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LE CHEMINEMENT DU CULTE

Luc 24, 13 à 35

Chers frères et sœurs,

On ne présente plus cet épisode des pèlerins d’Emmaüs. Il fait partie de la mémoire collective chrétienne, au point qu’on le choisit pour accompagner de nombreuses occasions de notre vie d’Église.
Il est souvent lu pendant les services funèbres, où il vient soutenir ceux qui sont dans le deuil pour leur assurer que Jésus-Christ marche à leur côté pour traverser cette épreuve, et leur redonner l’espoir d’une vie qui se poursuit malgré tout.
Il fait aussi partie des textes que l’on utilise pour faire mémoire de l’institution de la Cène, au côté de ceux, plus traditionnels, du dernier repas au soir du Jeudi Saint.
Je l’ai parfois entendu prêché pour des mariages : la vie de couple n’est-elle pas un chemin à deux ?
Il sert également de référence pour tous ceux qui démarrent un parcours de catéchèse, et qui vont découvrir, à travers l’étude des écritures, ce qui fait le cœur de l’Évangile chrétien, la révélation de la mort et de la résurrection du Christ, et la manière dont il signe sa présence dans l’Eucharistie. Une catéchèse qui peut ouvrir leurs yeux, et toucher leur cœur.

 

Mais il y a une chose qui frappe dans ce récit, c’est le mouvement, le cheminement qu’il nous invite à faire. Nous ne sommes pas les spectateurs passifs de cette anecdote. Nous sommes comme happés par cette histoire, et pris par l’intrigue de ce récit savamment construit.
Si vous lisez ce texte attentivement, vous découvrez comment par plusieurs étapes, il nous ramène finalement au point de départ, Jérusalem. Mais les hommes qui retrouvent leurs amis ne sont plus les mêmes. Ils sont transformés, convertis par cette rencontre avec le Christ, par la révélation qu’ils ont eu du sens des Écritures, et par le partage du pain et du vin qui a ouvert leurs yeux. Et ce qui nous incite à nous sentir, nous aussi, partie prenante de ce périple et en route avec le Christ, c’est peut-être ce deuxième homme au côté de Cléopas qui reste anonyme. Ne pourrait-il pas être vous… ou moi.

Mais alors que je lisais ce texte et que je préparais le culte de ce dimanche, un autre parallèle m’est apparu : un parallèle avec le déroulement du culte, justement. Une similitude flagrante entre le déroulé de notre liturgie réformée, et ce chemin de conversion qu’emprunte ces pèlerins.

La liturgie accompagne le flot de la grâce, le souffle de l’esprit : rien ne doit interrompre son cheminement d’un bout à l’autre du culte, me répétait mon professeur à l’Université. Et c’est justement d’un cheminement qu’il est question ici, en compagnie du Christ présent en Esprit qui traverse le culte.

Reprenons ce parcours étape par étape :

- Deux d’entre eux se rendaient dans un village nommé Emmaüs, à deux heures de Jérusalem : Ils quittait un lieu où il avaient vécu quelque chose d’effrayant, d’incompréhensible. Tout comme nous quittons chaque dimanche matin un monde où nous avons du mal à trouver du sens à notre vie. Nous faisons route comme eux vers un lieu familier où nous espérons pouvoir nous retrouver entre frères et sœurs, rencontrer d’autres avec qui nous allons pouvoir partager les difficultés de cette vie au cœur du monde.

- Jésus lui même les rejoignit et fit route avec eux : Ici prend place au début du culte, l’invocation de l’Esprit-Saint, mode de présence de Dieu et du Christ parmi nous. Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux, disait Jésus. Nous l’invoquons tout en sachant qu’il est déjà présent au rendez-vous, et qu’il nous accompagne tout au long du culte : Nous lui demandons d’ouvrir nos yeux et notre cœur pendant la lecture des Écritures. Nous le confessons dans notre Credo. Nous l’invoquons à nouveau lors de la Cène, et dans la bénédiction finale. Comment ne pas être convaincu de sa présence.

- Nos grands prêtres et nos chefs l’ont condamné à mort et l’ont crucifié : Confession du péché des hommes qui ont mis à mort le Messie, et moment symbolique où Dieu prend sur lui le péché du monde.

- Quelques femmes (…) sont venues dire qu’elles ont même eu la vision d’anges qui le déclarent vivant : Dieu relève son Fils de la mort comme il nous relève aussi en nous mettant au cœur l’assurance de son pardon.

- Ne fallait-il pas que Christ souffrît cela et qu’il entrât dans sa gloire ? : Jésus-Christ est le Seigneur, mort et ressuscité : n’est-ce pas là le cœur de notre confession de foi ?

- Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait : Explication de texte, c’est le temps de la lecture et de la prédication. Et à travers les mots de la Bible, c’est Dieu qui nous parle. Luther disait lorsqu’il prêchait : ma voix va de ma bouche à votre oreille. Mais le chemin de votre oreille jusqu’à votre cœur n’est plus de mon ressort. C’est un Autre qui vous y accompagne.

 

Puis vient le temps de la Sainte-Cène :

- Reste avec nous, car le soir vient et la journée déjà est avancée : Ici s’énonce l’invitation à la Cène. Et même si cette invitation est toute à l’initiative des disciples, c’est finalement Jésus-Christ qui va présider la table : en s’arrogeant le partage du pain, il endosse le rôle du maître de maison.

- Il prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et leur donna : Alors s’exécutent ces gestes dont nous faisons mémoire, et que les disciples n’avaient pas oubliés. C’est à cet instant que Jésus-Christ signale sa présence dans la réalité du pain et du vin que nous partageons. Sa présence indécelable jusqu’ici ne l’avait pas rendu visible, à nos yeux comme à ceux des disciples. Maintenant il est là, il s’incarne dans le concret de ce repas que nous partageons.

Puis il leur devint invisible, et à nous aussi. Alors nous regagnons nos places et il retrouve la sienne, celle d’une présence toujours fidèle mais insaisissable et mystérieuse. Il ne se laisse pas enfermer dans une représentation quelconque, dans une relique même symbolique que nous pourrions conserver de ce repas.

A l’instant même il partirent et retournèrent à Jérusalem, (…) et racontèrent ce qui s’était passé sur la route : C’est à ce moment que le culte prend fin, et que nous repartons vers ce monde que nous avions quitté une heure auparavant . Nous sommes ressourcés par sa Parole, nourris par son pain, égayés par le vin du banquet et ragaillardis dans le témoignage que nous nous apprêtons à partager à notre entourage, et au monde que nous rejoignons. Nous étions aveugles, et maintenant nous voyons, ou du moins notre route s’est elle éclairée un peu plus.

Voici le chemin que le culte nous fait parcourir chaque dimanche où nous nous retrouvons. Certes je prépare à l’avance ce service, je pars en reconnaissance tout au long de la semaine et choisis pour vous les textes, les prières comme je choisirais un itinéraire qui me semblerait le plus carrossable, le moins pénible et le plus pittoresque aussi. Mais je puis vous assurer que lorsque le culte commence, j’emprunte avec vous ce chemin et je me laisse porter par l’Esprit qui me révèle parfois encore d’autres mots, d’autres nuances, d’autres significations que ceux que j’avais entrevus.

Oui, comme les disciples d’Emmaüs, nous ne revenons pas indemnes de ce parcours, de cette parenthèse que nous ouvrons dans notre semaine chaque fois que cela nous est possible. Cette excursion, comme une promenade vivifiante, nous ressource, nous oxygène, ouvre nos yeux sur ce que nous ne voyons plus dans les ténèbres et la noirceur de ce monde. Elle nous remet au cœur le feu brûlant de l’Évangile. Tout au long de ce parcours, se manifeste ce que Jean Calvin appelait le « témoignage intérieur du Saint-Esprit », qui ne se rend visible que le temps de la Cène, pour mieux affirmer la réalité de sa présence invisible à nos côtés tout le reste du temps.

Nous avons, le temps d’une lecture et d’une prédication, emboîté le pas de ces premiers disciples, dont le témoignage a traversé les siècles et accompagné des milliards d’hommes. Puissions-nous grâce à eux retrouver le sens profond de notre liturgie comme nous redécouvrons à chaque Sainte-Cène la saveur du pain et le goût du vin.

La liturgie accompagne le flot de la grâce, le cheminement de l’Esprit : laissons-la se dérouler, et faisons route avec elle,

Amen

 


 

Luc 24,13 à 35

Et voici que ce même jour, deux d’entre eux allaient à un village nommé Emmaüs, éloigné de Jérusalem de soixante stades.
ils s’entretenaient de tout ce qui s’était passé.
Pendant qu’ils s’entretenaient et discutaient, Jésus s’approcha et fit route avec eux.
Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.
Il leur dit : Quels sont ces propos que vous échangez en marchant ? Et ils s’arrêtèrent, l’air attristé.
L’un d’eux, nommé Cléopas, lui répondit : Es-tu le seul qui séjourne à Jérusalem et ne sache pas ce qui s’y est produit ces jours-ci .
- Quoi ? leur dit-il. Ils lui répondirent : Ce qui s’est produit au sujet de Jésus de Nazareth, qui était un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple.
et comment nos principaux sacrificateurs et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié.
Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël, mais avec tout cela, voici le troisième jour que ces événements se sont produits.
Il est vrai que quelques femmes d’entre nous, nous ont fort étonnés ; elles se sont rendues de bon matin au tombeau et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire que des anges leur sont apparus et ont déclaré qu’il est vivant.
Quelques-uns de ceux qui étaient avec nous sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses tout comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu.
Alors Jésus leur dit : Hommes sans intelligence, et dont le cour est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes . Le Christ ne devait-il pas souffrir de la sorte et entrer dans sa gloire ?
Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait.
Lorsqu’ils furent près du village où ils allaient, il parut vouloir aller plus loin.
Mais ils le pressèrent, en disant : Reste avec nous, car le soir approche, le jour est déjà sur son déclin. Il entra, pour rester avec eux.
Pendant qu’il était à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction ; puis il le rompit et le leur donna.
Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent ; mais il disparut de devant eux.
Et ils se dirent l’un à l’autre : Notre cœur ne brûlait-il pas au-dedans de nous, lorsqu’il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures .
Ils se levèrent à l’heure même, retournèrent à Jérusalem et trouvèrent assemblés les onze et leurs compagnons.
qui leur dirent : Le Seigneur est réellement ressuscité, et il est apparu à Simon.
Ils racontèrent ce qui leur était arrivé en chemin, et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain.

Texte Segond « Colombe »

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