LES TROIS REGARDS DE JESUS

Marc 10, 17-27 ; Psaume 85 ; 1 Jean 3, 1-3

Jésus nous regarde, il nous observe. Il le fait vraiment, en prenant son temps, en nous étudiant au plus près. Non pas comme nous regardons les autres, distraitement, en pensant à autre chose …

D’ailleurs, comment regardons-nous les autres ? Est-il possible de nous inspirer du regard de Jésus dans le texte que nous venons de lire ? Car dans cette rencontre avec l’homme riche, Jésus le regarde cet homme, et il regarde aussi les disciples. Comment les regarde-t-il ?
Que signifie le regard de Jésus à cette occasion ?

Tout commence par une rencontre.
Un homme pose une question à Jésus : Que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle en partage ? C’est la question basique, typiquement religieuse. La question incontournable, tant le sujet intéresse l’être humain. C’est qu’il est question d’immortalité.
C’est une question tellement évidente, que nous la poserions, nous aussi à Jésus si nous étions à la place de cet homme riche. Et Jésus nous répondrait, peut-être, comme il répond à l’homme riche ; mais peut-être pas, car sa réponse est dictée par ce que lui dit son regard sur nous. Nous sommes tous différents les uns des autres. Voilà pourquoi Jésus prend son temps pour nous regarder.
Je suis très impressionné par la psychologie de Jésus qui, par là-même, est capable de comprendre les raisons profondes d’une question ou d’un argument. De saisir les fondements d’une personnalité, et de répondre en tenant compte de tout ce qu’il a découvert par un regard.
Jésus choisit de répondre à l’homme riche en lui proposant les commandements de la loi. Il lui dit, en effet : "Tu connais les commandements : Tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage, tu ne feras de tort à personne, honore ton père et ta mère."
Pourquoi cette réponse ?
Peut-être, parce que ne connaissant pas encore cet homme, a-t-il besoin de découvrir son désir profond. Ce qui se cache derrière sa question. Pourquoi cet homme pose-t-il cette question ? Alors qu’il reconnaît en Jésus un être bon, et que cela devrait lui suffire pour le suivre.
D’autre part, en Juif pieux, le premier réflexe de cet homme, en matière religieuse, est de se référer à la loi. Quelle est son attitude par rapport à la loi ? S’est-il seulement posé la question ? A-t-il pris conscience que la loi ne répond pas aux besoins fondamentaux de l’individu ? Placé devant la loi, va-t-il mettre sa confiance en elle, ou découvrir qu’elle ne répond pas à son attente ? Va-t-il avouer son manque malgré la loi, ou penser qu’elle peut le combler ? Ce sont toutes ces questions auxquelles Jésus tente de répondre en mettant cet homme devant la loi. Cela fait partie du regard de Jésus sur lui.
Dans sa réponse : Maître tout cela, je l’ai observé dès ma jeunesse, l’homme riche avoue que l’observation de la loi ne remplit pas sa vie. En tous cas, cette obéissance ne comble pas ce qui lui manque. Un manque qu’il avoue éprouver, chez Matthieu, en ajoutant : Que me manque-t-il encore ? (Mat 19, 20). Une phrase avec laquelle Jésus est tout-à-fait d’accord, puisqu’il ajoute : Une seule chose te manque. C’est là qu’intervient le premier regard de Jésus.


Le premier regard de Jésus.
Jésus le regarda et se prit à l’aimer. Ne l’aimait-il pas déjà ? Si, car, comme je le disais déjà plus haut, on ne peut amener quelqu’un si loin dans la connaissance de lui-même sans l’aimer. Mais il y a des degrés dans l’amour. Il semble que la confession de son manque, par cet homme, ait décuplé l’amour que Jésus lui porte. Car, avouer que la loi, les interdits, les règles, en un mot : la religion ne comble pas l’existence remplit Jésus d’espérance. C’est comme ouvrir une porte devant lui. Une porte par laquelle l’amour de Dieu peut se répandre et transformer la vie.
Ce premier regard de Jésus est la première expérience par laquelle passe le chrétien. Or il est bien dit que Jésus le regarda et se prit à l’aimer. La première expérience du chrétien c’est de se savoir aimé de Dieu. Il n’y aurait rien, pas de salut possible, pas de pardon, de réconciliation, de relèvement, de nouvelle naissance, de résurrection, de nouvelle vie, sans ce regard d’amour du Christ et de Dieu.
La part de l’être humain est d’accepter ce regard d’amour. Or, si tout être humain a besoin d’être aimé pour être équilibré, certains ne le savent pas et refusent d’être aimés. Et ils remplacent alors l’amour de Dieu par quantité d’autres « moyens de salut ». Et ils ne peuvent vivre l’amour, parce qu’ils ne l’ont pas reçu.
L’homme riche n’a pas pu vivre l’amour du prochain. Ce qui lui aurait permis de donner ses biens aux pauvres. Il n’a pas pu vivre l’amour du prochain, parce qu’il n’a pas cru qu’il était aimé de Dieu, malgré le regard de Jésus.C’est cet amour qui lui manquait, quand Jésus lui dit : Une seule chose te manque. C’est pourquoi il est reparti tout triste.
C’est alors qu’intervient le deuxième regard de Jésus.


Le deuxième regard de Jésus.
Il est écrit (au verset 23) : Regardant autour de lui, Jésus dit à ses disciples : « Qu’il est difficile à ceux qui ont les richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ».
Jésus regarde autour de lui. C’est-à-dire qu’il regarde tous les présents, n’importe qui, ou tout le monde. Et son regard accompagne ses paroles. En effet, ses paroles sont générales. Pour toutes celles et tous ceux qui ont les richesses, il est difficile d’entrer dans le Royaume. Peu importe les expériences précédemment vécues par ces personnes. Peu importe le genre de richesses dont il est question ici : que ce soit des richesses matérielles ou idéologiques.
Les disciples sont déconcertés par ses paroles (v. 24). Car, pour eux, comme pour tous les religieux de l’époque, il va de soi que la présence de richesses implique la bénédiction de Dieu. Il y aurait donc dans la façon que Jésus a de s’exprimer, une sorte de contradiction. Comment pourrait-on être à la fois riche et hors du royaume de Dieu ? Puisque tout le monde est convaincu (à l’époque) qu’être riche c’est être déjà dans le royaume.
Les paroles de Jésus vont de paire avec son regard. Tout autour de lui, Jésus regarde tout le monde. De même, pour tout le monde, être riche c’est être déjà dans le royaume de Dieu.
Le deuxième regard de Jésus implique non plus l’amour de Dieu, mais la difficulté à entendre une parole différente, à sortir des sentiers battus, à voir les choses autrement, à avoir le regard de Dieu.
Le regard de Jésus exprime ici la difficulté à entrer dans la démarche de Dieu. Au point que Jésus le dit une deuxième fois, et qu’il rajoute l’image du chameau qui passe par le trou d’une aiguille. Ce qui serait, aux dires de Jésus, plus facile qu’à un riche d’entrer dans le Royaume, mais qui s’avère tout-à-fait impossible à vue humaine.
C’est là qu’intervient le troisième regard de Jésus.


Le troisième regard de Jésus.
Il repose essentiellement sur les disciples. Ces derniers sont de plus en plus impressionnés (v. 26), car Jésus vient de passer de la difficulté à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu, à l’impossibilité de le faire, puisque c’est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille. Or, pour les disciples (et leurs contemporains), si les riches ne peuvent entrer dans le Royaume, personne ne peut y entrer. Alors la question se pose ; et les disciples la posent à Jésus : Qui peut être sauvé ?
Jésus fixe son regard sur les disciples et leur dit : Aux hommes, c’est impossible, mais pas à Dieu, car tout est possible à Dieu (v. 27).
C’est une déclaration fondamentale. Aussi importante que celle du premier regard de Jésus, relative à l’amour de Dieu pour l’être humain.
Tout l’Evangile se trouve dans cette déclaration. D’après elle, il est clair que :
L’être humain n’a pas la capacité de se sauver. Aux hommes, c’est impossible, dit Jésus.
Tout salut repose en Dieu. Seul Dieu peut sauver les êtres humains, qu’ils soient riches ou pauvres, malades ou bien portants, capables ou incapables, expérimentés ou non.
L’être humain est invité à croire à cette déclaration, et donc à faire confiance à Jésus et à Dieu.
Pourquoi Jésus fixe-t-il les disciples en priorité ? Dieu n’agit-il pas pour tous les êtres humains ? Il n’y a pas, en effet, des personnes sauvées par grâce et d’autres sauvées autrement. L’apôtre Paul dit aux Romains (3, 22-24) : il n’y a pas de différence : tous ont péché, sont privés de la gloire de Dieu, mais sont gratuitement justifiés par sa grâce, en vertu de la délivrance accomplie en Jésus Christ.
Jésus fixe les disciples en priorité, peut-être parce que les disciples sont arrivés, par la pédagogie de Jésus, au stade de la prise de conscience de l’impossibilité de se sauver soi-même. Or, tout le monde n’y est pas arrivé. Ils sont donc mûrs et aptes à recevoir ce regard de Jésus.
Jésus fixe les disciples en priorité, parce que les disciples sont aussi des envoyés pour proclamer ce message d’amour, de réconciliation, de pardon et de paix. C’est le rôle du disciple : être un relais du maître. Or, nous sommes tous des disciples. Nous recevons donc tous ce triple regard de Jésus.


Ces trois regards de Jésus accompagnent le cheminement de la grâce.
Tout d’abord, nous sommes aimés. Nous avons vu que tout part de là. C’est le premier maillon de notre programme en vue de 2017 : Nous croyons que nous sommes aimés de Dieu.
Ensuite, nous prenons conscience de la difficulté à voir les choses comme Dieu les voit.
Puis nous apprenons qu’il ne nous est pas possible de trouver la solution à nos problèmes tout seuls, mais que notre seul espoir de salut se trouve en Dieu.
A chacun de ces niveaux, Jésus nous accompagne de son regard bienveillant. Chacun de ces regards nous dit que Dieu nous aime.
L’homme riche l’avait finalement déclaré lui-même. En effet, il appelait Jésus : Bon Maître. Or, nul n’est bon que Dieu seul, dit Jésus au verset 18. Autrement dit : Jésus est Dieu ; et si Jésus est Dieu, alors Dieu est là. Et si Dieu est là, toute espérance est possible.

Le Seigneur nous accompagne, il nous dit son amour.
Oui, nous croyons que nous sommes aimés de Dieu.

G. Carayon