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AVANT OU AVENT

Luc 21, 25 à 36

Récemment nous avons reçu par l’école de mes enfants une invitation à faire un calendrier de l’Avent inversé qui consiste à préparer un colis de Noël pour les personnes seules, isolées, emprisonnées ou à la rue. Toutes celles et tous ceux pour qui la vie est particulièrement dure et qui sont en difficulté. Bonne initiative, n’est-ce pas ?
Ce qui m’a interpellée c’est l’orthographe utilisée pour le mot Avent... vous devinez, n’est-ce pas ?

Il était écrit a-v-An-t. En y réfléchissant, pourquoi est-ce que cela nous interpelle ?
Il ne s’agit pas vraiment d’orthographe, il s’agit plus de culture religieuse. Et même parmi les chrétiens pratiquants on en trouve qui ne savent pas la raison de cette orthographe particulière. Mais vous vous la connaissez, n’est-ce pas ?
Pour les petits enfants, lorsqu’ils entendent parler de l’Avent, ils complètent naturellement par « Noël » c’est la période « avant Noël » et que cela s’écrive avec un e ou un a, c’est au choix !
Pour l’Église, cette période « avant Noël » est aussi un début. C’est le début de l’année liturgique. Avec l’Evangile selon Luc que nous allons lire toute l’année, nous commençons donc cette période de l’Avent avec un texte qui parle de la fin. Ainsi l’Église chrétienne depuis des siècles commence une nouvelle année en utilisant des textes qui annoncent une fin. Fin de quoi d’ailleurs ?

Dans ce passage de l’Evangile, le long discours de Jésus s’adresse à ses disciples. Ils sont devant le Temple de Jérusalem qui représente toute la gloire de leur civilisation en quelque sorte et Jésus leur annonce sa destruction. Ils écoutent donc leur rabbi, leur maître parler de la fin de cette ville et de ce qu’elle représente pour eux.
Il est question d’angoisse, de terreurs… et puis de délivrance ! Du royaume de Dieu qui s’approche.
Nous avons donc une fin qui parle d’un début au début d’une année qui est vécue comme une fin pour la plupart d’entre nous.
C’est à en avoir le tournis, n’est-ce pas ?

Un pôle stable dans tout cela, le centre du tourbillon : Noël. La venue de Jésus, enfant, parole de Dieu incarnée en un humain, petit, faible et dépendant mais si important pour nous tous, pour notre relation à Dieu, pour notre lien avec nos frères et soeurs.

Si donc, ce passage de l’Evangile, au premier dimanche de la période de l’Avent nous annonce une fin terrible et effrayante pour ouvrir une période d’attente et de préparation à la venue de la Parole de Dieu incarnée nous pouvons le recevoir comme une promesse.
Une promesse, oui ! Ce que l’Evangile promet à travers les paroles de Jésus c’est la présence fidèle de Dieu même dans ces moments terribles et effrayants de l’histoire humaine tels que les ont vécu les disciples, tels que nous les vivons, tels que nombre de générations ont vécu avant nous.
« Voyez le figuier et tous les arbres » nous dit Jésus, quoi de plus familier pour nous ? Ce sont des signes ordinaires, communs comme peut l’être la naissance d’un enfant.

Après avoir parlé de signes effrayants et annoncé des réalités terribles, la parabole de Jésus au contraire s’appuie sur des signes finalement banals pour parler de délivrance et de la venue du Royaume de Dieu.
Ca peut paraître contradictoire, n’est-ce pas ? Alors quoi ? Est-ce que le Royaume de Dieu vient dans une apocalypse effrayante ou bien comme les fruits qui tombent de l’arbre ?
C’est la finale de la parabole, sa conclusion, qui nous mets sur une piste de compréhension possible : « Prenez garde à vous-mêmes, de peur que votre coeur ne s'alourdisse dans les excès, les ivresses et les inquiétudes de la vie, et que ce jour n'arrive sur vous à l'improviste »
Voilà donc la raison de ce discours que Jésus adresse à ses disciples : la mise en garde, l’appel à rester éveillés.
Il ne s’agit pas de les effrayer, de les décourager ni de leur annoncer des lendemains qui chantent. Il ne leur cache rien des épreuves et des dangers qui les menacent : peur, morts, fuites, événements destructeurs, renversement de structures etc... sont annoncés mais en les comparant à un événement qui n’en est pas
un pour les humains : des arbres qui bourgeonnent !

C’est cela la délivrance promise : ils seront délivrés de la peur. A l’époque de Jésus et plus encore à celle de la rédaction de l’évangile selon Luc, les prophètes de malheurs sont nombreux. Et dans la culture juive il y en a eu avant lui. Il y en a eu beaucoup ensuite et encore de nos jours. Les peurs s’entretiennent et se répondent les unes aux autres : à la peur de la maladie répond celle du vaccin qui l’évite, à la peur de l’étranger répond celle de se retrouver isolé, seul, à la peur des puissants répond celle de ne pas être soi-même un jour puissant, ou riche etc, etc...
Pour les disciples, à la peur de voir disparaître les repères importants de leur identité que sont le Temple, Jérusalem, la Judée même, s’ajoute celle que justement rien ne change et que toutes ces structures ne soient pas remplacées par un nouveau Royaume, le Royaume de Dieu annoncé par Jean le Baptiste et par Jésus.

Or, la parabole utilisée par Jésus leur montre que ce royaume est déjà en route, que les signes de sa présence sont bien plus banals et communs qu’ils attendent.
Car c’est ainsi que s’avance le royaume de Dieu : dans le quotidien des humains annoncé par la fructification saisonnière, à travers la naissance d’un enfant pauvre, par le renouvellement de la vie en somme.. chose si banal pour nous et pourtant si fragile comme nous le comprenons maintenant.

Ce royaume ne mets pas à l’abri des renversements politiques et des catastrophes naturelles mais il mets à l’abri de la peur qui étouffe l’espérance et ferme les coeurs. L’Avent est une période où nous sommes invités à nous rappeler le sens de notre attente : Il vient, il est en chemin celui qui nous proclame la victoire de la vie sur la mort.
Il est le « germe de justice » qui pousse encore, qui n’a pas fini sa croissance et qui a besoin pour cela que, au minimum, nous ne nous opposions pas à sa force de vie.

Si tout à l’heure nous avons pu avoir l’impression d’être enfermés dans une boucle où début et fin se rejoindraient éternellement, nous comprenons maintenant que Jésus ouvre une autre perspective. Si la saison des fruits revient régulièrement, cela n’empêche que ce qu’elle annonce à un sens : celui de la victoire
de la vie sur la mort. Et nous sommes dans cette histoire dont la fin nous est divulguée, spoilée : nous savons déjà la fin celle de la victoire finale de la vie, une fois pour toute, pour toujours, selon la promesse de notre Seigneur, le Dieu Créateur.

L’Avent est une attente dans laquelle nous pouvons aussi retrouver des forces et du courage : nous savons quelle sera la fin de l’histoire c’est l’avènement du Royaume de Dieu. Dans cette histoire où nous avons à vivre avec nos frères et sœurs des conflits, des pandémies et des catastrophes « rien jamais ne pourra
nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ ».
Car oui, la présence de cet amour dans nos vies peut réellement changer la donne comme nous y encourage la bénédiction de la lettre aux Thessaloniciens « Que le Seigneur fasse foisonner et abonder votre amour les uns pour les autres et pour tous, à l'exemple de celui que nous avons pour vous ! »
Acceptons donc cet amour de Dieu pour nous tous comme une réelle délivrance de la peur, comme une force qui nous est donnée dans l’épreuve, comme une aide pour rester debout alors les faux prophètes, les contempteurs de la peur, les querelleurs, les profiteurs du malheur n’ont pas prise sur nous, ils n’entrent pas dans nos esprits et n’occupent pas nos coeurs ni même nos conversations !

Je voudrais finir avec cette longue citation d’un livre écrit par deux auteurs (1), qui ne sont pas chrétiens mais qui nous parlent de l’entraide, un autre nom pour désigner l’amour les uns pour les autres :
« La culture de la peur et de la préparation à la violence – qui est le résultat de tant d’années de mythologie de la compétition et de la « loi de la jungle » - entretient un climat de violence et de défiance tout à fait défavorable à l’entraide. Elle ne participe pas à un mouvement de préparation aux catastrophes mais bien à une accélération de celles-ci. » (…) Comment donc recréer des liens de réciprocité, de confiance, de sécurité et d’équité avec ce(ux) qui nous entoure(nt) ? Voilà le grand chantier qui arrive. Cela ne se fera pas en effaçant les identités que chacun de nous a forgées aux niveaux « inférieurs » (ville, région, pays, partie, entreprise, club, etc.….), mais au contraire en les acceptant, en les multipliant et en faisant en sorte qu’aucune ne deviennent radicalement excluante ou aveuglante. Le défi est d’apprendre à jongler avec cet entrelacement d’identités afin de traverser les tempêtes sans se noyer dans les manifestations politiques de la tristesse, de la peur ou de la colère. »
Et l’ouvrage se termine ainsi « C’est une étrange constatation, mais accepter notre propre vulnérabilité et recommencer à croire dans notre interdépendance avec les « autres qu’humains [ce que je propose de traduire en langage chrétien par « interdépendance avec la Création » ] redonne de la joie, de la force et du courage »

Puisse l’Avent vous redonner force, joie et courage !

Amen.

(1) L’Entraide, l’autre loi de la jungle, Gauthier Chapelle et Pablo Servigne, éditions Les Liens qui Libèrent, éditions de poche 2019, p.309 sqq.

 

 

Luc 21, 25 à 36

25 Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles, et, sur la terre, une angoisse des nations qui ne sauront que faire au bruit de la mer et des flots ;
26 les humains rendront l'âme de terreur dans l'attente de ce qui surviendra pour la terre habitée, car les puissances des cieux seront ébranlées.
27 Alors on verra le Fils de l'homme venant sur une nuée avec beaucoup de puissance et de gloire.
28 Quand cela commencera d'arriver, redressez-vous et levez la tête, parce que votre rédemption approche.
29 Il leur dit encore une parabole : Voyez le figuier et tous les arbres.
30 Dès qu'ils bourgeonnent, vous savez de vous-mêmes, en regardant, que déjà l'été est proche.
31 De même, vous aussi, quand vous verrez ces choses arriver, sachez que le règne de Dieu est proche.
32 Amen, je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout cela n'arrive.
33 Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas.
34 Prenez garde à vous-mêmes, de peur que votre cœur ne s'alourdisse dans les excès, les ivresses et les inquiétudes de la vie, et que ce jour n'arrive sur vous à l'improviste, 35 comme un filet, car il viendra sur tous ceux qui habitent la surface de toute la terre.
36 Restez donc éveillés et priez en tout temps, afin que vous ayez la force d'échapper à tout ce qui va arriver et de vous tenir debout devant le Fils de l'homme.