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COMME UN PETIT ENFANT

Marc 9, 30 à 37

Culte d’accueil d’une proposante

Chers amis,

Certains l’auront peut-être reconnu, ce texte était celui proposé dans les lectionnaires pour dimanche dernier. Le calendrier de notre paroisse a fait que nous l’avions mis de côté, mais ce n’était que partie remise.

Car ce texte dans mon esprit entrait en résonance avec ce que nous partageons aujourd’hui, avec ce temps liturgique d’accueil que nous venons de vivre. Ces versets de l’Évangile de Marc nous parlent justement d’accueil par la communauté et de service. De se mettre au service non seulement de notre Seigneur, mais au service de tous.

Cependant, la première chose qui m’a interpellée, c’est avant tout cette question que Jésus pose à ses disciples : de quoi discutiez-vous en chemin ? ... Le chemin...

Le chemin qui m’a amenée jusqu’ici à Chabeuil passait par la faculté de Théologie protestante. Les facultés devrais-je dire car j’ai fréquenté celle de Genève, celle de Strasbourg et enfin celle de Montpellier. Et de quoi avons nous discuté pendant ces sept années d’études, entre étudiants, futurs candidats au ministère pastoral, et avec nos professeurs ?

De choses passionnantes et très savantes : d’exégèse, de systématique, de philosophie, d’histoire, de sociologie, de psychologie, d’homilétique, d’œcuménisme… j’en oublie sûrement. Et il est vrai que même si la compétition entre nous n’était pas aussi féroce qu’en première année de Médecine ou dans certains concours de Grandes Écoles, il y avait cependant un certain niveau d’exigence, une certaine émulation à viser l’excellence, à vouloir se ranger parmi les meilleurs. Même si nous ne faisions pas l’objet d’un classement, même s’il n’y avait pas officiellement de « premier de la classe », il y avait quand même cette volonté de se maintenir soi-même au dessus de la moyenne, gage de la réussite de nos examens.

Sauf que nous avons finalement compris que le diplôme final, même avec une mention, n’était pas le sésame qui nous ouvrirait grand l’accès au ministère pastoral. En Église, rien ne s’obtient au mérite.Comme dans tous les ministères, nous y sommes appelés, et appelés de deux manières. Notre commission des ministères, qui suit les étudiants pendant tout leur parcours universitaire, est mandatée avec ses pasteurs et ses laïcs pour discerner avec nous les motivations profondes de notre vocation, et les charismes qui sont les nôtres. C’est elle qui autorise notre entrée en proposanat et incarne ainsi cette vocation externe chère à Jean Calvin. Si exercer un ministère dans l’Église, c’est répondre personnellement à un appel intérieur, celui-ci doit aussi être confirmé de l’extérieur par nos pairs qui attestent qu’ils nous « voient » bien dans la fonction de pasteur, nos pairs qui nous portent et nous confortent dans notre vocation.

Et dès notre stage universitaire en paroisse, cette invitation du Christ aux premiers d’être les derniers prend alors son sens. Peu importe que vous sachiez lire la Bible en Hébreu et en Grec dans le texte ou que vous connaissiez l’histoire de la Réforme sur le bout des doigts. C’est alors que vous comprenez que vos études ne sont pas un bagage, mais une boîte à outils. Que c’est dans la posture du serviteur inutile que vous êtes attendu pour écouter, pour accompagner, pour partager, pour encourager. Savoir lire le monde et penser Dieu, voilà l’invitation dont notre faculté de Théologie a fait sa devise. Savoir déceler tout ce qui surgit, ce qui frémit, ce qui bouillonne dans la cité, dans la communauté paroissiale et au cœur de l’Église universelle et y discerner cette présence, cette Parole et cette volonté de Dieu qui la maintient en vie. Puis trouver ces mots qui entreront en résonance, ces gestes qui répondront aux attentes, ces interstices par lesquels va pouvoir s’infiltrer cette Parole que nous portons et prêchons au nom d’un Autre. Penser et repenser notre ministère, penser et repenser comment « dire Dieu »  et annoncer l’Évangile à l’attention personnelle et spécifique de ceux que nous sommes appelés à entourer, à servir.

Voilà à quoi servent nos études. Voilà comment se révèle à nous la réalité du ministère pastoral : se mettre au service avec humilité. Et c’est ce que Jésus semble vouloir nous expliquer en mettant au centre de tous cet enfant qu’il entoure de ses bras. Car le choix de cet enfant n’est pas un hasard. Jésus nous délivre ici un message bien précis.

Pour parler de cet enfant, Marc dans le texte grec de l’évangile, n’utilise pas le mot τεκνον qui désigne un tout jeune enfant dans toute sa pureté et son innocence, l’enfant naturellement bon. Lorsque Jésus nous donne cet enfant en exemple, il n’attends pas de nous cette simplicité, cette naïveté oserais-je dire, toutes ces attitudes qui renvoient à la candeur de l’enfance .

Non ! Le mot qu’utilise Marc pour traduire les paroles de Jésus est celui de παιδιον, qui désigne en grec à la fois un jeune enfant (disons moins de 7 ans pour donner un ordre de grandeur), et aussi un jeune serviteur dans la maison.

Un enfant de moins de 7 ans n’a pas encore « l’âge de raison ». Il sait certes déjà marcher, parler. Il est sevré et sait manger seul, mais il ne peut pas encore assurer sa subsistance, se faire à manger par exemple. Cet enfant est encore en état de dépendance par rapport aux adultes. Il en est au stade où il apprend, où il imite, et où il prend peu à peu des initiatives sans être encore complètement autonome et auto-subsistant. Il est encore fragile et a besoin de modèles, de conseils, d’encouragements.

Et ses proches sont alors appelés à l’accueillir, à l’entourer, à le prendre dans leurs bras pour l’éduquer, pour lui témoigner de l’amour et pour le protéger le temps qu’il devienne adulte.

Et c’est je crois ce que vous vous êtes tous sentis appelés à faire, en venant m’entourer pour ce culte d’accueil. En faisant symboliquement cercle autour de moi, et en prononçant sur moi la bénédiction de Dieu, par son Fils Jésus-Christ. M’accueillir comme on accueille l’enfant qui doit encore apprendre, mais qui est appelé à prendre son envol, à grandir pour remplir un jour pleinement son rôle parmi les siens. M’entourer de cette bienveillance et de cette attention que vous m’avez tous témoignés, paroissiens, voisins chabeuillois et collègues, depuis trois mois déjà.

Accueillir notre prochain comme on accueille un enfant, c’est aussi accepter une responsabilité. La responsabilité de parents pour un couple, et pour vous cet engagement d’accompagner ma découverte du ministère, de la paroisse et de ses paroissiens, et de l’Église dans toutes ses dimensions. Il y a dans votre accueil quelque chose d’une adoption, d’un lien qui s’établit et qui va au-delà d’un simple contrat d’apprentissage.

Et cet enfant fragile et dépendant offre en retour à ses parents adoptifs, de l’amour et de la reconnaissance, l’obéissance et le service. Ce même amour et cette même reconnaissance que nous rendons à Dieu comme à notre prochain. Cette même obéissance et ce service que Jésus-Christ nous propose d’assumer à sa suite.

Nous percevons alors toute la profondeur de ces paroles de Jésus à ses disciples. Si accueillir et entourer un enfant fragile et dépendant, c’est accueillir le Christ, et avec lui Dieu lui-même, alors cet enseignement des premiers qui doivent être les derniers fait sens. Alors Dieu se révèle à nous en prenant la dernière place, celle du plus fragile, celle du serviteur. Cet enseignement est dans la continuité de l’annonce par Jésus de sa condamnation, de sa passion et de sa crucifixion. Et il nous révèle alors un Dieu fragile, qui accepte de s’abaisser, d’être à la merci de nos faiblesses, d’être dépendant de notre jugement et de notre bon vouloir, pour au final y manifester sa force, celle de la Vie avec un grand V.

Alors c’est confiante que je réponds à cet appel, que j’accepte de me mettre au service de cette paroisse de Chabeuil-Châteaudouble et d’y prendre toute la mesure du ministère pastoral sous votre accompagnement bienveillant. Confiante par là-même dans le projet que Dieu a formé pour moi, et dans le chemin qu’il a tracé et qu’il continue de tracer et d’aplanir devant moi. C’est en vous assurant de mon engagement à votre service que je sais pouvoir servir et obéir à celui qui m’envoie vers vous.

Comme le petit enfant, je me confie en Dieu mon Père, qu’Il me soit en aide,

Amen

 


Marc 9, 30 à 37

Ils quittent cet endroit et ils traversent la Galilée. Jésus ne veut pas qu’on sache où il est.
En effet, il enseigne ceci à ses disciples : «Le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. Ils vont le faire mourir, et trois jours après, il se relèvera de la mort.»
Mais les disciples ne comprennent pas ce qu’il leur dit, et ils ont peur de lui poser des questions.
Ils arrivent à Capernaüm. Quand ils sont dans la maison, Jésus demande à ses disciples : «De quoi est-ce que vous avez discuté en marchant?»
Mais les disciples se taisent. En effet, sur le chemin, ils ont discuté entre eux pour savoir qui était le plus important.
Alors Jésus s’assoit, il appelle les douze apôtres et leur dit: «Si quelqu’un veut être le premier, il doit être le dernier de tous et le serviteur de tous.»
Ensuite il prend un enfant, il le met au milieu du groupe, l’embrasse et il dit aux disciples : «Si quelqu’un reçoit un de ces enfants à cause de moi, c’est moi qu’il reçoit. Et cette personne qui me reçoit, ce n’est pas moi qu’elle reçoit, elle reçoit celui qui m’a envoyé.»

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