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- Créé le Dimanche, 25 Décembre 2011 21:26
- Écrit par Gilbert Carayon
LA VERITABLE LUMIERE, EN VENANT DANS LE MONDE, ECLAIRE TOUT HOMME
Jean 1, 1 à 14 - Esaïe 60, 1 à 4 et 19 à 22 - 1 Jean 1
Plusieurs signes, symboles, sont liés à Noël : le sapin, la crèche, les chocolats … L'un de ces signes est la lumière. Les rues, les villes, les arbres sont éclairés de milliers de lumières.
En cette période de l'année, la lumière est d'abord un besoin, parce que les jours sont courts. C'est pourquoi la lumière est sans doute le signe le plus ancien de cette fête. Fête qui, on s'en souvient, était à l'origine la fête de la naissance du soleil. Or, le soleil, c'est la lumière pour la terre. Il s'agit d'y voir clair.
Puis la lumière est devenue un signe, un symbole d'espérance. En allumant des bougies, en faisant de la lumière (et le feu de la cheminée servait non seulement à se chauffer, mais aussi à s’éclairer), les anciens voulaient signifier que les ténèbres ne dureraient pas toujours.
Alors, Noël, est-ce la fête de l’espérance dans le retour de la lumière ? Que dit la Bible concernant la lumière ? Car c’est un thème que l’on trouve aussi dans les Ecritures.
Que dit la Bible concernant la lumière ?
Dans l'Ancien Testament, la lumière est présentée comme un jugement. En éclairant, elle permet de voir la réalité des choses, et donc d'en juger. Une grande partie des textes mentionnant la lumière oppose celle-ci aux ténèbres. Dès le 1er jour de la création, Dieu sépare la lumière des ténèbres. Dans le judaïsme, les choses doivent être séparées. Il n'est pas question de mélanger le bon et le mauvais, c'est une impureté. La notion "chimique" d'impureté a d’abord une valeur religieuse. Les personnes aussi doivent être à part. Israël doit se différencier des autres peuples. Les notions civiles, sociales, politiques et religieuses sont liées.
Cette présentation est à critiquer à la lumière (c'est le cas de le dire) de l'Evangile. Mais ce n'est pas le seul message du thème de la lumière.
Dans l’Ancien Testament, Dieu est lumière.
Tu n'auras plus le soleil pour lumière pendant le jour, ce ne sera plus la lune qui t'éclairera de sa clarté ; c'est le Seigneur qui sera ta lumière pour toujours, c'est ton Dieu qui sera ta splendeur (Es 60, 19).
Dieu éclaire son peuple. Ce qui implique les instructions, la loi, la Parole de Dieu, mais aussi sa protection. On retrouve ce dernier thème notamment dans les psaumes. Dieu est la lumière dans le sens qu'il est la référence d'Israël.
Dieu est aussi la gloire d'Israël : Lève-toi, brille : ta lumière arrive, la gloire du Seigneur se lève sur toi. Certes, les ténèbres couvrent la terre et une obscurité épaisse recouvre les peuples ; mais sur toi le Seigneur se lève, sur toi sa gloire apparaît (Es 60, 1. 2).
Cette gloire (lumière) est souvent future, elle fait partie des temps messianiques. Israël sera glorieux, illuminé par Dieu. Dieu lui-même viendra ; parfois (dans certains messages) représenté par le Messie. La notion d'espérance liée à la lumière est bien biblique, elle rejoint l’espoir de voir les jours s’allonger. Mais cette espérance s'accomplit dans le Nouveau Testament. Et pour nous, elle devient donc présente.
Dans le Nouveau Testament, c'est surtout l'apôtre Jean qui parle de la lumière.
La lumière, c'est la Parole de Dieu, c'est le Christ. Il vient dans le monde et éclaire tout homme.
L'idée de jugement est conservée, car, à la clarté de cette lumière, chacun peut se découvrir et se juger soi-même. Jean écrit, en effet : Et voici le jugement : la lumière est venue dans le monde, et les humains ont aimé les ténèbres plus que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque pratique le mal déteste la lumière ; celui-là ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dévoilées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu'il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en Dieu (Jean 3, 19-21).
Si celui qui est confronté à la lumière vient à la lumière, il rejette les ténèbres qui sont en lui. Si, au contraire, il ne vient pas à Christ, il manifeste qu'il est davantage attaché à son moi ténébreux. Il n’est donc pas question d’un jugement dernier reporté à la fin des temps, mais d’un jugement présent.
Mais Jean dégage encore une autre idée, du fait que la lumière éclaire tout homme. Il le fait essentiellement dans sa première épître.
En 1 Jean 1, le but de l'apôtre est la communion des chrétiens entre eux, et des chrétiens avec le Père et Jésus-Christ (1 Jean 1, 3). Dans cette optique, il rend témoignage à la lumière. Il annonce que Dieu est lumière et que cette lumière s'est révélée en Jésus-Christ. Quel rapport y a-t-il entre la communion et la venue du Christ ?
L’idée de base, c’est la communion.
Le terme communion se dit, en grec koïnaunia, qui veut dire : partage, participation … Ce mot vient de koïnos qui signifie : commun, ordinaire, profane, impur ; et du verbe koïnoau qui veut dire : rendre impur, souiller, profaner, considérer comme impur.
Qu’est-ce donc que la communion ? C’est un partage entre personnes qui sont aussi ordinaires, profanes, impures, les unes que les autres. Si certaines personnes considèrent qu’elles sortent de l’ordinaire, la communion n’est plus possible.
Communier, c’est donc ne pas faire de différence entre les personnes. C’est prendre conscience que personne n’est saint, sacré, à part ; ce qui rendrait justement la communion possible.
Mais ceci induit quelques remarques :
Comment être en communion avec Dieu, selon le vœu de l’apôtre, puisque Dieu est saint et pur, alors que nous ne le sommes pas ?
Par l’incarnation. En Jésus, Dieu s’est fait homme, il s’est désacralisé aux yeux des êtres humains. Il apparaît comme un simple homme, ordinaire. Il est alors possible d’être en communion avec Dieu et Jésus. C’est là le lien entre l’incarnation et la communion.
Deuxième remarque : la communion implique la reconnaissance de sa propre impureté. C’est pourquoi l’apôtre parle de la reconnaissance de son propre péché : Si nous disons : « Nous n'avons pas de péché », nous nous égarons nous-mêmes et la vérité n'est pas en nous … Si nous disons : « Nous ne sommes pas pécheurs », nous faisons de lui un menteur, et sa parole n'est pas en nous (1 Jean 1, 8-10).
Pour être en communion, il ne faut pas faire de différence entre les personnes, et donc reconnaître que nous sommes tous pécheurs, sans différence de niveau.
C’est là que nous retrouvons le thème de la lumière et des ténèbres. Car les ténèbres, c’est la duplicité, la tromperie, le calcul, l’égoïsme qui consiste à se mettre au-dessus des autres. Au contraire, Dieu est lumière parce qu’il s’est abaissé jusqu’à notre condition.
Et la pensée humaine est, une fois de plus, renversée, car, comme l’Ancien Testament, nous avons tendance à considérer que la lumière, c’est la gloire et la puissance, alors, qu’en Jésus, Dieu montre que la lumière, c’est l’abaissement ; et donc l’amour.
Si nous marchons dans la lumière, dit Jean (1 Jean 1, 7). C’est-à-dire, si nous ne faisons pas de différence entre les personnes, nous sommes en communion avec Dieu. Parce que c’est la voie qu’il a tracée, et que nous y marchons avec lui.
Si nous marchons dans la lumière, nous sommes mutuellement en communion (1 Jean 1, 7). Car il n’y a pas de barrière entre nous.
L’apôtre ajoute encore (2, 10. 11) : Celui qui aime son frère demeure dans la lumière … mais celui qui hait son frère est dans les ténèbres.
L’amour est la lumière qui renverse toutes les barrières et les différences pour établir la communion.
Qui a fait cela ? Nous ? Non ! C’est la véritable lumière qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme (Jean 1, 9), et rend chacun propre à participer au royaume de Dieu. Il n’y a donc plus de différence entre les personnes. Comme le dit l’apôtre Paul aux Galates (3, 28) : Il n’y a plus ni juif ni grec, ni homme ni femme, ni esclave ni libre, nous sommes tous un en Jésus-Christ.
Noël est moins l’espérance d’une gloire à venir que la commémoration d’un abaissement éternel ; celui de Dieu, qui est lumière parce qu’il s’est abaissé jusqu’à nous.

