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LE BON SAMARITAIN

Luc 10, 25 à 37 - Lévitique 19, 15 à 18

Chers amis,

Encore un texte biblique et une parabole archiconnus. On parle même, dans le langage courant, d’un bienfaiteur comme d’un « Bon Samaritain », et beaucoup de gens ignorent aujourd’hui l’origine biblique de cette expression.

Archiconnue également l’interprétation qui dit que le légiste et le prêtre n’ont pas daigné secourir le malheureux à cause des prescriptions de pureté imposées par la Loi juive : ne pas approcher un étranger, toucher un mort, ne pas se souiller avec du sang…

Bien souvent, on a voulu lire ici la condamnation par Jésus des Juifs et de leur application stricte de la Loi. Et lire à l’inverse sa sympathie vis à vis des Samaritains, membres d’une branche dissidente du judaïsme bannie et condamnée par les Juifs. Pourtant comme souvent, il nous faut entendre ce texte différemment. Entendre que la situation est ici décrite du point de vue du blessé. Terrassé, presque inconscient, il voit passer au loin le prêtre et le lévite, mais il ne sait rien des raisons qui les retiennent de lui porter secours. Alors est-ce à nous de les deviner ? De les extrapoler ? De les inventer ? Tenons-nous en au texte, et tentons de répondre à cette question en nous mettant à la place de cet homme gisant au sol, laissé pour mort. A qui doit-il la vie ? Pour lui, qui a été son prochain ?

Si Jésus met en scène ici des personnages et des réactions diverses, ce n’est pas à mon sens pour mettre en concurrence Juifs et Samaritains, bons ou mauvais croyants. Il nous explique ici comment s’incarne l’Évangile qu’il est venu annoncer. Le Samaritain, nous l’avons lu, est pris de pitié. Dans le texte grec, il est « pris aux tripes». Pour les Juifs de l’époque, c’est ici qu’est le siège des sentiments. Le cœur est le siège de la réflexion. Ce n’est donc pas une action réfléchie, l’obéissance à un commandement religieux appris par cœur et appliqué à la lettre qui lui fait porter secours à ce malheureux. C’est une réaction humaine face à la souffrance humaine. Peut importe qui il est : ami ou ennemi, coreligionnaire, membre de sa secte ou pas. Il a pitié de cet homme et le soigne comme un frère.

Et c’est le premier enseignement que nous livre cette parabole. Il n’y a pas de définition fixe du « prochain ». Le prochain n’est pas celui qui nous est proche géographiquement, ou génétiquement. Il n’est pas celui qui nous ressemble, qui partage nos convictions, qui a la même nationalité que nous, qui fait partie de la même famille, de la même église que nous. Le prochain est celui dont on s’approche ! Oui, c’est à toi, c’est à moi, c’est à chacune et chacun d’entre nous de décider qui est notre prochain en nous faisant proche de lui. Cette définition fait tomber les barrières d’une fraternité qui se voudrait sectaire, d’une solidarité choisie, d’une solidarité positive comme disent nos politiciens. Jésus fait comprendre à ce docteur de la Loi juive que cet amour du prochain que prône la Torah n’est pas à réserver exclusivement à ses frères juifs . Il n’est pas une prescription religieuse. Il est en quelque sorte dans les gênes de l’humanité. Cet amour, tout homme peut le donner, et tout homme peut le recevoir. C’est une histoire d’hommes et de femmes, de fraternité.

Qui mettrions nous aujourd’hui derrière les personnages de cette parabole ? Derrière ce voyageur gisant au sol par exemple ?

Les réfugiés que l’on refoule au nom des quotas, ou des lois européennes ? Les SDF de nos villes ? Ceux que les accidents de la vie précarisent : maladie, chômage, divorce… Il est facile de mettre un nom sur ces blessés de la vie. Plus difficile en revanche de savoir qui est leur prochain ?
Qui aujourd’hui se fait proche d’eux dans notre société qui oscille entre nationalisme, réflexe identitaire, crainte de l’avenir, méfiance vis à vis de l’autre et individualisme forcené ? Qui a le courage - car la foi se fait ici courage, qui a le courage de passer outre les règlements, les habitudes, les a priori, le qu’en-dira-t-on, les peurs même pour se pencher sur eux et sur leur malheur ?

Car si le docteur de la loi peut s’estimer satisfait d’avoir bien répondu à la question que lui posait Jésus, il repars néanmoins avec un commandement lourd de sens : « Va, et toi aussi fait de même ! »

C’est là qu’est la deuxième leçon que nous recevons nous aussi de la part de Jésus. 10/10 pour la théorie, maintenant voyons comme vous passez à la pratique !

L’amour fraternel n’est pas seulement un sentiment, il ne s’exprime vraiment que lorsqu’il passe à l’action. La solidarité que prône ici le Christ est une solidarité ACTIVE.
Aimez Dieu, et aimer notre prochain comme nous-même est plus qu’un commandement. Ce que Jésus démontre magistralement, c’est que prêtre et le lévite savent, mais ne « font » pas.
Dans les agissements de ce Samaritain, nous découvrons tout l’éventail des «œuvres bonnes » qui nous font nous mettre au service de notre prochain. Il y a le soin physique des plaies, et le soin moral du réconfort par les mots. Il y a le partage, symbolisé par le cheval qu’il va prêter au blessé, marchant vraisemblablement à pied à côté. Il y a le gîte et le couvert offert à l’auberge, un toit et un repas décent. Il y a même le don en argent, le même que celui de notre offrande, qui délègue ainsi à d’autres les actions que nous voudrions, mais que nous ne sommes pas à même de réaliser. Et cet amour, cette compassion fraternelle, Jésus nous invite à l’inscrire dans la durée. Je reviendrai, dit le Samaritain, et s’il y a encore besoin de faire plus, de payer plus, je le ferai.

L’image qui s’inscrit en filigrane dans ces gestes et ces paroles du Samaritain, c’est celle d’un don de soi, par l’agir, par l’argent. Un don de soi qui FAIT VIVRE l’autre. L’amour que nous recevons du Père nous donne la VIE. Le transmettre, le partager, aimer son prochain c’est à notre tour vouloir FAIRE vivre d’autres. Jésus nous envoie pour FAIRE de même. Nous sommes porteurs d’une Parole qui fait vivre, mais qui n’est pas une Parole en l’air. Cette Parole doit devenir concrète, s’incarner. Notre témoignage est aussi dans le concret de l’action.

Il faut prier les mains jointes, mais pas les bras croisés disait en substance le théologien Laurent Gagnebin. Nul doute que le prêtre, le docteur de la loi, et même le Samaritain priaient pour leurs proches, pour que Dieu leur soit clément, qu’il leur vienne en aide, qu’il les sauve. Mais prier les uns pour les autres, c’est remettre à Dieu leur malheur, leur peine, leurs difficultés, et aussi lui demander de mettre sur leur route des « Bons Samaritains » qui leur viendront en aide. Et lui demander de nous inspirer les actes, les mots qui les soulageront. De nous donner l’envie, l’élan, le courage de nous approcher d’eux. C’ est le sens qu’il ne faut jamais oublier de donner à nos prières d’intercession, à nos prières tout court.

Nous ne sommes pas le prochain d’un autre, nous nous faisons le prochain d’un autre.
Aussi écoutons ces quelques versets de la première épître de Jean :

Si quelqu’un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin, et qu’il se ferme à toute compassion, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ?
Mes petits enfants, n’aimons pas en paroles et avec la langue, mais en acte et dans la vérité (1 Jean 3,17-18),

Amen


 

Luc 10, 25 à 37 -

Et voici qu’un légiste se leva et lui dit, pour le mettre à l’épreuve : « Maître, que dois-je faire pour recevoir en partage la vie éternelle ? »

Jésus lui dit : « Dans la Loi qu’est-il écrit ? Comment lis-tu ? »
Il lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même. »
Jésus lui dit : « Tu as bien répondu. Fais cela et tu auras la vie. »
Mais lui, voulant montrer sa justice, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? »
Jésus reprit : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, il tomba sur des bandits qui, l’ayant dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort.Il se trouva qu’un prêtre descendait par ce chemin ; il vit l’homme et passa à bonne distance.Un lévite de même arriva en ce lieu ; il vit l’homme et passa à bonne distance.
Mais un Samaritain qui était en voyage arriva près de l’homme : il le vit et fut pris de pitié.
Il s’approcha, banda ses plaies en y versant de l’huile et du vin, le chargea sur sa propre monture, le conduisit à une auberge et prit soin de lui.Le lendemain, tirant deux pièces d’argent, il les donna à l’aubergiste et lui dit : “Prends soin de lui, et si tu dépenses quelque chose de plus, c’est moi qui te le rembourserai quand je repasserai.”
Lequel des trois, à ton avis, s’est montré le prochain de l’homme qui était tombé sur les bandits ? »
Le légiste répondit : « C’est celui qui a fait preuve de bonté envers lui. » Jésus lui dit : « Va et, toi aussi, fais de même. »

Lévitique 19, 15 à 18
Ne commettez pas d’injustice dans les jugements : n’avantage pas le faible et ne favorise pas le grand, mais juge avec justice ton compatriote ; ne te montre pas calomniateur de ta parenté et ne porte pas une accusation qui fasse verser le sang de ton prochain. C’est moi, le Seigneur.
N’aie aucune pensée de haine contre ton frère, mais n’hésite pas à réprimander ton compatriote pour ne pas te charger d’un péché à son égard ; ne te venge pas et ne sois pas rancunier à l’égard des fils de ton peuple : c’est ainsi que tu aimeras ton prochain comme toi-même. C’est moi, le Seigneur.

 
Texte TOB
 
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