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JESUS EST ROI

Jean 18, 28 à 38 - Daniel 7, 13 à 14 - Apocalypse 1, 4 à 8

La scène se passe lors de la passion du Christ. Sous l'instigation des prêtres juifs, Jésus a été arrêté au jardin de Gethsémané. Puis il a été conduit devant le grand prêtre Caïphe. Puis Caïphe l'a interrogé. C'est pendant cet interrogatoire que Pierre renie Jésus.

Mais (dans l'évangile selon Jean) cet entretien n'aboutit pas. Caïphe, et le sanhédrin avec lui, ne trouvent aucun argument pour condamner Jésus. Alors, ils l'envoient à Pilate, espérant que le gouverneur romain le condamnera.

Pilate s'adresse aux prêtres qui lui amènent Jésus : il demande quelle accusation ils portent à son égard.
La réponse des prêtres est évasive : Si cet individu n'était pas malfaisant, nous ne te l'aurions pas livré (18, 30). L'imprécision de cette réponse est importante. Les évangiles (et tout particulièrement celui de Jean) font ressortir l'absence de motifs d'accusation contre Jésus. Les chefs religieux n'ont rien de précis à lui reprocher. Ils ne sont sûrs que d'une chose : ils veulent se débarrasser de lui.
Cela fait ressortir l'aspect injuste de la situation, et pose la question fondamentale de ce passage, et des évangiles dans leur entier : Pourquoi Jésus a-t-il été condamné ?

Pilate fait une enquête.

Le gouverneur romain est dans une situation délicate. Il n'a quasiment pas de marge de manœuvre. Son rôle est de faire régner l'ordre dans la province de Judée. C'est ce que l'empereur lui ordonne.
D'autre part, il doit répondre à la demande des chefs religieux juifs. Car ce rassemblement devant le prétoire risque de dégénérer.
Il lui faut, à tous prix, résoudre rapidement le problème et calmer la foule. Et si, pour cela, il lui faut sacrifier un innocent, il n'hésitera pas. D'autant plus qu'à l'époque la notion de culpabilité et d'innocence n'a pas le même ressenti qu'actuellement.
Les religieux juifs ont acculé Pilate dans une impasse ; il n'a, politiquement, plus le choix.
Mais encore faut-il trouver une raison pour justifier cette condamnation. Pilate veut pouvoir remplir un rapport. Si la seule raison invoquée est le maintien de l'ordre, l'empire sera à la merci de toutes les accusations. N'importe quel groupe ou individu pouvant demander la condamnation de quiconque, sous prétexte que ce dernier est un facteur de désordre. Pilate doit trouver autre chose.

En homme politique, il s'intéresse à la raison d'Etat. Et il pose une question d'ordre politique à Jésus : Es-tu le roi des Juifs ?

Pourquoi cette question ?

Parce que Pilate gouverne au nom d'une puissance occupante. Dans cette histoire, les Romains dominent les Juifs. Pilate a reçu le mandat, de l'empereur, d'éviter tout risque de révolte de la part des Juifs. Or, l'émergence d'un roi des Juifs ne peut que favoriser un élan nationaliste. Tout roi des Juifs est donc un opposant, un rival de l'empereur, et il faut l'éliminer. Les chefs juifs le rappelleront à Pilate plus tard en lui disant (19, 12) : Quiconque se fait roi se déclare contre César.
En posant cette question : Es-tu le roi des Juifs ? Pilate se donne une raison de crucifier Jésus. Une raison parfaitement légitime aux yeux de l'empereur. Tout dépend de la réponse de Jésus, maintenant.

La réponse de Jésus.

Elle semble évidente : pour éviter d'être condamné, il doit répondre qu'il n'est pas roi. Et Pilate devra soit trouver autre chose, soit le libérer. Et pourtant, ce n'est pas la réponse de Jésus.
Il renvoie la question en demandant à Pilate : Est-ce de toi-même que tu dis cela, ou bien est-ce d'autres qui te l'ont dit de moi ? (18, 34).
Réponse qui ne peut qu'énerver Pilate. Les hommes importants n'aiment pas qu'on ne réponde pas à leurs questions. D'ordinaire, les personnes qui entourent le gouverneur obéissent sans discuter. Alors, à plus forte raison un prisonnier traîné devant lui. Or, Jésus ose lui tenir tête. Soit il est inconscient, soit il est de nature noble. Et peut-être roi !
La réponse de Jésus semble vouloir mesurer la popularité dont il jouit. En effet, si on a parlé de Jésus à Pilate, c'est que le fils du charpentier est populaire. Mais si Pilate pose la question de lui-même, ne serait-ce pas parce qu'il a vu en Jésus les signes de la royauté ? Dans les deux cas, Jésus semble bien dire qu'il est roi. Et, par là même, il se condamne.
Pilate répond qu'il n'est pas juif, et que Jésus est là parce que les chefs juifs l'ont conduit jusqu'à lui. Autrement dit, Pilate reconnaît qu'il est dépassé par les événements. Il ne sait pas ce qui se trame ici. Il pose alors la question normale à poser dans ces cas-là : Qu'as-tu fait ?

La réponse de Jésus est étonnante.

Il répond : Mon royaume n'est pas de ce monde.

Jésus semble ne pas répondre. En effet, Pilate lui demande ce qu'il a fait. Jésus répond en parlant de la qualité de son royaume. Mais c'est bel et bien la réponse à la question, car, ce que Jésus fait, c'est son royaume.

Cette réponse implique deux vérités :

  • Jésus est roi. Et cette déclaration donne à Pilate la possibilité de condamner Jésus.
  • Sa royauté n'est pas terrestre, humaine, comparable aux autres. Et Pilate n'a, à priori, rien à craindre de cette royauté. Mais est-ce bien vrai ?

Que veut dire Jésus par cette déclaration ?

Jésus veut dire que le Christ est roi.

Comment comprendre cette royauté non terrestre ?

Jésus fait-il seulement allusion à une dimension "géographique" ? Son royaume est céleste, non terrestre. Il dit peut-être cela aussi. En ce cas, l'empire romain n'a rien à craindre de cette royauté. Mais ce n'est pas cette dimension qui est importante dans la réponse de Jésus.
Le monde dans cette expression n'exprime pas une dimension physique, matérielle, mais spirituelle. On est dans l'évangile selon Jean, où Jésus dit à Nicodème qu'il faut naître d'esprit, et à la femme samaritaine qu'il faut adorer Dieu en esprit et en vérité. Et où Jésus annonce longuement aux disciples qu'ils recevront l'Esprit saint.

Le royaume du Christ est un monde dans lequel on voit les personnes et les choses autrement que dans les royaumes des hommes. Dans ce royaume on aime, on donne, on sert, on se soucie des autres et non de soi. Le royaume du Christ, c'est déjà ici et maintenant ; mais ceux qui l'habitent cultivent un état d'esprit différent.
Bien que terrestre, ce royaume n'a rien à voir avec les préoccupations politiques des hommes. On n'y recherche pas le pouvoir et la domination, mais on se donne pour le bonheur des autres.

Alors, ce royaume du Christ ne représente aucun danger.

Des personnes qui ne vivent que pour aimer, donner et servir ne seront jamais des opposants politiques. Elles ne prendront jamais les armes pour renverser un gouvernement. Mais, cependant, leur présence seule est un ferment dans la pâte qui, tôt ou tard, fera évoluer les esprits vers plus de spiritualité.
C'est cela qui a condamné Jésus.

Pourquoi Jésus a-t-il été condamné ?

Justement, parce qu'il n'était pas du monde.

Jésus a été condamné parce qu'il donnait une autre dimension, une autre image du monde. Et, par là même, il condamnait le système des hommes. Le crime de Jésus c'est de ne pas être du monde, du système. Et cela a suffit pour que les hommes l'éliminent.

Jésus a été condamné parce que les hommes ne veulent pas changer.
Ils ont trop peur de perdre ce qu'ils pensent être des privilèges : la position, le pouvoir, la puissance … C'est parce que Pilate avait peur de perdre tout cela qu'il a finalement condamné Jésus. C'est parce que les chefs religieux avaient peur de perdre leur autorité sur le peuple qu'ils ont livré Jésus aux Romains. Les accusateurs de Jésus ont préféré leur sécurité à la vérité et à la justice. Au lieu de se donner eux-mêmes, ils ont sacrifié l'innocent.

Jésus a été condamné parce que les hommes ont trop peur d'une société qui ne reposerait plus sur des lois et des principes humains. Comment vivre dans un monde où aucun intérêt, récompense ou … police ne vous pousse à faire le bien ? Mais seulement l'amour qui vient de l'Esprit.
Comment vivre la liberté de l'Esprit ?
Quoi que l'homme dise, la liberté fait peur, car elle fait de chacun un être responsable. Et l'homme préfère être esclave plutôt que responsable.
En définitive, Jésus a été condamné parce que l'Evangile est décidément trop subversif et dangereux pour le pouvoir et la sécurité de l'être humain.

Pilate lui dit : Toi, tu es donc roi ?

C'est une question que Pilate pose. Et, une fois encore, Jésus renvoie la question en répondant : C'est toi qui dis que je suis roi.

Oui, c'est à nous de le dire ; c'est à nous de répondre. Jésus est-il notre roi ? Sommes-nous de son royaume, ou du nôtre ?