SEL OU LUMIERE ?

Matthieu 5, 13 à 16 - Esaïe 55, 1 à 3 - 1 Pierre 2, 9 à 10

Jésus est au début de son ministère. Il est sur la montagne. Il parle à ses disciples. Il leur parle d'eux-mêmes. En fait, il fait un portrait du disciple.

Dans les 12 premiers versets de ce chapitre 5 de Matthieu, il leur disait que le bonheur est possible dans l'affliction et les persécutions. C’est l’un des messages des Béatitudes. Car ils vont en connaître, des temps difficiles, les disciples, et cependant, ils devront témoigner du bonheur profond que connaît le serviteur de Dieu. Un bonheur qui émane de l’espérance qui les habitera, de la critique de la satisfaction immédiate et du refus de la puissance dont ils témoigneront.

En un mot, plutôt que de vivre en éternels frustrés, parce que voulant tirer de la religion un pouvoir sur le prochain, ils connaîtront le bonheur d’être des serviteurs.

Ici, dans le texte que nous venons de lire, Jésus compare les disciples à deux éléments qui peuvent paraître contradictoires.

Vous êtes le sel ..., vous êtes la lumière, leur dit-il. Deux façons différentes de parler du disciple. Et non seulement différentes, mais mêmes opposées, selon les caractéristiques du sel et de la lumière.

Car le sel est invisible ; lorsqu'il accomplit son office, il est caché dans la nourriture. C'est là, invisible, qu'il est utile. Dans son pot, visible dans le placard, il ne sert à rien.
La lumière, elle, est visible. C'est son attrait principal. Non seulement elle est visible, mais elle rend toutes choses visibles. Elle doit rester visible, dit Jésus ; elle ne doit pas être mise sous le boisseau, sinon elle ne sert à rien.

Que veut dire Jésus en utilisant ces deux images contradictoires ?

On peut comprendre ce message de plusieurs façons :

  • Soit Jésus parle de deux sortes de disciples :
    • Le discret comme le sel.
    • Le rayonnant comme la lumière.
      Ce qui veut dire que les disciples ne sont pas tous semblables. Etre disciple n'implique pas une image et un comportement types. Dans l'Eglise, il y a de la place pour des leaders (des lumières) et pour des ouvriers de l'ombre (des disciples sels). Le texte ne dit pas, d'ailleurs, que les uns ont plus de valeur que les autres. Aucun jugement n'est porté par Jésus à l'égard du disciple "sel" ou du disciple "lumière". Ce qui m'interdit, à moi, de juger de la façon que mon frère ou ma sœur a d'être disciple. Pourquoi serait-il sel (ou lumière) comme moi ? Si Jésus prend ces deux images opposées, c'est bien pour qu’aucun disciple ne se prenne pour un critère de vérité.
  • Soit Jésus enseigne que le disciple du Christ n'est pas stéréotypé. Le même disciple peut être sel ou lumière, selon les circonstances, ou selon les personnes auprès desquelles il témoigne. Parce que, dans certains cas, il faudra frapper les consciences par des paroles et des engagements forts, et donc être plutôt lumière. Face à d'autres personnes, il faudra prendre son temps et agir sans se faire remarquer, comme le sel. C'est une question d'amour du prochain. C'est lui, le prochain, qui nous commande d'être sel ou lumière.
    C'est ce que Jésus a manifesté : il était parfois lumière, illuminant la foule de ses miracles et de son enseignement ; il était parfois sel, priant dans le désert, ou silencieux dans le peuple. Le disciple s'inspire de l'attitude du maître.

 

Que les disciples soient sel ou lumière, ils ont la même mission à accomplir, à savoir : diffuser, témoigner.

Le sel le fait de l'intérieur, incognito. En se perdant, à vues humaines car, lorsque le sel a donné du goût, il n'est plus récupérable.

La lumière le fait à la vue de tous, et éclaire tous.

Les œuvres du sel et de la lumière sont fondamentales et complémentaires : l'un donne une saveur chrétienne, du goût, à la vie, l'autre révèle ce qui est caché et indique un chemin, une direction à prendre.

Dans les deux cas, le disciple doit œuvrer partout. Le texte dit bien : Vous êtes le sel de la terre ; Vous êtes la lumière du monde.

En effet, la lumière n'est vraiment utile que lorsqu'elle éclaire toute la surface. Dans une pièce mal éclairée, par exemple, il est impossible de faire un nettoyage complet et efficace. D'autre part, dans un plat, si le sel est tout au même endroit, la partie non salée n'est pas bonne, et là où il y a trop de sel, c'est immangeable.

Le disciple ne choisit donc pas les limites de son œuvre. Là encore, elles lui sont indiquées par le prochain.

Jésus encourage ses disciples à accomplir cette mission, sinon la raison même du disciple disparaît. Le disciple qui ne témoigne pas de l'œuvre de son maître est semblable à du sel qui n'a plus de saveur, ou à une lumière cachée ; et ce n'est plus un disciple.

 

Nous sommes tous différents.

Ne pas le reconnaître c'est vouloir mettre tout le monde dans le même moule, prêcher l'uniformité et tendre vers la dictature.

Par les images utilisées par Jésus pour parler de la personne humaine, l'Evangile reconnaît et consacre cette différence.

Qui que nous soyons, nous qui autrefois ne faisions pas partie du peuple de Dieu, nous sommes maintenant le peuple de Dieu. Nous qui n’avions pas obtenus miséricorde, pour nous la porte de la miséricorde s’est ouverte (1 Pierre 2, 10).

Que vous soyez sel ou lumière, vous faites tous partie de la maison du Seigneur. Ne perdez pas de vue que votre mission est de donner du goût ou de briller.