• Imprimer

JE T'AIME GRAND COMME ÇA !

Jean 14, 15 à 18 - Éphésiens 3, 14 à 21

Culte Plaine, Portes-les-Valence le 2 juin 2019

Chers amis,

Depuis sa prison, Paul aurait envoyé cette lettre à l’Église d’Éphèse. Mais on en est pas sûr. Le nom d’Éphèse dans l'entête de la lettre n'est pas présent dans toutes les copies de manuscrits retrouvées, et les biblistes y voit plutôt une lettre circulaire, une sorte de "lettre de nouvelles" que Paul aurait adressée à toutes les communautés chrétiennes dispersées. L'urgence n'est plus pour lui de répondre aux questions existentielles ou d'arbitrer les querelles internes des différentes Églises. Il attend son procès et sa comparution devant l'Empereur romain dans un cachot à Rome. Âgé, fatigué, souffrant, il ne sait pas si c'est la maladie ou sa condamnation à mort qui va mettre un terme à sa mission apostolique. Aussi cette lettre aux Éphésiens, comme quelques autres, résonne plus comme un testament théologique, une sorte de catéchisme qui récapitulerait ce qu'il a enseigné et proclamé durant son ministère, et qui donnerait une postérité à son témoignage.

Et il sait que parmi les préoccupations de ses frères et sœurs dans les communautés chrétiennes, la question du retour du Christ est épineuse. Déjà, quelques années auparavant, l’Église de Thessalonique l'avait interpellé (1Th 4,13 ss.) :
« Quand Christ reviendra-t-il pour ressusciter les morts et installer son Royaume de paix ? Cela devait être imminent, mais des chrétiens sont déjà morts et n'ont pas connu ce jour ! Et nous, le connaîtrons-nous ? » L'enthousiasme avait peu à peu laissé place à l'impatience, au doute, et au découragement.

Et je suis certaine qu'aujourd'hui, ces situations d'attente mêlée d'excitation et de doute ne vous sont pas étrangères.
Certes l'hiver n’a pas été trop rude, mais nous aspirons pourtant au retour des beaux jours. Et même si nous sommes certains que l'été reviendra comme tous les ans, nous sommes à l’affût de tous ses signes avant-coureurs. Nous nous inquiétons dès que quelques jours plus frileux semblent vouloir retarder cette échéance. Il n'y a plus de saisons, ma bonne dame !

Nos vies sont également jalonnées d'attentes de toutes sortes, pour nous comme pour nos proches. L'attente anxieuse d'une guérison, d'un sursis que nous tentons de déceler dans le diagnostic des médecins. L'attente d'un résultat, d'une décision qui devrait décider de notre avenir. Nous avons sûrement dans notre entourage des jeunes qui espèrent réussir leur concours ou leur bac, qui attendent une réponse de Parcours Plus pour enfin pouvoir étudier ou exercer le métier qui les passionne et répondre à leur vocation. D'autres rêvent encore de trouver la femme ou l'homme de leur vie, d’agrandir la famille avec l'arrivée d'un enfant.
Notre société a également des aspirations qui n'ont guère changées à travers l'histoire.
Nous voudrions un monde de liberté, d'égalité et de justice sociale, de fraternité et de paix. Mais là aussi les augures ne sont pas bonnes. Les épidémies, le chômage, l'intolérance religieuse et le terrorisme, les guerres et la crise des migrants, le résultats des élections : rien à ce jour ne laisse présager l'instauration imminente de ce Royaume que Jésus-Christ doit inaugurer à son retour.

Et ces attentes parfois déçues sont autant de peurs et de doutes qui rongent notre foi. Nous nous demandons parfois où est Jésus, qui nous avait promis« qu'il serait avec nous tous les jours jusqu'à la fin des temps »(Mt 28,20).

Alors j'ai imaginé que Paul nous aurait adressé, à nous aussi, une lettre en forme d'exhortation.


 


Chers paroissiens de la Plaine de Valence, chers frères et sœurs en Christ,

La grâce et la paix vous sont donnés de toute éternité par Dieu le Père et par son Fils Jésus-Christ. Soyez en tous temps assurés de son amour.

Je sais que votre Église chrétienne affirme avec ferveur sa fidélité en l’Évangile, et qu'elle confesse sa foi en Dieu qui est aussi Fils et Esprit.
Je sais aussi qu'elle continue fidèlement à faire mémoire de la naissance, de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, et qu'elle espère son retour dans une attente teintée de confiance, mais aussi parfois d'incertitude et de découragement.

A vous j'écrirais ce que j'écrivais jadis aux paroissiens de Thessalonique : « Vous-mêmes le savez parfaitement : le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit… mais vous, frères, vous n'êtes pas dans les ténèbres, pour que ce jour vous surprenne comme un voleur… alors restons vigilants… et revêtons la cuirasse de la foi et de l'amour, avec le casque de l'espérance du salut » (1Th 5 2-8)

Oui, il vous semble que Dieu vous laisse dans l'attente, et ne vous donne aucune échéance, pas de date précise à souligner en rouge dans votre calendrier. Jésus-Christ s'en est allé. Il a rejoint son Père et vous laisse au cœur de ce monde avec comme seules instructions de vous aimer les uns les autres, de garder ses commandements et d'annoncer son Évangile. Et vous savez tout comme moi, Paul, l'Apôtre des païens, combien cela est difficile, combien ce monde est parfois hostile et réfractaire à notre message, combien lui comme nous sommes faibles, et tentés de nous abandonner au péché.

Pourtant, Jésus-Christ ne vous a pas laissé seuls. Déjà de mon temps, avant la rédaction des évangiles, les paroles du Jésus pendant son ministère sur terre se transmettaient grâce à ses disciples, de bouche à oreille et dans divers recueils. Et je savais qu'il leur avait dit « qu'il ne les laisserait pas orphelins, qu'il prierait son père pour qu'il leur envoie le Paraclet, l'Esprit Saint. A tous ceux qui l'aiment et qui gardent ses commandements, Jésus avait fait la promesse qu'il s'installerait à demeure dans leur cœur, qu'il leur ferait se ressouvenir de tout ce qu'il avait dit et qu'il leur donnerait sa paix. »( Jn 14, 15 ss)

Paraclet, je vous le traduis, en grec, ça veut dire « Celui qu'on appelle près de soi », c’est-à-dire tout à la fois un consolateur, un défenseur, un médiateur, un assistant, un avocat... Mais ces mots ne suffisent pas pour dire tout ce que l'Esprit Saint est, et tout ce qu'il fait en nous. Il souffle où il veut, il est une brise légère ou un violent coup de vent, et son action est sans limite, lui qui est, comme le Père et le Fils infiniment grand, infiniment bon et infiniment puissant.

Car cet Esprit, que tous les saints (j'entends par « saints » l’assemblée des croyants), cet Esprit que tous les saints ont reçu, c'est celui qui vient mettre l'amour de Dieu au cœur de chacun de nous, cet amour tout puissant qui peut tout, qui pardonne tout, qui espère tout, qui endure tout, qui rend service, qui prend patience … vous connaissez la suite je suppose.
Oui, là est le glaive et l'armure que Dieu vous promet pour survivre et témoigner dans ce monde hostile. Et cet amour n'est pas à venir, il est déjà là. L'Esprit l'a semé, et, comme une jeune pousse, il le cultive au fond de vos cœurs pour que vous le fassiez fructifier pour ce monde.

Oui, mon frère, ma sœur de la Drôme, l'amour de Dieu, la vie éternelle ne sont pas une promesse lointaine, Ils sont là pour toi, en toi, ici et maintenant. Range ton calendrier et sort plutôt un mètre, une équerre et un rapporteur, car c'est en trois, voire en quatre dimensions que tu peux prendre toute la mesure de cet amour que Dieu te porte :

Tu en apprécies la longueur par la distance qui se déploie devant toi. Jésus-Christ est le chemin, la Vérité et la Vie. Ce n'est pas en mètres, mais en milliers de kilomètres et en années que tu dois le mesurer. Aucun chemin n'est assez long pour te faire découvrir tout ce que la Création t'offre de paysages, de beauté, de sérénité. Aucun de tes gestes n'est trop petit pour en prendre soin.
Et cet amour que l'Esprit ranime sans cesse en toi est celui du berger pour ses brebis. Il trace la route devant toi. Il guide et inspire ta vie et murmure dans ton cœur sa Parole pour que tu comprennes ses commandements. Il fait retentir en toi son appel pour que tu répondes à ta vocation dans ce monde. Il te fait rencontrer ceux et celles qui partageront ta vie, qui lui donneront un sens, une orientation. Il est cet assistant, ce défenseur qui te protège et t'évite de chuter en butant contre les pierres du sentier. « Celui qui croit en moi aura la vie éternelle ».(Jn 3,36)

Mais tu évalues aussi cet amour dans sa largeur et son envergure : Il brûle en toi et ne demande qu'à sortir pour se répandre tout autour de toi. Cet amour que tu reçois par l'Esprit, une force inconnue te pousse à le diffuser en paroles et en actes, par le témoignage, par la compassion, par le pardon, par l'entraide. Tu ne recherches aucun mérite et n'attends rien en retour. Il rayonne de toi et se fait témoignage et secours pour ton prochain. Il offre le réconfort et l'espoir aux malades, et fait souffler un vent de réconciliation dans les conflits qui te minent. C'est en lui que repose notre espoir d'un monde meilleur, d'une société où les chances dans la vie seraient les mêmes pour tous, où il n'y aurait plus de fugitifs et d'exilés, où la haine, l'intolérance et les armes se tairaient pour laisser une chance à la paix. Si nous aimons, c'est parce que Dieu nous a aimés le premier. (Jn 4,19)

Tu penses qu'il te faut un mètre-laser pour en estimer la hauteur. Sans doute surestimes-tu la distance qui te sépare de Dieu ! Tu lèves les yeux au ciel et Dieu te semble si loin. Pourtant, c'est pour se rapprocher de toi qu'il a envoyé son fils. Pour que sa Parole soit faite chair et que tout Homme croit en lui. Certes son Fils crucifié et ressuscité est retourné auprès de lui, mais il lui a demandé d'envoyer son Esprit pour que sa promesse d'être toujours avec nous se réalise. Et cet Esprit témoigne de tout l'amour qu'il te porte. Ce n'est pas dans les cieux mais à l'intérieur même de toi qu'est sa demeure. Ne sais-tu pas que ton corps est le Temple du Saint-Esprit ? (1Co 6,19)

Mais tu auras, je pense, du mal à en estimer la profondeur. Car l'amour de Dieu est insondable, incommensurable. Sans doute est-ce dans la sérénité, la joie et la paix qu'il te donne que tu en apprécieras toute la densité. Dans les petits bonheurs quotidiens en famille, entre amis. Dans les sentiments qui unissent ton couple. Dans la beauté d'un coucher de soleil ou d'un arbre en fleur qui disent tout ce que t'offre sa Création. Dans la reconnaissance que tu as pour tous ceux qui œuvrent pour que l'égalité entre les hommes et l'harmonie entre les peuples soient une réalité. Je te le redis, à toi chrétien du 21ème siècle, l'amour du Christ surpasse toute connaissance. Il te comblera jusqu'à recevoir toute la plénitude de Dieu.

C'est pourquoi, comme je l'ai fait pour l’Église d’Éphèse et pour toutes les Églises chrétiennes de mon temps, je me mets à genoux et je vous porte, tous, dans ma prière d'intercession comme Christ a intercédé pour vous auprès du Père. Je prie pour que le Père vous fortifie de l'intérieur en ravivant sans cesse cette petite flamme de l'Esprit qui veille en vous et qui ne demande qu'à briller et brûler pour éclairer le monde et le réchauffer de son amour. Je prie pour que l'amour de Dieu en Jésus-Christ vous submerge dans toute sa démesure.

« A celui qui peut, par sa puissance qui agit en nous, faire au-delà, infiniment au-delà de ce que nous pouvons demander et imaginer, à lui la gloire dans l’Église et en Jésus-Christ, pour toutes les générations, aux siècles des siècles. Ainsi soit-il. » (Eph 3, 20)

Signé : Apôtre Paul


 

Voici, frères et sœurs, cette lettre que Paul nous a écrite. Et comme il a tenté de nous l'expliquer, l'heure n'est pas à essayer de comprendre pourquoi le Christ nous a quitté pour rejoindre son Père, ni à attendre de pouvoir le rejoindre dans une hypothétique vie après la mort, ni à prier pour que nous recevions, nous aussi, l'Esprit-Saint. Cet Esprit, nous l'avons tous reçu comme Jésus l'a reçu sous la forme d'une colombe le jour de son Baptême. Nous fêterons dimanche prochain la Pentecôte. Nous nous souviendrons de ce jour où, comme Christ l'avait promis, un souffle violent emplit la maison et des langues de feu se partagèrent et se posèrent sur les disciples. Il n'est plus besoin d'attendre : Christ est présent, avec en nous comme il nous l'a promis, par l'Esprit. Il illumine notre lecture des écritures, nous invite à la célébration de la Sainte-Cène. Il est à l’oeuvre de mille façons tous les jours nos vies. L'Esprit rend présent l'amour du Père pour le Fils, et pour nous tous.

Aimons-nous les uns les autres comme il nous aime. Louons-le sans cesse en Esprit et en Vérité.

Amen.


Jean 14, 15-18

15 « Si vous m’aimez, vous vous appliquerez à observer mes commandements ;
16 moi, je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous pour toujours.
17 C’est lui l’Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d’accueillir parce qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous.
18 Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous.

Lettre aux Éphésiens 3, 14-21

14 C’est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père,
15 de qui toute famille tient son nom, au ciel et sur la terre ;
16 qu’il daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance, par son Esprit, pour que se fortifie en vous l’homme intérieur,
17 qu’il fasse habiter le Christ en vos cœurs par la foi ; enracinés et fondés dans l’amour,
18 vous aurez ainsi la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur...
19 et de connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez comblés jusqu’à recevoir toute la plénitude de Dieu.
20 À celui qui peut, par sa puissance qui agit en nous, faire au-delà, infiniment au-delà de ce que nous pouvons demander et imaginer,
21 à lui la gloire dans l’Église et en Jésus Christ, pour toutes les générations, aux siècles des siècles. Amen.

Texte : Traduction Œcuménique de la Bible

Lire la prédication