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CONVERTISSEZ-VOUS... COMME LUTHER ET CALVIN !

Esaïe 6, 1 à 8 - Marc 1, 14 et 15

Chers amis,

Comme nous avions ressorti des cartons ces quelques panneaux explicatifs de la Réforme pour nos visiteurs des Journées du Patrimoine, nous avons eu envie de les laisser jusqu’à ce dimanche pour que vous les découvriez, ou que vous les redécouvriez à votre tour. Et de fil en aiguille a germé l’idée que la prédication d’aujourd’hui pourrait elle aussi éclairer la lecture de cette exposition.

Sauf que je me suis dit que ces dernières années, nous avions eu notre part d’expositions, de prédications, de conférences pour les 500 ans de ladite Réforme. Que nous avions explorés pour beaucoup en long et en large l’histoire protestante en général, et la vie de Martin Luther en particulier. Que pourrais-je bien vous raconter que vous ne sachiez pas encore?

Alors j’ai pris le parti de vous parler de ces deux hommes dont vous avez le portrait sur les deux affiches au fond. Martin Luther et Jean Calvin. Mais je ne veux pas à nouveau vous raconter ce que tous les livres d’histoire en disent. Je voudrais aujourd’hui avec vous, faire connaissance plus intimement avec eux, aller au fondement, à la source de cette foi qui les a porté et qui leur a donné la force et la conviction d’accomplir ce qu’ils ont accompli.

Et je voudrais vous lire maintenant deux autres textes, qui ne sont pas des textes bibliques.

Le premier est de Martin Luther. On le surnomme souvent « l’expérience de la tour ». Il raconte ce qui s’est passé un soir, alors qu’il étudiait l’Épître aux Romains dans une des tours de son couvent, et qu’il découvrit, au chapitre premier, ces mots qu’il avait pourtant déjà lus et relus : Le juste vivra par la foi (Romains 1,17) :

Ici, je sentis que j’étais tout a fait né de nouveau et que j’avais pénétré le Paradis par des portes ouvertes. Là, un tout autre visage de l’Écriture entière s’est montré à moi. Là-dessus, j’ai parcouru l’Écriture de mémoire.
Je fis alors le rapprochement avec l’œuvre de Dieu, c’est-à-dire ce que Dieu fait en nous, la puissance de Dieu avec laquelle il nous rend sage, la force de Dieu, le salut de Dieu, la gloire de Dieu ».

Le second texte est de la main de Jean Calvin évoquant ses études de Droit qu’il abandonna un jour pour se consacrer à la Théologie :

« Dès que j’étais jeune enfant, mon père m’avait destiné à la Théologie (catholique) ; mais peu après, d’autant qu’il considérait que la science des Lois rendait (plus) riches ceux qui l’étudiaient, cette perspective le fit changer d’avis. Ce fut la raison pour laquelle on me retira de ma classe de philosophie et que je fus mis à apprendre le Droit (…). Dieu toutefois par sa providence secrète me fit finalement tourner bride d’un autre côté.(…) Par une conversion subite, Dieu dompta et rendit docile mon cœur, lequel, à mon âge, était plutôt réticent à de telles choses.(…). Et je fus tout ébahi qu’avant un an, tous ceux qui avaient envie de connaître la pure doctrine (la foi protestante) s’adressaient à moi, alors que je n’étais moi-même qu’un débutant ».

Voilà comment nos deux hommes racontent, en toute sincérité, ce moment où, sans l’avoir ni voulu, ni préparé, ni choisi, leur destin, leur relation à Dieu, leur foi a été transcendée, leur vie bouleversée, leur avenir changé à jamais.

Et il y a à mon sens trois expériences humaines qui transparaissent, et qui sont tellement intimes, tellement profondes qu’ils peinent tous deux à trouver les mots, les images qui pourraient décrire ce qu’ils ont ressenti. Je veux parler d’expériences de l’ordre de la vocation, de la Révélation et de la conversion.

La vocation par définition est un appel, mais elle est plus que cela. Elle est au-delà d’une simple parole entendue. Elle est une expérience que l’on vit intensément. Un événement extra-ordinaire, incroyable, effrayant parfois, un événement dont on se souvient. Un événement qui a un avant et un après, qui met en route, qui change une vie.

Luther le dit, c’est une nouvelle naissance. Plus que réformé, re-formé, il est ré-engendré, il naît de nouveau. Cet événement ne dure qu’un instant, mais on revoit défiler sa vie, comme lui relit mentalement les Écritures. Et l’on sait que demain sera différent. Cela vous semble peut-être un cliché, mais combien de témoignages de conversion ai-je entendu dans ce sens !
Et n’est-ce pas aussi ce qui arrive à Ésaïe dans son « récit de conversion ». N’est-ce pas tout aussi extra-ordinaire de se retrouver, tout d’un coup, face à Dieu assis sur son trône, aux milieu des anges. Lui aussi comme Luther, était prostré dans son obsession du péché et de la repentance impossible : Malheur à moi, dit-il, je suis perdu ! Je suis un homme aux lèvres impures, et en plus j’ai vu Dieu en face, ce qui est pour un juif une condamnation à mort sans appel!
Et pourtant, cette justification de Dieu, ce pardon lui est offert gratuitement, sans qu’il n’ait rien à faire. Ses lèvres, et lui avec, sont purifiés. « Ta faute est enlevée, tes péchés sont pardonnés »
Alors il entend cet appel de Dieu « Qui enverrai-je ? Qui marchera pour nous ? ». Et il s’entend presque répondre malgré lui : « Me voici, envoie-moi ».

Voici ce que j’ai souvent envie de répondre à ceux qui me questionnent sur la Réforme, sur la foi réformée. Qui voudraient que je leur fasse un exposé théologique, philosophique, anthropologique sur la foi réformée, son apparition, le long processus de réflexion qui l’a engendrée, actualisée et étoffée de générations en générations. J’ai envie de leur dire qu’il y a surtout des générations d’hommes et de femmes qu’un appel, qu’une parole, qu’un témoignage a bouleversé et mis en route, qui les a conduits à rejoindre des communautés comme notre paroisse, notre Église où ils se sont reconnus, et sentis accueillis et en confiance. Des communautés où le partage et la mise en commun de ce qu’ils avaient vécu et de ce qu’ils croyaient a écrit la théologie protestante telle que nous l’énonçons aujourd’hui. Des générations d’hommes et de femmes, avec pour commencer des gens comme Luther et Calvin.
Voilà ce que j’ai envie de répondre à ceux qui me demande pourquoi j’ai un jour renoncé à ma carrière professionnelle pour devenir pasteure. Mais je n’ai pas non plus de mots pour expliquer cet instant où je me suis aussi entendue dire « Me voici, envoie-moi ».

Voilà pour ce qui en est de la vocation. Mais je vous ai aussi parlé de Révélation, car c’est pour moi la deuxième expérience indissociable de celle de la vocation, et plus particulièrement celle qui naît au détour d’un passage de la Bible, d’un verset. La Bible est sans nulle doute cet endroit où la Parole de Dieu prend corps, se révèle, se fait entendre. Mais là aussi la manière dont cette Révélation fonctionne reste mystérieuse. Des scientifiques de tous ordres, des exégètes, des philosophes comme Paul Ricoeur, des psychologues, des psychanalystes comme Freud ou Lacan ont tenté d’expliquer le mécanisme qui fait que tout à coup, quelque chose se dilate, qu’un espace s’ouvre entre les lignes du texte et qu’apparaît, au-delà des mots, une idée, une image, un sens qui éclaire ce texte et dévoile quelque chose que vous n’y aviez jamais vu. Tout comme pour Luther. Des mots qui pour vous vont devenir le porche qui s’ouvre sur un chemin qui vous rapproche de Dieu. Et pourtant ces mêmes mots, ce verset qui vous parle ne fera pas plus d’effet sur votre voisin que votre liste de courses de supermarché !

Sola scriptura ! L’Écriture seule, c’est ce que martelait Luther qui savait que seule une lecture de l’Écriture pouvait provoquer la rencontre avec Dieu et nourrir la foi. Parce qu’à part peut-être le jour où Dieu à interpellé Jésus lors de son baptême, personne n’a jamais entendu la voix de Dieu venant des cieux. C’est dans la Bible, à travers les témoignages de tous ceux qui ont voulu mettre par écrit cette expérience inouïe de l’intervention de Dieu dans leur vie, c’est à travers ces témoignages lus et relus que naissent en vous des impressions, des sentiments, des images, et soudain ce je ne sais quoi qui vous bouleverse.
Même Ésaïe, lorsqu’il raconte cette invitation à la cour céleste comme une vision, n’a-t-il pas déjà lu la Torah, une partie de l’Ancien Testament pour savoir que Dieu existe, qu’il ne faut pas le regarder, qu’il est lui-même un homme pécheur et que Dieu peut lui en tenir rigueur. Lire, ou entendre quelqu’un lire les Écritures est inconsciemment ce qui, à mon sens, prépare et déclenche une expérience de l’ordre de la Révélation.

Mais quel mot poser alors sur ce moment où quelque chose s’ouvre, se dilate ? Ce moment qui fait tout basculer, qui vous met en route et faire des choses que vous n’auriez jamais envisagées ? Il n’y a pas d’autre mot que la conversion, dans son sens le plus littéral.

Une conversion, c’est en quelque sorte faire demi-tour sur place, en quelques secondes. Je le rappelle souvent aux jeunes dans les camps de ski, car c’est ce que le moniteur leur apprend en premier. Calvin aussi parle de ce moment où Dieu lui a fait « tourner bride », c’est à dire faire faire demi-tour sur place à son cheval.
Mais c’est aussi pourquoi j’ai choisi ces quelques versets de Marc que nous avons lus tout à l’heure. A plusieurs reprises dans les Évangiles, Jésus commande « Convertissez-vous ! ». Jean-Baptiste aussi pratiquait un baptême de conversion dans le désert. Convertissez-vous ! Dans le texte grec, il est dit μετανοεῖτε, du verbe meta-noeô. Noeô, c’est penser, penser en soi-même, réfléchir. Et meta veut dire à l’envers, à rebours…
Jésus nous dit « Pensez à revers, pensez à l’envers », faites faire demi-tour à ce que vous croyez, ce que vous imaginez.
Cette conversion est là pour nous faire faire volte-face et nous ouvrir à un monde différent, un monde autre que nous ne connaissions pas car nous lui tournions le dos.
Dans beaucoup de Bibles, on a traduit ce verbe par « repentez-vous », ou « changez de vie », mais il se joue dans cette injonction à se convertir bien plus qu’une simple confession de son péché, bien plus qu’un changement de vie que nous devrions décider et produire nous même.

Il se joue dans cette conversion, dans ce retournement subit qui nous surprend, de même que dans cette vocation qui nous interpelle et cette révélation qui nous éclaire, il se joue dans ces trois expériences religieuses tout l’inattendu de Dieu dans nos vies. DIEU! Non pas comme une présence immuable, invisible, mais proche et rassurante, mais Dieu dit comme un événement dans notre vie, une intrusion dans notre existence.

Alors, lorsque je regarde ces panneaux de la Réforme, ces visages de Luther et Calvin que l’on présente comme les inventeurs de cette Réforme, d’un nouveau courant religieux, je voudrais dire que cette Église protestante qui nous rassemble n’est pas une institution qu’ils ont pensée, créée de toute pièce. Elle n’est pas une assemblée de ceux qui, docilement, se rangent derrière une doctrine novatrice que ces deux hommes ont contribué à établir. Notre Église protestante est née, grandit et perdure à la manière d’une réaction en chaîne. Elle rassemble ceux qui ont un jour fait l’expérience de la vocation, de la Révélation, de la conversion, et qui se sont rassemblés pour, dans la diversité de leurs convictions et de leur foi, partager le témoignage de ces expériences de foi comme autant de traces de l’intervention de Dieu dans l’histoire des hommes.
Jésus-christ Seul, L’Écriture Seule, la Foi Seule, La Grâce Seule, à Dieu Seul la Gloire. Voici ce qui fait autorité dans notre Église. Et à travers tout cela, l’Esprit continue son œuvre pour que chacun vive gracieusement de cette parole qui se révèle à nous, nous interpelle et nous change la vie,

Amen

 


 

Esaïe 6, 1 à 8

L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé, et les pans de sa robe remplissaient le temple.
Des séraphins se tenaient au-dessus de lui ; ils avaient chacun six ailes ; deux dont ils se couvraient la face, deux dont ils se couvraient les pieds, et deux dont ils se servaient pour voler.
Ils criaient l’un à l’autre, et disaient : Saint, saint, saint est l’Éternel des armées ! Toute la terre est pleine de sa gloire !
Les portes furent ébranlées dans leurs fondements par la voix qui retentissait, et la maison se remplit de fumée.
Alors je dis : Malheur à moi ! Je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures, j’habite au milieu d’un peuple dont les lèvres sont impures, et mes yeux ont vu le Roi, l’Éternel des armées.
Mais l’un des séraphins vola vers moi, tenant à la main une pierre ardente, qu’il avait prise sur l’autel avec des pincettes.
Il en toucha ma bouche, et dit : Ceci a touché tes lèvres ; ton iniquité est enlevée, et ton péché est expié.
J’entendis la voix du Seigneur, disant : Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous ? Je répondis : Me voici, envoie-moi.

Marc 1, 14 et 15

Après que Jean eut été livré, Jésus alla dans la Galilée, prêchant l’Évangile de Dieu.
Il disait : Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle.

Texte Louis Second 1910
 
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