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POURQUOI PRIER POUR L'UNITE ?

Jean 17, 6 à 23 - Esaïe 55, 6-11 - 1 Thessaloniciens 5, 12-18

La présence de cette prière de Jésus dans l'évangile selon Jean répond à une double préoccupation :

1. Les rivalités et les querelles qui opposent les disciples.
Certes, l'évangile selon Jean ne développe pas beaucoup ce thème. Ce sont surtout Marc (9, 34) et Luc (9, 46 ; 22, 24) qui rapportent que les disciples discutaient entre eux pour savoir lequel était le plus grand. Mais c'est bien dans l'évangile selon Jean, quatre chapitres avant cette prière de Jésus, au chapitre 13, que Jésus lave les pieds de ses disciples en leur disant qu'il leur donne ainsi un exemple et qu'ils doivent se laver les pieds les uns aux autres (13, 12-17).

2. La deuxième préoccupation à laquelle tente de répondre la prière de Jésus est formée par les tensions et les courants qui parcourent l'Eglise à la fin du premier siècle ; c'est-à-dire quand ce quatrième évangile est écrit. A cette époque, en effet, l'Eglise est divisée en plusieurs écoles :

  • Les mouvements judéo-chrétiens qui restent attachés à la loi de Moïse, et qui ne voient en Jésus qu'un prophète, fils de Joseph et de Marie.
  • Les tendances gnostiques qui opposent l'âme et le corps et qui nient l'incarnation.
  • Sans parler des courants de Pierre, de Jean ou de Paul dont parle l'apôtre Paul quand il écrit aux chrétiens de Corinthe.

Mais, en fait, c'est à tous risques de division que cette prière de Jésus s'oppose. Jésus ne prie pas que pour les disciples, mais, comme il dit : je prie aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi (17, 20).
Des divisions présentes tout au long de l'histoire du christianisme.
Des divisions hélas entretenues pour des questions de pouvoir et d'autorité, davantage que pour des questions de pratiques ou de théologies différentes.
En fait, les divisions ont perduré parce qu'on a cherché l'union sous une autorité unique, au lieu de vivre l'unité.

 

Mais qu'est-ce que l'unité ?

L'unité chrétienne n'est pas une unité dogmatique, doctrinale.

Jésus ne prie pas pour que les idées des disciples soient une, mais pour que les disciples soient un. Ce sont les personnes qui sont importantes, davantage que les points de vue. L'amour vécu par le Christ et donné par Dieu met les personnes au premier plan.

L'unité n'est donc pas l'uniformisation des idées, mais la vie et l'action communes alors que l'on pense différemment.
L'unité chrétienne est à l'image de la création : la création est une, mais il n'y a pas deux feuilles d'arbre rigoureusement identiques, ni deux flocons de neige absolument semblables.
C'est cela l'œuvre de Dieu : l'unité dans la diversité.
L'harmonisation des idées n'est pas nécessaire pour parvenir à l'unité. Si c'était le cas, Jésus proposerait la dictature de la pensée unique. Une unité humaine serait alors établie, c'est-à-dire : l'uniformité.
Les hommes ont le goût de l'uniforme. Dans une armée, tous portent l'uniforme pour donner une impression d'unité … et de puissance. Mais ce n'est pas l'unité en Christ.

Mais si l'unité n'est pas doctrinale, la pensée unique, pourquoi la rechercher ? Restons dans nos chapelles respectives, avec nos idées particulières.
En effet, pourquoi rechercher l'unité ? Pourquoi travailler pour la développer ?

 

Pourquoi prier pour l'unité ?

On peut avancer de nombreuses raisons humaines au besoin d'unité :

Il y aurait, tout d'abord, la volonté de puissance ; selon le principe "militaire" qu'on est plus fort en serrant les rangs, ou qu'on est plus efficace en tirant tous dans le même sens. Face à d'autres idéologies ou religions, la tentation peut être grande de présenter un front uni, mais l'unité n'existe nulle part.

Malgré ce que l'on dit, le monde chrétien n'offre pas une image si divisée que ça. L'islam, par exemple, est aussi divisé que le christianisme ; et se déchire davantage, en ce moment. Il fut un temps où, hélas, les divisions chrétiennes ont donné naissance à des rivalités en tant que telles. Mais depuis quelques décennies ce n'est heureusement plus le cas. Les dernières oppositions armées entre chrétiens ont toujours été liées à des données nationalistes plutôt que religieuses. C'est au XVIIème siècle, lors de la guerre de trente ans, que les combattants prirent l'habitude de se lier à des compatriotes plutôt qu'à des coreligionnaires. On y a vu, en effet, des Allemands ou des Français, combattre des Suédois, indépendamment des croyances ou des religions en présence.

Et puis, dans sa prière, Jésus révèle que l'unité n'est pas un moyen de puissance. Il n'y a aucun encouragement à la domination dans cette prière, mais, au contraire, à l'amour et au service, conformément à l'invitation à se laver les pieds les uns aux autres.
Nos Eglises dépensent encore trop de forces du Christ pour faire triompher et dominer leur propre notion de la vérité.

Alors si ce n'est pas pour être puissant, pourquoi prier pour l'unité ?

Jésus dit (au verset 21 du chapitre 17) que c'est afin que le monde croie qu'il vient de Dieu, qu'il faut présenter aux hommes une unité aussi parfaite que possible.

Or, quelle est l'unité qui peut convaincre le monde ? Celle de la pensée unique ? Certainement pas. L'unité des chrétiens doit être à l'image de celle qui existe entre Dieu le Père et Jésus. Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu'ils soient en nous eux aussi (17, 21).

Or, qu'est-ce qui caractérise l'unité du Père et du Fils ?

On ne peut répondre qu'à partir des textes des évangiles.
Certes, on discerne une démarche, une volonté commune - encore qu'au jardin de Gethsémani, Jésus prie le Père en disant : Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux - mais encore plus une confiance et un amour réciproques.
C'est l'unité de l'amour qui peut impressionner le monde. Surtout l'amour par delà les différences, car cet amour là est impossible sans l'Esprit de Dieu.

Le témoignage essentiel des chrétiens n'est pas celui de la doctrine, mais de l'amour. Si nous attendons de penser tous de la même façon pour nous aimer et travailler ensemble, le monde attendra longtemps, et verra revenir les guerres de religions avant l'amour fraternel.

 

Alors, pourquoi prier pour l'unité ? Parce que Jésus prie pour l'unité !

Et qu'en fidèles disciples nous devons poursuivre l'œuvre du maître.

Ce n'est pas en l'être humain qu'il faut chercher l'origine de l'unité dans la diversité, ou, autrement dit, de l'amour dans la différence. Quand l'homme prie, c'est pour lui-même, ses intérêts, sa gloire, sa puissance, sa survie … L'amour et le respect des différences sont plutôt des faiblesses, pour l'homme. L'homme n'invente pas la prière pour l'unité, il la copie du Christ.

En priant pour l'unité, et en nous invitant à prier aussi, Jésus nous donne de sortir de nous-mêmes, de nos schémas préconçus, de nos intérêts fondamentaux, de notre égoïsme viscéral. Et, par là même, il nous révèle ce qu'est la prière.

 

Or, qu'est-ce que la prière ?

La prière juste consiste à sortir de soi-même, de ses propres désirs et volonté, et de s'en remettre, enfin, à Dieu, pour que sa volonté sa fasse, et non la nôtre. C'est l'expression de la foi, de la confiance.

La prière est traditionnellement définie comme une demande. Elle l'est effectivement. Mais cette demande ne dépend pas de nos désirs, mais des promesses de Dieu.
Prier, c'est demander l'accomplissement des promesses de Dieu. C'est pourquoi, nous pouvons considérer la prière de Jésus pour l'unité comme la promesse de Dieu que cette unité se fera.
Non l'unité dans l'uniformité, mais l'unité de et dans l'amour.

L'apôtre Paul exhorte les chrétiens de Thessalonique à prier sans cesse. Non pour imposer leur volonté à Dieu. Non pour faire aboutir leur projet, coûte que coûte. Mais pour rappeler les promesses de Dieu et rester ainsi en phase avec la volonté divine. C'est cela : prier.

La prière n'a pas pour but de faire changer Dieu, en lui demandant de suivre nos penchants. C'est nous qui devons changer :

  • Pour partager le regard de Dieu sur les êtres et les choses.
  • Pour vivre les promesses du Père.
  • Pour aimer comme Dieu aime.

C'est cela : prier pour l'unité.