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VOYAGEZ LEGERS !

Marc 6, 7 à 13

Chers frères et sœurs,

Quand on parle vacances, deux choses nous viennent à l’esprit : se reposer d’abord, et… PARTIR !
Les kilomètres d’embouteillage sur les routes et les autoroutes, les files d’attente dans les gares et les aéroports nous le confirment : les vacances sont synonymes de dépaysement, de nouveaux horizons, de nouveaux rythmes. C’est un fait, on PART en vacances.

Mais il n’y a pas que les routes qui sont chargées : nos bagages le sont aussi ! Souvenez-vous de ces valises dans lesquelles on voudrait tout emporter, au cas où il fasse chaud.. ou froid. Où qu’il pleuve… Ces négociations avec les enfants pour qu’ils n’emportent pas tout leur coffre à jouet. Et le casse-tête pour que tout rentre dans la voiture. C’est juré, l’an prochain, on achète un coffre de toit !
Ah ! l’angoisse à l’aéroport des 20 kg de bagages à ne pas dépasser en soute, et du bagage à main qu’on risque à tout moment de se voir refuser à l’enregistrement car il est trop lourd, trop gros...

N’est-ce pas aussi dans ces moments-là qu’il nous faudrait entendre cette injonction de Jésus : voyagez léger !

C’est ce que je vous propose de faire ce matin. Relire nos projets de vacances, nos voyages, nos villégiatures estivales à la lumière de ces consignes logistiques du Christ qui sont plus qu’un simple guide du routard chrétien.

 

Ces consignes nous invitent d’abord à nous questionner sur ce qui encombre nos vies, et dont nous n’arrivons pas à nous défaire même en vacances. Et elles nous interrogent aussi sur la finalité de ces voyages : savons-nous profiter de ces déplacements pour découvrir d’autres horizons, d’autres façons de vivre ? Pour aller à la rencontre de l’autre et de ses différences ? Savons-nous en profiter pour témoigner, pour donner et recevoir ?

Revenons à nos préparatifs. Qu’avez-vous bien pu mettre d’indispensable dans cette valise de 20 kg pleine à craquer ? Vous seriez bien en mal d’obéir à l’ordre de ne prendre sur vous qu’un jeans et un T.shirt, des sandales, et un bâton de pèlerin. Non, non ! Pas même unsac-à-dos, pas de vêtements de rechange, pas d’argent, pas de carte bleue ni de portable, pas de pique-nique. Même pas une brosse à dents. C’est spartiate ! Mais ces choses lourdes et encombrantes que nous traînons avec nous en vacances, n’est-ce pas aussi ce que, dans notre esprit, nous n’arrivons pas à abandonner pour quelques semaines ? Nos soucis ? Nos responsabilités ? Nos habitudes bien ancrées ? Nos convictions ? Les contraintes d’une vie bien réglée que nous nous imposons à nous même, et au reste de la famille ? Cette boite mail, ces réseaux sociaux dont nous croyons ne plus pouvoir nous passer ?

Vouloir transporter avec nous ce qui nous est familier comme un escargot transporte sur lui sa coquille, c’est quelque part manquer de confiance. N’avons nous pas nous aussi au moins une fois critiqué ces touristes étrangers qui arrivent chez nous avec leur pain, leur bière, leur fromage tant ils ont peur de ne pas trouver sur place ce qu’ils mangent d’habitude ? Et le contraire de la confiance, c’est la peur : peur de manquer, de ne pas trouver ce dont on a besoin sur place, de perdre ses repères. Et notre confiance en Dieu chancelle, alors que Jésus nous l’affirme : il sait nous donner les choses dont nous avons besoin, où et quand nous avons besoin.

Partir en vacances chargés de tout ce qui nous encombre matériellement, émotionnellement, spirituellement est contre-productif.

Mais à l’inverse, ce dénuement auquel nous invite le Christ n’a pas pour objectif de nous faire passer de tristes vacances en ermites, en mendiants du Christ dirait Luther, dépossédés de tout. Être allégé, c’est être plus libre et c’est aussi se reposer sur l’accueil et la générosité de l’autre, ou de cette autre région où vous séjournez. Goûter aux spécialités du terroir vendues sur le marché local, savourer l’hospitalité de vos hôtes. Aller les mains vides et l’esprit léger, c’est être disponible pour écouter, pour recevoir. Pour découvrir ce que ce lieu de villégiature et ses habitants ont de beau, de bon, de différent à vous offrir. C’est être prêt à demeurer chez d’autres, avec d’autres et à partager. Peut-être assister au culte dans la paroisse du lieu et découvrir une autre communauté, un autre mode de partage, d’autres visages.

Libérés de nos propres esprits impurs qui nous hantent pendant l’année, de ces aliénations qui pèsent d’ordinaire sur notre quotidien, nous pouvons laisser l’Esprit-Saint combler cet espace, et nous rendre disponible à la rencontre et à la mission que nous poursuivons, tout comme les disciples, à la suite du Christ. Une mission qui elle, ne prends pas de vacances !

Car partir léger veut aussi dire ne pas partir en conquérant, forts de ce que l’on pense pouvoir apporter là ou l’on va. C’est le défi que Jésus lance à ses disciples : annoncer, témoigner, mais ne rien imposer, ne rien forcer, ne pas se formaliser si le courant ne passe pas, si notre quête de fraternité n’aboutit pas. Car Jésus sais bien que l’accueil n’est parfois pas vraiment convivial. Dans ces régions touristiques, ces pays étrangers qui voient déferler à longueur d’été des hordes de touristes en quête d’exotisme, mais rarement d’authenticité, la rencontre reste souvent superficielle, comme pour les disciples qui ne se sentent ni accueillis ni même écoutés.

Jésus leur dit simplement « secouez la poussière de vos sandales », ce qui veut dire « ne les jugez pas, ne les réprimandez pas ». Montrez-leur par ce geste que vous êtes déçus, mais que vous respectez leur liberté. D’autres vous attendent ailleurs qui seront réceptif à votre désir de partage fraternel.

 

Vous l’aurez compris, être touriste ou vacancier ne veut pas dire se sentir en pays conquis, parader avec tout ce que l’on pense être notre supériorité culturelle et intellectuelle. Ce qui importe c’est d’être prêt à s’ouvrir aux autres, à partager. C’est ne pas vouloir à tout prix changer l’autre, mais repartir en ayant vécu une rencontre, une expérience nouvelle qui nous ressource mutuellement. C’est le témoignage chrétien plein de respect et de fraternité que vous apporterez alors. Et qui sait, c’est peut-être vous qui repartirez transformés, chargés, mais utilement cette fois, de tout ce que vous aurez vécu. C’est aussi cela voyager léger : laisser de la place dans ses valises pour pouvoir rapporter des souvenirs et des expériences au retour.

 

Mais j’y pense, vous êtes peut-être déjà partis en vacances ? Ou vous ne partirez pas cette année ? Qu’importe ! Alors c’est vous qui allez vous retrouver dans le rôle de ceux qui accueillent les touristes, les vacanciers qui ont choisi Chabeuil et ses alentours comme lieu de villégiature… Vous allez les croiser au marché, dans une animation festive. Peut-être certains sont-ils avec nous ce matin, ou viendront-ils un prochain dimanche partager le culte avec nous ?

Alors les rôles sont inversés, mais les injonctions du Christ restent les mêmes. Ouvrez-vos maisons, votre cœur, les portes de notre temple à ceux qui sont venus dans la simplicité passer quelques jours, quelques semaines pour découvrir notre région et qui ont à cœur de vous rencontrer pour faire connaissance. Sachez leur réserver un accueil fraternel, ne serait-ce qu’un sourire, un conseil pour trouver leur route, acheter de quoi se restaurer, ou découvrir nos spécialités locales sur les étals.
Ce sera votre discrète contribution à leur guérison, entendons-là à ce ressourcement que nous espérons tous trouver pendant cette parenthèse estivale. Et vous témoignerez alors vous aussi, comme les disciples, de cet Évangile que nous sommes appelés à rendre vivant en parole et en actes.

La mission qui nous est confiée par le Christ est une expédition légère. Ce n’est pas une évangélisation structurée comme une lourde campagne de communication avec ses outils marketing et ses slogans arrogants.
Cette mission fait passer la vie avant tout, elle se construit dans l’échange, dans la rencontre, dans la fraternité. Et les vacances ne sont-elles pas un moment idéal pour lâcher prise et se laisser habiter, surprendre par cet Évangile qui s’incarne dans nos rencontres et nos découvertes estivales ?

Alors voyagez légers, mais glissez tout de même dans vos bagages une Bible, ne serait-ce que pour lire (ou relire) ces quelques versets de Matthieu :

« Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur; et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est doux, et mon fardeau léger. » Matthieu 11,28-30

Amen

 


 

Marc 6, 7 à 13

Alors il appela les douze, et il commença à les envoyer deux à deux, en leur donnant pouvoir sur les esprits impurs.
Il leur prescrivit de ne rien prendre pour le voyage, si ce n’est un bâton ; de n’avoir ni pain, ni sac, ni monnaie dans la ceinture ; de chausser des sandales, et de ne pas revêtir deux tuniques.
Puis il leur dit : Dans quelque maison que vous entriez, restez-y jusqu’à ce que vous partiez de ce lieu.
Et, s’il y a quelque part des gens qui ne vous reçoivent ni ne vous écoutent, retirez-vous de là, et secouez la poussière de vos pieds, afin que cela leur serve de témoignage.
Ils partirent, et ils prêchèrent la repentance.
Ils chassaient beaucoup de démons, et ils oignaient d’huile beaucoup de malades et les guérissaient.

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