MOURIR POUR RENAÎTRE

1 Corinthiens 15, 35 à 58  - Jonas 2, 3 à 10  -   Jean 12, 20 à 26

Des Grecs veulent voir Jésus. Cet événement peut être considéré comme un détail, mais il ne l'est pas, il constitue un tournant dans le ministère de Jésus. Ces sympathisants ou prosélytes du judaïsme sont intéressés par le message du Christ. C'est une porte qui s'ouvre et qui laisse entrevoir la future prédication de l'Evangile aux païens. Il y a de quoi se réjouir, et Jésus l'a bien compris et parle de glorification : Elle est venue, l'heure où le Fils de l'homme doit être glorifié (12, 23). Et l'on pourrait s'attendre à une suite du genre : Désormais la Bonne Nouvelle sera prêchée au monde entier, et rien ne l'arrêtera. Mais ce n'est pas du tout ce que Jésus ajoute, et sa parole a de quoi surprendre.

La parole du Christ donne le vrai sens de la gloire : En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance. Celui qui aime sa vie la perd, et celui qui cesse de s'y attacher en ce monde la gardera pour la vie éternelle (12, 24-25).
Quand Jésus parle de la glorification du Fils de l’homme, il évoque sa mort. Parce que, voyant poindre à l’horizon la future moisson d’âmes au sein du paganisme, il se souvient qu’il n’y pas de récolte sans la mort du grain de blé. Or, le grain de blé initial, celui qui donne vie à tous les autres, c’est lui.

Voilà ce qu’est la gloire pour Jésus : donner sa vie.
Message fondamental qui évite à tout disciple du Christ de sombrer dans l’orgueil. A moins que cette parole soit mal comprise et donne naissance au culte du martyre. Tentation toujours présente, et notamment dans les premiers temps du christianisme. C’est pourquoi l’apôtre Paul reprend ce thème dans sa 1ère lettre aux Corinthiens.

L’apôtre Paul prêche la transformation : Je vais vous faire connaître un mystère …tous, nous serons transformés (1 Cor 15, 51).
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi, je trouve ça génial ; car si l’on doit rester éternellement identique à ce que nous sommes, il y a de quoi désespérer.
C’est une bonne nouvelle cette transformation, surtout une transformation comme la présente l’apôtre. Il emploie le terme : résurrection : Semé corruptible, on ressuscite incorruptible ; semé méprisable, on ressuscite dans la gloire ; semé dans la faiblesse, on ressuscite plein de force ; semé corps animal, on ressuscite corps spirituel (15, 42-44).

Les caractéristiques de cette transformation.
Il est clair que Paul s’inscrit dans un contexte de fin des temps et de résurrection des morts. Ainsi cette transformation est présentée comme physique, et comprend des zones d’ombres et des notions impossibles à expliquer :
Quel est ce corps spirituel dont il parle, par exemple ?
Quelle est cette chair et quel est ce sang dont il parle au verset 50 quand il dit : la chair et le sang ne peuvent hériter du Royaume de Dieu ?
Quand on se souvient comment l’apôtre parle en Rom 8 ou en Gal 5 de la chair, on se doute qu’il n’est pas seulement question du corps physique. Pour Paul, la chair c’est toute démarche ayant pour but la glorification de soi. Une action ou une pensée moralement bonne  — même l’obéissance à la loi de Dieu — peut être charnelle. A l’opposé, est spirituel ce qui est motivé par l’amour ; l’amour étant le fruit de l’Esprit.
On n’est plus dans la dimension physique, mais dans l’état d’esprit, dans le spirituel. La chair, c’est la recherche de la gloire personnelle qui ne peut hériter du Royaume de Dieu. Et l’on retrouve la parole de Jésus en Jean 12, 25 : Celui qui aime sa vie la perd, et celui qui cesse de s'y attacher en ce monde la gardera pour la vie éternelle. Jésus ne prêche pas le suicide ici, mais le don spirituel de la vie. L’apôtre Paul n’oublie pas de le dire aussi dans sa lettre aux Corinthiens.
La transformation prêchée par l’apôtre est spirituelle. Il l’évoque en prenant le même exemple que Jésus : Ce que tu sèmes ne prend vie qu'à condition de mourir. Et ce que tu sèmes n'est pas la plante qui doit naître, mais un grain nu, de blé ou d'autre chose. (15, 36-37). Et souvenez-vous de ce qu’il écrit aux versets 42 à 44 : Semé corruptible, on ressuscite incorruptible ; semé méprisable, on ressuscite dans la gloire ; semé dans la faiblesse, on ressuscite plein de force ; semé corps animal, on ressuscite corps spirituel. C’est toujours la même image qui est employée. Celle des semailles, c’est-à-dire de la disparition, de la mort de la semence.
A côté d’une transformation physique, dont Dieu est l’artisan exclusif, l’Evangile propose aussi une transformation spirituelle ; une transformation constante qui demande notre foi.
Nous le savons, bien sûr, mais nous en parlons souvent en termes humains, en évoquant des progrès qui seraient susceptibles de nous faire gravir des échelons, de nous faire atteindre un idéal de perfection, de sainteté … Pour arriver où ? Au niveau de Dieu ? Cela ne vous paraît pas ressembler beaucoup à la démarche de la Tour de Babel ? L’être humain est tellement attaché à lui-même, à ce qu’il représente à ses propres yeux, à ses valeurs, qu’il veut les garder ; alors qu’il faut les faire mourir.
Bien sûr les progrès sont toujours possibles, et même souhaitables. L’apôtre Paul en parle au verset 58 : faites sans cesse des progrès dans l’œuvre du Seigneur. Mais il ne dit pas que ces progrès constituent la transformation du chrétien. Pour Jésus comme pour Paul, la transformation passe par la mort et la résurrection. Ce n’est pas un discours écologique : pour l’apôtre, ce qui est naturel doit être dépassé par le spirituel.
Enfin, l’apôtre Paul présente une dernière caractéristique de cette transformation : la transformation est faite à l’image de quelqu’un d’autre. Paul le disait déjà au verset 37 : ce que tu sèmes n'est pas la plante qui doit naître. Nous avons reçu un modèle céleste : Jésus. De même que nous avons été à l'image de l'homme terrestre, nous serons aussi à l'image de l'homme céleste. (15, 49). Jésus est le modèle parce qu’il a accepté de mourir pour renaître. Etre disciple du maître implique de suivre la même voie (Jean 12, 26). Si nous pensions sauver notre vie en la préservant, c’est exclu. La vie se donne, elle ne se gagne ni se conserve. Ce n’est qu’en la donnant qu’on la retrouve.

Notre conclusion est celle de l’apôtre Paul : Quand cet être corruptible aura revêtu l'incorruptibilité et que cet être mortel aura revêtu l'immortalité, alors se réalisera la parole de l'Ecriture : La mort a été engloutie dans la victoire. (15, 54). Quelle victoire ? La victoire de qui ? La nôtre ? Non ! Rendons grâce à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ. (15, 57). Oui ! Vous avez bien entendu : Dieu nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ !
Que ce soit la transformation physique de la fin des temps, ou la transformation spirituelle de chaque instant, Dieu nous donne la victoire. Car Jésus a tracé la voie, et il nous met au bénéfice de sa propre victoire.