LE MIRACLE DES OUTRES CHANGEES EN VASES

Jean 2, 1 à 11 - Matthieu 9, 14 à 17 - Jérémie 13, 12 à 14

Le troisième jour … Le troisième jour après quoi ?

Le troisième jour après le chapitre premier, consacré au choix de ses disciples par Jésus. Et notamment 3 jours après la déclaration de Jésus à Nathanaël : « Parce que je t’ai dit que je t’avais vu sous le figuier, tu crois. Tu verras des choses bien plus grandes. »

Il faut dire que ce fut un grand tournant dans la vie de ces hommes, que de suivre le Christ. Ils allaient être changés, transformés par cette relation nouvelle. C'est ce que veut nous dire, dès ce chapitre 2, le récit des noces de Cana.

Jésus est invité à des noces à Cana.

Il est invité avec sa famille, puisque Marie est là. Sans doute sa famille était-elle liée aux nouveaux époux.

Par contre, il est plus étrange que Jésus soit invité avec ses disciples, car les disciples ne sont pas de la même famille. Certes, les mariages, dans cette région du monde, sont des fêtes qui durent plusieurs jours et il n'est pas nécessaire d'être très proche pour être invité. Mais l'auteur du texte inclut les disciples dans l'épisode parce que celui-ci illustre ce changement qui s'opère dans leur vie. C'est la raison pour laquelle le passage se termine en mentionnant la foi des disciples qui crurent en lui (2, 11). On a donc une mention des disciples au début du récit et une mention à la fin. Toute cette histoire illustre donc l’expérience des disciples, à cette occasion.

Tout va donc bien. Jésus commence son ministère sous les meilleurs auspices, puisqu’il est invité à une fête. C'est la joie, la communion, l'amour … Puis c'est le drame !

Un problème se pose : il manque du vin. On peut imaginer le désarroi des organisateurs de la fête, car il est honteux de ne pas avoir prévu suffisamment de quoi nourrir et désaltérer les invités. C'est toujours vrai, même en occident ; mais encore plus au Moyen Orient où l'hospitalité est reine.

Marie intervient et prend une initiative. Elle doit être proche des mariés pour jouer ce rôle, sinon c'est un manque de respect à leur égard que d'interférer ainsi dans leurs affaires. Aurait-elle tendance à se mêler de ce qui ne la regarde pas ?

En disant à Jésus qu'il n'y a plus de vin, elle lui propose d'intervenir et d'arranger la situation. Il est important de noter que Marie dit, littéralement, à Jésus : Ils n’ont pas de vin, et non : Ils n’ont plus de vin. Nous savons, par la remarque du maître du repas au marié, que les invités ont déjà bu du vin, et que le souci présent correspond à un manque passager. Mais l’auteur du récit veut rendre une lacune fondamentale dans la vie de ces gens ; ils vivent sans Evangile, sans grâce, sans amour : ils n’ont pas de vin !

Pourquoi Marie prend-elle l’initiative de s’adresser à Jésus ?

Parce qu'elle ne peut pas laisser ses amis sombrer dans le déshonneur sans rien faire. Parce qu'elle sait que Jésus peut faire quelque chose, ou, du moins, l'espère-t-elle. Surtout si, comme l’auteur semble le faire ressortir, il n’y a, dans cette assemblée, rien qui soit motivé par la grâce. La courte intervention de Marie auprès de Jésus est de l'ordre de la prière.

Marie a, peut-être pressenti que c'était l'heure. Attendait-elle ce moment depuis longtemps ? Car les éléments montrant le destin particulier de Jésus se sont accumulés en celle qui gardait toutes ces choses dans son cœur (Luc 2, 51), et la question a pu naître dans la pensée de Marie : Quand va-t-il oser ? Quand va-t-il se lancer ? Est-ce déjà l’heure ou pas ?

Mais Jésus répond étrangement à sa mère : Que me veux-tu, femme ? Ou littéralement : Femme, qu'y a-t-il entre toi et moi ? Mon heure n'est pas encore venue. C'est une façon polie de dire : Occupe-toi de tes affaires.

Pourquoi cette réponse ? Son heure est pourtant venue ! A moins que Jésus fasse allusion à l'heure de sa mort, comme chaque fois qu'il utilise cette expression dans d'autres passages des évangiles. Le vin fait déjà référence à la mort, comme lors de la cène.
L’heure de Jésus a-t-elle sonné ? Tout dépend de quelle heure on parle ! S’il est question de la mort de Jésus, alors Jésus a raison, son heure n’est pas encore venue. Mais s’il s’agit de l’heure de son ministère, alors Marie a bien senti que c’était le moment.
Cependant, par sa réponse, Jésus ne souhaite pas que sa mère interfère dans son ministère, parce que la prédication de l'Evangile n'est pas une affaire de famille. Ce n'est même pas une démarche humaine. C'est Dieu qui apporte l'Evangile, non les hommes. C'est à Dieu de déterminer les temps et les moments.

Marie a compris. Elle remet la situation à Jésus. Faites ce qu'il vous dira, dit-elle aux serviteurs. Cette parole est une manifestation de foi. Celle-ci ne consistant pas à obtenir gain de cause à force de prières, mais à persévérer dans la confiance, même si Dieu ne répond pas à nos demandes selon notre volonté.

Jésus intervient et change l'eau en excellent vin. Il a rendu service à des amis. C'est peut-être la raison principale pour laquelle il a finalement répondu à l'attente de Marie. Car le Christ agit toujours par amour. Mais comme tous les miracles de Jésus, ce geste signifie aussi quelque chose. En ce sens les miracles de Jésus sont des signes.

 

La signification du miracle de Cana est fonction du sens des éléments qui le composent.

Ainsi que peut signifier l'eau ? Elle revêt plusieurs interprétations dans les Ecritures :

  • Dans le texte des noces de Cana, l'eau vient des hommes. Ce sont les serviteurs qui remplissent les vases d'eau. Or cette eau n'a aucun intérêt, puisque c'est du vin que l'on recherche ; et non de l'eau.
  • L'eau est le signe de quelque chose d'humain qui ne suffit pas. Comme l'eau du puits de la samaritaine qui n'étanche pas la soif (Jean 4, 13) et que cette femme doit venir puiser au puits, tous les jours.
  • L’eau est le symbole des traditions, des religions humaines qui se donnent des prétentions de vérité, mais qui n'ont rien de Dieu. D’ailleurs, dans le cas présent, cette eau (et les vases qui la contiennent) servaient aux purifications juives. Ou, autrement dit, cette eau est le signe d’une ancienne façon (par le rite) de manifester l’adoration due à Dieu.
  • En poussant l'image à l'extrême, l'eau représente finalement, dans certains textes, le péché, le mal. Dans ses reproches à ses contemporains qui sont rebelles, avides, calculateurs et injustes, Esaïe dit : votre vin a été coupé d'eau (Esaïe 1, 22). L'eau représente ici ce mal qui consiste à mélanger l'humain au divin, à faire croire que l'action de l'homme a autant de valeur que celle de Dieu.

Quelle est la signification du vin ?

  • Le vin vient de Dieu. C'est Jésus qui, en Jean 2, a créé ce vin et l'offre aux hommes.
  • Il est le symbole de l'Evangile. Le Christ le propose comme signe de son sang dans la cène. Ce sens est peut-être dépendant de l'utilisation que l'on faisait du vin, à l'époque, comme désinfectant (voir la parabole du bon samaritain où ce dernier soigne les plaies du blessé avec du vin et de l’huile : Luc 10, 14). C’est empiriquement que l’on soigne avec du vin, car on ne connaissait ni les microbes ni l’action de l’alcool sur eux. Mais on agit ainsi, par opposition, sans doute, à l'eau qui comportait des risques de pollution.

Et les vases ? Ont-ils un sens ici ?

De nombreux textes établissent un lien entre le vase et la personne humaine. Celui de Jérémie 13, 12 et 13 est l'un des plus explicites : Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d'Israël : tous les vases seront remplis de vin ... je remplirai tous les habitants de ce pays ... je les briserai les uns contre les autres.

Ce texte est choquant. Si le vin est le signe de l'amour de Dieu, se peut-il qu'il occasionne la ruine et le malheur ? L'Evangile détruit-il ? Dans certains cas, oui ! Lorsque les vases sont de vieilles outres. Quand on y verse le vin nouveau de l'Evangile, les outres sont détruites ; comme le dit Jésus en Mat 9, 17. C’est pourquoi, dans cette parabole du vin nouveau et des vieilles outres, Jésus dit qu’il ne faut pas le faire, mais qu’il convient d’abord de changer les outres et de remplacer les vieilles outres par des neuves. C'est une œuvre de salut, car, de même que le Seigneur changea l'eau en vin, il veut changer nos outres en vases précieux. C'est cela le vrai miracle de Cana ; et de tous les jours. L'Evangile doit détruire nos outres pour une nouvelle création.

 

Le miracle de Cana est signe de vie nouvelle.

C'est à la fois un don et un appel de Dieu. Car rien ne peut naître en nous sans le don de la grâce. Mais tout dépend de la façon dont je reçois l'Evangile :

Si j'adhère avec joie à la nouveauté de la vie qui m'est donnée, alors l'Evangile est bien pour moi Bonne Nouvelle, et le vin du Seigneur me fait déjà participer au festin de ses noces.

Si je coupe le vin de l'Evangile avec l'eau de mes tendances humaines et de mes conceptions personnelles, voulant rester moi-même, parce que je me juge trop parfait pour disparaître. Alors l'appel du Christ est un jugement pour moi.

Dans tous les cas, je suis invité à répondre à la question suivante : Quelle est la vie la plus précieuse à mes yeux ? La mienne, celle que je gagne par mes faits et gestes ? Ou celle du Christ que Dieu me donne gratuitement ?

 

Tel fut, à Cana, le commencement des signes de Jésus.

Les disciples surent qu'une vie nouvelle commençait, et qu'elle leur était donnée gratuitement. Tout ceci se passe le 3ème jour, c’est-à-dire comme une résurrection. N'est-ce pas déjà cela le miracle ? Recevoir une vie que l'on n'a pas gagnée et voir de vieilles outres changées en vases précieux. Là est le vrai miracle de Cana.