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- Créé le Dimanche, 15 Janvier 2012 09:10
- Écrit par Gilbert Carayon
JESUS, PROPITIATOIRE POUR L'ETRE HUMAIN
Jean 16, 25 à 30, Exode 25, 10 à 22, Romains 3, 21 à 26
Jésus dit ces mots à ses disciples quelques heures avant de mourir. Ce sont des paroles directes. Jésus parle ouvertement maintenant, non par images, paraboles, ou de façon énigmatique. Cependant, tout n’est pas dit. Au verset 12 de ce chapitre 16 de l’évangile selon Jean, Jésus révèle qu’il aurait encore bien des choses à dire aux disciples, mais qu’ils ne peuvent pas les entendre à ce moment-là.
Puis Jésus est mort, il est ressuscité, puis il est parti. Et les disciples restent avec des images et des paroles plein la tête. Des paroles, des enseignements de Jésus, ses paraboles, ses prières, ses exhortations ... Mais, surtout, ce qui reste, c’est la personnalité même de Jésus. Les disciples l'avaient reconnu comme le Messie annoncé par les prophètes. Ils étaient prêts à le suivre, presque (!) jusqu'au bout. Mais il est mort. Et les disciples ont cru, un moment, que tout était fini. Puis il est ressuscité, et cela signifie que rien n'est fini, ou plutôt que tout recommence, mais recommence quoi ?
Quelle suite donner à l'œuvre du Christ ? Quel sera le passage initié par Pâques ? Et, pour qu'il y ait une suite, comment interpréter l'œuvre de Jésus ? C'est le thème de l'enseignement et des écrits des apôtres.
Les apôtres interprètent Jésus et son rôle.
C'était indispensable. S'ils ne le faisaient pas, ils ne pouvaient rien dire de Jésus. Les récits des évangiles sont déjà une interprétation. Et si les apôtres n'avaient rien dit, nous ne connaîtrions pas le Christ et le christianisme n'existerait pas.
Les apôtres interprètent Jésus et son rôle à partir de ce qu'ils croient et connaissent ; c'est-à-dire de leur foi et de leur religion. Or, ils sont juifs, et ils connaissent d'autres traditions ; notamment l'apôtre Paul.
Tous ces éléments entrent en ligne de compte pour répondre aux questions : Qui est Jésus, et qu'est-il venu faire ?
Très tôt, l'intérêt des chrétiens se porte sur la mort et la résurrection du Christ.
Vous avez pu noter à la lecture des évangiles qu’environ un tiers de ces textes décrit la passion du Christ, c’est-à-dire la dernière semaine de sa vie terrestre. Cela signifie que les auteurs ont tous mis l’accent sur la mort et la résurrection de Jésus. Pour eux, cette dernière semaine est capitale, et la mort de Jésus est significative.
Cette mort, est-elle accidentelle, banale, comme celle de n'importe quel crucifié de l'époque ? On aurait pu être tenté de le croire, mais, là encore, la résurrection relance le débat ; car celle-ci donne à penser que la mort correspondait à un plan, un plan qui se poursuit dans la résurrection. Jésus ne serait pas mort par hasard. Et l'on se souvient alors de certaines paroles de Jésus, telles que : personne ne m'ôte la vie, mais je la donne de moi-même (Jean 10, 18). Et les chrétiens se plairont à répéter que le Christ avait annoncé sa mort. Alors, que veut dire la mort de Jésus ? Inévitablement, les apôtres vont l'interpréter à travers leur propre tradition religieuse. Or, à l'époque, toutes les religions (y compris le judaïsme) pratiquent les sacrifices.
Quand Jésus disait : Je donne ma vie, n'était-ce pas l'annonce d'un sacrifice ? Les apôtres en ont tous eu la conviction. C'est pourquoi leurs écrits nous placent devant ce thème, et des textes parfois difficiles, tels que ces versets de la lettre de l’apôtre Paul aux Romains.
Romains 3, 25.
Texte difficile s'il en est. Surtout à cause d'un mot : Lui (Jésus-Christ) que Dieu a placé (ilastèrion). Voilà comment Jésus est présenté dans ce texte.
Que veut dire ce mot ? On l'a parfois traduit par expiation (Traduction Oecuménique de la Bible), c'est-à-dire paiement, rançon, compensation pour racheter une faute commise. D'après ce sens, Jésus serait une monnaie d'échange qui rachèterait tout le mal que l'humanité a commis et qui aurait offensé Dieu. La mort de Jésus serait le sacrifice par lequel le Christ expie, compense le péché des hommes, afin que Dieu puisse pardonner et sauver. Nous connaissons ce message, cette interprétation de la mort de Jésus. Elle est présente dans tous les écrits des apôtres. Ceux-ci ont adapté les notions sacrificielles qu'ils connaissaient au cas du Christ. Et tout le christianisme a été construit sur cette interprétation. Le problème est qu'elle fait passer Dieu pour un être qui se préoccupe plus de la justice de la loi que des individus, et qui ne peut donc pas pardonner sans sacrifice d'expiation, sans compensation. L'honneur de la loi doit être sauf. Ce n'est que lorsque la punition, le châtiment prévu par la loi s'est abattu sur le contrevenant, que Dieu peut manifester son amour en pardonnant. Mais cette conception s'oppose au verset 21 qui dit que Dieu manifeste sa justice sans la loi. Il faut donc comprendre le mot ilastèrion autrement.
Ce mot, on le retrouve ailleurs, dans la Bible, notamment dans l'Ancien Testament. C'est la traduction grecque d'un objet qui se trouvait dans le temple de Jérusalem : le couvercle de l'arche de l'alliance : ce coffre en bois d'acacia recouvert d'or, placé dans le Lieu très saint, et qui contenait les tables de la loi.
En hébreu, ce couvercle se dit quaporeth. Ce mot vient d'un verbe qui veut dire couvrir, dans le sens de cacher, d'effacer. D'où une conception originale du salut. Sauver, c’est couvrir la loi, et donc couvrir le péché révélé par la loi, c'est-à-dire : pardonner. Mais qui couvre ainsi le péché et l'efface ? Le couvercle, c'est Jésus, dit Paul.
On traduit habituellement quaporeth (le couvercle) par propitiatoire. C'est ce qui sert d'intermédiaire, de médiation, d'intercession, qui plaide la cause de quelqu'un d'autre auprès d'une autorité, en couvrant les fautes de la personne ainsi aidée. Lorsque vous intervenez pour plaider la cause d’un ami, devant un possible employeur, par exemple, rappelant à quel point votre ami est digne de confiance, grand travailleur et sérieux dans tout ce qu’il entreprend, vous êtes le propitiatoire de votre ami.
Et, là encore, inévitablement, on se représente Jésus intercédant auprès de Dieu en disant qu'il a couvert nos péchés en mourant pour eux, amalgamant ainsi les notions d'expiation et de propitiation. Cette interprétation est aussi très courante dans la Bible et les écrits des apôtres. Ils étaient dépendants de ce qu'ils connaissaient, c'est-à-dire des cultes et des sacrifices par lesquels les hommes ont toujours essayé de rendre la divinité propice à leurs demandes. Le sacrifice étant une monnaie d'échange pour recevoir des bénédictions, le pardon et le salut.
On ne peut nier que la notion de propitiation se trouve dans la Bible et le Nouveau Testament.
Mais la question se pose : Qui doit être rendu propice, favorable ?
Jésus propitiatoire, pour qui ?
Pour Dieu ?
Cela signifierait que ce serait l'homme qui offrirait le sacrifice de Jésus afin de changer le jugement de Dieu relatif aux hommes. On resterait alors dans le système païen qui voit Dieu comme un être dur qu'il faut calmer, gagner à sa cause, qu'il faut payer par un sacrifice.
Le Christ et l'Evangile ne nous auraient rien appris. En fait, ce n'aurait pas été nécessaire que Jésus vienne, les hommes avaient inventé cela tout seuls.
Non ! Dieu n'a pas à être rendu favorable aux hommes. Il l'est naturellement, parce qu'il nous aime, et c'est par l'Evangile qu'on le sait.
Le problème de la séparation, du péché, n'est pas en Dieu, ce n'est pas lui qui doit changer.
Jésus est propitiatoire pour l'être humain.
C'est lui qui s'est séparé de Dieu, en se faisant une fausse idée de Dieu.
Dieu n'a pas besoin d'un sacrifice, d'une offrande, d'un rite, d'un geste de l'homme pour l'aimer. Le geste, c'est Dieu qui le fait, parce qu'il aime l’humanité.
Ce n'est pas parce que Jésus est mort que Dieu nous aime, c'est parce qu'il nous aime que Jésus est mort (Jean 3, 16).
C'est l'être humain qui a besoin de la manifestation de l'amour de Dieu, pour voir Dieu autrement et lui être favorable.
Jésus ne plaide pas notre cause auprès de Dieu, il dit lui-même : Je ne vous dis pas que je prierai le Père pour vous ; car le Père lui-même vous aime (Jean 16, 26. 27). Jésus ne plaide pas notre cause auprès de Dieu, mais il plaide la cause de Dieu auprès de nous. C'est nous qui pensons et jugeons mal. Et il nous faut voir Dieu avec un nouveau regard, à travers les yeux du Christ.
Ainsi, c'est Dieu qui offre le sacrifice qui doit produire ce changement de regard de l'homme. Ceci implique que Jésus est Dieu. Ne voir en Jésus que l'homme, c'est rester dans le système païen qui fait de l'homme l'artisan du salut par ses offrandes et ses sacrifices. C'est continuer à croire que Dieu ne nous aime pas et ne s'intéresse pas à nous. Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, dit Paul aux chrétiens de Corinthe (1 Cor 5, 19). Dieu était en Christ, manifestant l'amour de Dieu. C'est le monde qui avait besoin d'être réconcilié avec Dieu. C'est en révélant l’amour de Dieu pour nous que Jésus joue le rôle du propitiatoire.
Jésus est le couvercle qui cache la loi.
La loi que les hommes veulent plaquer sur Dieu, et à travers laquelle ils voient Dieu ; car un Dieu juge leur ressemble plus qu'un Dieu d'amour. Jésus révèle que Dieu n'est pas une loi : Sans la loi est manifestée la justice de Dieu (Rom 3, 21).
Jésus est le couvercle qui cache notre péché.
Le péché qui consiste à avoir fait un dieu à notre image, au lieu d'adhérer à la révélation du Dieu Autre.
Le péché qui consiste à croire notre parole plutôt qu'à celle de Dieu. Le péché c'est notre vérité qui s'oppose à celle de Dieu. Le péché c'est notre façon de voir et de juger.
C'est en nous révélant le Père que le Christ efface, recouvre, rejette loin de nous, notre fausse vision, et nous donne de voir juste.
Aujourd'hui nous voyons au moyen d'un miroir, d'une manière obscure, mais alors nous verrons face à face ; aujourd'hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j'ai été connu (1 Cor 13, 12). C'est dans ce but que Jésus est venu.

