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PASSER EN MODE "PAUSE"

Marc 1, 29 à 39

Châteaudouble, le 14 juillet 2019

Chers frères et sœurs, 

Jésus poursuit sa route, prêchant, appelant hommes et femmes à sa suite, guérissant et libérant ceux qu’on lui amenait, à l’intérieur des maisons (comme ici pour la belle-mère de Pierre), ou sur la place publique. La foule se presse, la ville entière est à la porte. A croire que tout le monde souffre de quelque chose, que cette parole qui guérit, qui libère est attendue par le plus grand nombre.

La journée fut longue, Jésus a été sollicité de toute part jusque tard dans la soirée. Une bonne nuit de repos et de sommeil sera sûrement réparatrice.

Pourtant, au petit matin, alors qu’il fait encore sombre, Jésus quitte la maison, le village. Il se met à l’écart dans un lieu désert, pour prier. Oui, Jésus est comme tous ces personnages publics, ces présidents, ces sportifs, ces vedettes de cinéma ou du show-business qui se doivent à leur fonction, à leur électorat, à leur public. Avec la réussite et la notoriété, ils découvrent qu’ils ne s’appartiennent plus vraiment. Avoir une vie privée, des temps de pause où ils peuvent se retirer et décompresser, tout cela est désormais presque impossible.

Et d’ailleurs lorsque Jésus s’évade discrètement dans la nuit pour trouver un peu de sérénité et se ressourcer, tous se mettent à sa recherche, paniqués à l’idée que celui dont ils attendent tant puisse disparaître, leur faire faux-bond, partir sans s’être occupé d’eux. Tous le cherchent, même ses amis proches, ses disciples qui auraient pu comprendre, eux, qu’il puisse avoir besoin de souffler un peu.

Tous le cherchent, tous veulent savoir où il est, où il va, ce qu’il fait. N’est-ce pas une des maladies de notre siècle ? Certes, vous n’appartenez pas tous à cette génération qui vit désormais avec un téléphone portable greffé dans la main. Mais cela ne vous a sûrement pas échappé que de nos jours, c’est devenu une obsession de chercher les gens, de les traquer en permanence, de les géolocaliser ? De les photographier à tout moment de leur vie? Vous-mêmes, vous vous surprenez peut-être parfois à vouloir savoir où se trouvent vos amis, vos proches, ce qu’ils font, avec qui ils sont. Les sociétés de marketing exploitent toutes ces informations pour mieux vous solliciter avec des publicités, des appels téléphoniques soi-disant ciblés. Votre agenda électronique est visible par tous vos collègues et amis pour que chacun puisse épier le créneau horaire libre où il pourra caler un rendez-vous ou une réunion, venir vous voir. Vous êtes joignables 24h sur 24, 7 jours sur 7 avec ce téléphone qui ne vous quitte plus, et cela vous semble devenu indispensable. Si bien que l’on songe aujourd’hui à faire une loi pour donner à ceux qui travaillent le « droit à la déconnexion », ne serait-ce que pour passer une soirée ou un week-end tranquille en famille.

Alors oui, Jésus le prend ce droit à la déconnexion. Contre la tyrannie de l’urgence, du « moi d’abord et les autres après », du « tout m’est dû, et tout de suite », du « j’avais rendez-vous avant vous », Jésus s’arroge ce droit de s’arrêter, de prendre du recul, de réfléchir, d’analyser, de comprendre et de donner du sens. Il n’est qu’au début de son ministère. Comme nous pouvons le lire tout au long de cet Évangile de Marc, il y a des pans de sa mission que Jésus ignore encore, qu’il va découvrir au fur et à mesure. Et c’est dans la prière et le dialogue avec son père qu’il peut, jour après jour, prendre la mesure de ce projet de Dieu qu’il incarne. C’est grâce à ce dialogue qu’il décidera de poursuivre sa route vers d’autres villages, d’autres villes, jusqu'à ce destin qui l’attend à Jérusalem.

Mais s’extraire de cette vie de sollicitations pour calmer le jeu, est-ce juste une question de confort et de choix personnel, ou un besoin vital ? En tout cas, pour Jésus, ce n’est semble-t-il pas une bonne nuit de sommeil qui s’avère être le remède à tout ce surmenage. Il se lève tôt, alors qu’il fait noir, et se retire dans un lieu désert pour prier. Pour se reconnecter à la source et recharger son énergie vitale. Car l’épuisement guette ceux qui, sans relâche, sont sollicités et se doivent de répondre par devoir, par dévouement, par vocation.
Demandez aux médecins, aux infirmières, aux professeurs, aux pasteurs, aux commerçants que l’on voudrait voir ouverts 7 jours sur 7, aux bénévoles aussi.

Ces temps de retraite sont essentiels, où l’on peut, dans la prière et dans un face à face avec Dieu, mettre à distance ce que l’on a vécu, et ainsi pouvoir l’analyser, tenter d’y trouver un sens, retrouver la raison d’être de notre vocation, entendre à nouveau cet appel qui nous a mis en marche et cette promesse de Dieu pour nous. Pour mieux comprendre ce qu’il attend de nous. Faire une pause, c’est retourner à la source même de ce qui nous anime, « refaire le plein » de cette énergie vitale qui est le carburant du don, du don de soi, du don aux autres.

De nos jours, les retraites spirituelles n’ont jamais autant fait recette. Sans doute y a-t-il un peu de tout cela dans ces démarches de ressourcement. C’est aussi la raison d’être du culte : de s’inscrire comme une parenthèse dans nos vies, un temps privilégié et choisi, consacré pour la prière et l’écoute de la parole. Mais au quotidien, il suffit parfois d’un moment mis à part. Se lever un peu plus tôt, ou se coucher un peu plus tard, et se laisser inspirer par un verset biblique, celui du calendrier ou de l’almanach par exemple, et méditer alors les pensées qu’il nous inspire et qui se font Paroles de Dieu. A leur tour, elles nous déchargent de ce que nous avons pris sur nous, et nous redonne la force et la motivation nécessaire pour servir cet Autre, ce Dieu qui ne compte que sur nous.

Alors militons nous-aussi pour un droit à la déconnexion, pour un droit à s’extraire du harcèlement permanent de ce monde autour de nous, mais aussi de la mainmise qu’il essaye d’exercer par tous les moyens sur nos goûts, nos choix, nos convictions religieuses, notre emploi du temps… Reconnaissons-nous le droit, la liberté de confier à Dieu nos routes. Et de puiser à sa Parole et à son amour la force de poursuivre, chacune et chacun, nos ministères sur cette terre, la force d’œuvrer en son nom au cœur du monde.

Ainsi parlait l’Éternel par la voix du prophète Jérémie :

Voici, je lui donnerai la guérison et la santé, je les guérirai. Et je leur ouvrirai une source abondante de paix et de fidélité.  (Jérémie 33,6)


AMEN


Marc 1, 29-39

29 En sortant de la synagogue, ils se rendirent avec Jacques et Jean à la maison de Simon et d'André.
30 La belle-mère de Simon était couchée avec de la fièvre; aussitôt on parla d'elle à Jésus. 31 Il s'approcha, la fit lever en lui prenant la main, et [à l'instant] la fièvre la quitta. Puis elle se mit à les servir.
32 Le soir, après le coucher du soleil, on lui amena tous les malades et les démoniaques. 33 Toute la ville était rassemblée devant la porte. 34 Il guérit beaucoup de personnes qui souffraient de diverses maladies; il chassa aussi beaucoup de démons, et il ne leur permettait pas de parler, parce qu'ils le connaissaient.
35 Vers le matin, alors qu'il faisait encore très sombre, il se leva et sortit pour aller dans un endroit désert où il pria.
36 Simon et ceux qui étaient avec lui se mirent à sa recherche; 37 quand ils l'eurent trouvé, ils lui dirent: «Tout le monde te cherche.» 38 Il leur répondit: «Allons [ailleurs,] dans les villages voisins, afin que j'y prêche aussi, car c'est pour cela que je suis sorti.»
39 Et il prêchait dans leurs synagogues par toute la Galilée et chassait les démons.

(Texte Segond 21)

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