LE MESSIANISME DE JESUS PROCLAME

Matthieu 2, 1 à 11 - Philippiens 2, 5 à 11 - Psaume 118

Quel est l'intérêt de ce texte ? Pourquoi est-il dans les évangiles ? On le retrouve, d'ailleurs, dans les 4 ; ce qui peut souligner son authenticité, et son importance.
Si ce texte est important, en quoi l'est-il ? Ce récit nous apprend-il quelque chose en ce qui concerne Jésus ?

Jésus est au centre de ce récit. Il entre à Jérusalem monté sur un âne. Jusque là, rien d'extraordinaire ; beaucoup de gens devaient entrer à Jérusalem, juchés sur des ânes. Pourquoi, tout à coup, la plupart des gens de la foule étendent-ils leurs vêtements sur le chemin et chantent-ils en agitant des branches ?
Tout est là. C'est ici la particularité de l'événement. La réponse à cette question nous donnera, sans doute, l'intérêt du texte.

La foule chante en l'honneur de Jésus. Et que dit-elle ?
Hosanna au Fils de David !
Béni soit, au nom du Seigneur, celui qui vient !
Hosanna au plus haut des cieux !

C'est une reprise des versets 25 et 26 du Psaume 118 ; nous y reviendrons. Que veulent dire ces mots ?

Hosanna est la transcription d'une forme tardive de l'hébreu hoshia'na ; qui signifie : donne le salut. Le psaume 118 présente la même construction : le verset 26 commence par les mots : Béni soit celui qui entre au nom du Seigneur ! Alors que le verset 25, qui précède, se termine par : Seigneur, donne la victoire ! Donne, Seigneur, donne le triomphe !

Et que veut dire : Fils de David ? C'est l'expression employée, depuis les prophètes, pour désigner le Messie. Surtout lorsque l'on insiste sur sa dignité de roi. Or, le Messie, c'est l'envoyé de Dieu, le libérateur, le Sauveur. La phrase suivante : celui qui entre au nom du Seigneur, exprime la même idée ; selon les principes de la poésie hébraïque basée sur la répétition.

Béni soit …
Qu'est-ce que bénir ? Il suffit de décomposer le terme bénédiction pour répondre. La bénédiction est la diction du bien. Bénir, c'est dire du bien de quelqu'un ; c'est louer. En l'occurrence, c'est dire du bien de celui qui entre … Sous-entendu, dans la ville.

La foule chante encore : Hosanna au plus haut des cieux ! Une phrase qui n'apparaît pas dans le psaume 118. Nous avons vu que le terme Hosanna signifie : donne le salut !
Cette expression est donc une prière demandant que le salut soit donné, proclamé dans les cieux. Autrement dit, la venue du Messie dépasse le cadre terrestre. Le salut du ciel en dépend aussi. Ce qui se passe a donc une dimension cosmique.

La foule chante donc :
Louons le Messie qui vient au nom de Dieu. Il est celui par lequel Dieu sauve les cieux et la terre.

C'est une louange extraordinaire. Pour dire cela, la foule reprend le Psaume 118, en ajoutant la dimension cosmique. Ce psaume était chanté à l'occasion de l'entrée à Jérusalem d'un roi victorieux ou d'un libérateur. Mais, dans le Psaume, on ne trouve pas, non plus, l'expression : Fils de David ; alors que les rois (descendants de David) étaient souvent appelés ainsi.
Il semble que ce nom n'était pas attribué à n'importe quel roi ou libérateur. La dignité du Fils de David ne reposait pas que sur l'ascendance davidique ou la valeur militaire. Le Fils de David doit aussi manifester le lien qui existait entre David et Dieu ; c'est-à-dire, la spiritualité.

C'est ainsi que, peu à peu, l'expression Fils de David a été réservée au Messie. C'est pourquoi on ne l'a retrouve pas dans le Psaume 118 qui était chanté pour des rois et des princes.
Pour la foule de Jérusalem, l'utilisation de l'expression Fils de David implique la reconnaissance du Messie en Jésus de Nazareth. Pour les habitants de Jérusalem, Jésus est plus qu'un roi terrestre, il vient du ciel. Reprenant le Psaume 118, et le modifiant, la foule loue le libérateur donné par Dieu. Elle voit en lui le Messie. Elle proclame l'universalité de son salut.

On pose alors la question : Qui est-ce ? (v. 10)

Comme dans le Psaume 24 qui chante l'entrée du roi de gloire (v. 7). Le verset 8 pose la question : Qui est ce roi de gloire ? Et la réponse vient : l'Eternel fort et puissant.
Ici la foule répond : C'est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée (Matthieu 21, 11).

Mais la question initiale demeure : Pourquoi cette entrée triomphale de Jésus à Jérusalem ? Pourquoi fallait-il que ces mots soient prononcés ?

Car il le fallait, en effet. Luc mentionne la remarque des Pharisiens à Jésus : Maître reprend tes disciples (19, 39) ; et la réponse de Jésus : Je vous le dis, s'ils se taisent, les pierres crieront (v. 40).

Il fallait donc que Jésus soit acclamé ainsi. Cela ne lui ressemble pas. Jésus est si humble, si prêt à servir. Comment peut-il accepter cette fièvre, ce débordement d'enthousiasme à son égard ?

Il fallait que le messianisme de Jésus et son rôle rédempteur soient proclamés, à ce moment là, avant la passion. Pas pour exercer une pression sur le sanhédrin, comme le font, parfois à l'heure actuelle, des manifestants devant les palais de justice, afin d'influencer les juges. Jésus n'a jamais utilisé ce genre de moyen.

Il fallait que le messianisme de Jésus et son rôle rédempteur soient proclamés, pour servir de témoignage ; afin que tout le monde sache que celui qui était crucifié était bien le Messie, le Sauveur envoyé par Dieu.

Il n'y a pas eu d'erreur, de changement de personnes entre les deux événements. Le crucifié n'a pas usurpé l'identité du Messie ; contrairement à ce qu’enseigne l’islam, par exemple. Cette religion dit, en effet, que Jésus n’a pas été crucifié. Qu’avant de l’être, il a été mis à l’abri par Dieu et que quelqu’un d’autre a été crucifié à sa place. Il n’est donc pas possible aux disciples de Jésus de dire que Jésus est mort à leur place, puisque quelqu’un serait mort à la place de Jésus.

Pourquoi l’islam enseigne-t-il cela ? Parce que l’islam est une religion de la victoire et de la domination. Or, les musulmans reconnaissent Jésus comme un prophète. Et pour eux, il est inacceptable d’admettre qu’un prophète puisse mourir sur une croix. Dieu ne peut pas accepter la défaite de ses fidèles ainsi.
De la même façon qu’Allah ne peut s’incarner - les ulémas (théologiens de l’islam) disent que se serait trop humiliant pour lui - un représentant de Dieu (un prophète) ne peut pas perdre.

C’est la grande différence entre l’Evangile et une religion humaine. La religion inventée par les hommes est suscitée pour conduire les individus à la victoire, à la domination sur tous ceux qui ne voient pas les choses comme les artisans de cette religion. Cette religion est certes suscitée pour présenter une sorte de victoire sur la mort. C’est ainsi que, comme les chrétiens, les musulmans peuvent dire que Jésus est vivant ; mais ils ne peuvent témoigner de sa résurrection, car, pour eux, Jésus n’est pas mort.
Trop attachés à leur survie, ces croyants-là considèrent que Dieu réagit comme eux : il garde sa vie ; alors que le Dieu de l’Evangile ne gagne pas sa vie, il la donne.

En ce jour des Rameaux, le peuple en est témoin. C'est bien lui qui l'a reconnu et acclamé, en toute liberté, sans pression d'aucune sorte.
La foule ne peut pas dire : Nous pensions qu'il était le Messie. Il l'est vraiment.
L'entrée de Jésus à Jérusalem place le peuple devant ses responsabilités. Jésus prend la foule au sérieux. Si elle a loué le Christ, pourquoi l'a-t-elle crucifié 8 jours après ?

Dieu ne cache pas son plan à l'humanité. Il ne lui fait pas croire ce qui n'est pas. Tous les éléments qui interviennent dans la rédemption doivent être connus ; notamment l'identité de celui qui accomplit la mission. C'est pourquoi il fallait que le messianisme de Jésus soit proclamé quelques jours avant la passion. Personne ne devait pouvoir dire : Je ne savais pas. C'est pourquoi ce récit est important.

Ce récit est important aussi, parce qu’il proclame que c’est bien le Messie (l’incarnation de Dieu, le sommet de la Révélation divine) qui a été crucifié à Jérusalem il y a bientôt 2000 ans.
Et qu’en acceptant de mourir, Jésus se tenait à l’écart de toute religion et idéologie d’asservissement du prochain, comme de toute recherche de la gloire personnelle.

Ce récit de l’entrée de Jésus à Jérusalem semble aller dans le sens d’une recherche de la gloire de la part de Jésus, tant il accepte les honneurs que lui décerne la foule. Mais, en fait, c’est un témoignage d’amour et d’abandon de soi. C’est le messie glorieux, le Fils de Dieu qui donne sa vie.