve, Caïn … jusqu’à Ananias, Saphira, et bien d’autres, qui sont jugés et punis pour avoir mal agi, après avoir mal pensé.

Jésus lui-même parle d’un jugement selon les œuvres. En Matthieu 16, 27, il dit : le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; et alors il rendra à chacun selon sa conduite.
Il cite ici le Psaume 28, 4 : Traite-les selon leurs actes et selon leurs méfaits ! Traite-les selon leurs œuvres, rends-leur ce qu’ils méritent !
Ou le psaume 62, 12 et 13 : Dieu a dit une chose, deux choses que j’ai entendues, ceci : que la force est à Dieu, et à toi, Seigneur, la fidélité ; et ceci : que tu rends à chacun selon ses œuvres.
En Matthieu 25, 31 à 46 (le jugement des brebis et des chèvres), Jésus présente une sorte de jugement dernier basé sur les œuvres de charité. Même si ce texte cherche d’abord à établir un lien entre Jésus et le prochain.
Et la Bible s’achève par l’Apocalypse qui rappelle longuement ce thème du jugement selon les œuvres (2, 23 ; 20, 12 ; 22, 12).

Que penser de ces textes ?

Traditionnellement, l’être humain considère le jugement selon les œuvres d’après l’imagerie égyptienne antique de la balance : le cœur de Pharaon était pesé parallèlement à la loi.

On imagine, aussi, volontiers un jugement au cours duquel les bonnes œuvres seraient comparées aux mauvaises. Les plus nombreuses déterminant la destinée de l’individu. Mais, dans ce cas, toute personne sauvée l’est par ses propres mérites, et elle peut donc se glorifier de son propre salut.

Or l’Evangile enseigne que le salut est un don de Dieu :

  • Jean 3, 16 : Dieu, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.
  • Ephésiens 2, 8 et 9 : C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; vous n’y êtes pour rien, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des œuvres, afin que nul n’en tire fierté.

Et puis, au jour du jugement c’est Dieu qui est glorifié et non l’être humain. C’est ce qui est proclamé par le premier ange en Apocalypse 14, 7 : Je vis un ange qui disait d’une voix forte : Craignez Dieu et rendez-lui gloire, car elle est venue, l’heure de son jugement.

Quant à Jésus, il enseigne en Matthieu 5, 16 : Que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu’en voyant vos bonnes actions ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux.

Ce dernier texte révèle le but des bonnes actions des hommes : la gloire de Dieu.

Ce thème de la gloire de Dieu, et non celle des hommes, est une clef pour comprendre le jugement selon les œuvres : Dieu est donc glorifié au jour du jugement. A aucun moment, il n’est prévu que l’être humain puisse mettre en avant ses propres réalisations. Lorsque cela se produit dans les évangiles (Le Pharisien et le Publicain), l’orgueilleux subit les reproches du Christ.

Alors que, dans la pensée religieuse traditionnelle, le problème vient des mauvaises œuvres, selon le message de l’Evangile, ce sont les « bonnes œuvres » qui constituent un danger, parce que l’être humain a naturellement tendance à les présenter à Dieu pour en retirer quelques mérites, conciliation, avantages et gloire. Ce risque n’existe pas avec les mauvaises actions, car, au lieu de les présenter à Dieu, on cherche à les cacher.

Le jugement s’oppose donc à la nature orgueilleuse de l’être humain. En fait, à travers les œuvres c’est la nature humaine qui est jugée. Le jugement tait nos bonnes œuvres et révèle (peut-être) nos mauvaises actions.

Mais il ne faut pas imaginer un jugement comparable à un tribunal humain. La Bible emploie un vocabulaire habituel, parce qu’il n’y en a pas d’autres. Loin d’être instauré et organisé par Dieu, le jugement est personnel. C’est essentiellement une question d’état d’esprit. Dieu, lui, n’accuse personne.

Le jugement révèle un nouvel état d’esprit, selon lequel il nous faut taire, sacrifier ce que nous faisons de bien, et oser avouer à Dieu ce que nous faisons de mal ; ce qui nous met à l’abri de l’autojustification et de la glorification personnelle.
Sachant bien que lorsque nous parlons de bien et de mal, nous ne savons pas de quoi nous parlons, car, c’est nous qui mettons en avant notre morale pour déterminer ce qui est bien ou mal, mais nous ne le savons pas.

Accepter le jugement et correspondre à son esprit :
- C’est savoir que l’on ne sait pas.
- C’est accepter que Dieu juge nos œuvres d’une façon différente de nous.
- C’est ne pas s’attarder sur ce que nous sommes capables ou incapables de faire, mais sur ce que Dieu fait, car, c’est lui qui sera glorifié.

De tous temps, l’homme a voulu définir le bien et le mal, et punir ou glorifier en fonction de ce jugement. Ce qui a produit beaucoup d’abus de pouvoir et de nombreuses injustices. C’est le problème de fond de l’humanité.
Afin de lutter contre cet état de fait, Dieu dit qu’il juge nos œuvres. C’est lui qui le fait, pas nous !

L’être humain a voulu être Dieu en jugeant. C’est le contraire de la foi qui se confie dans le jugement de Dieu. En jugeant nos œuvres, Dieu détruit notre volonté d’être Dieu, et nous introduit dans l’état d’esprit du salut où personne ne se glorifie, et où chacun fait la démarche de la foi en se confiant dans le jugement de Dieu.

Ce jugement n’est pas dernier, un jour, à la fin, car, c’est chaque jour, qu’il faut :
- Se confier dans le jugement de Dieu (la foi).
- Savoir que nous ne sommes pas Dieu.
- Louer Dieu pour ses œuvres.
- Confesser nos fautes et ne pas nous glorifier.
- Taire les erreurs des autres et révéler leurs actes de bonté. C’est s’inspirer de Dieu lui-même.
- Savoir que la dignité d’une personne ne dépend pas de ce qu’elle fait, mais de l’amour que Dieu a pour elle.

Voilà ce à quoi Dieu veut nous conduire, en révélant qu’il juge nos œuvres.